Produits ménagers : Comment choisir les plus sains pour la santé et l’environnement

COUP DE BALAI Dans son dernier numéro en kiosques ce mardi, le magazine « 60 millions de consommateurs » passe au crible les produits ménagers les plus couramment utilisés et distingue les plus sains des plus toxiques pour la santé et l’environnement

Anissa Boumediene

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Les produits ménagers que l'on utilise au quotidien peuvent être dangereux pour la santé et l'environnement.
Les produits ménagers que l'on utilise au quotidien peuvent être dangereux pour la santé et l'environnement. — DENIS CLOSON/ISOPIX/SIPA
  • Le magazine 60 millions de consommateurs consacre un dossier aux produits ménagers.
  • Présence d’allergènes, de substances à effet perturbateur endocrinien ou néfastes pour l’environnement, le magazine passe au crible 108 produits ménagers.
  • Et lance l’indice « Ménag’Score » pour choisir les produits détergents les plus sains.

Allergènes, substances à effet perturbateur endocrinien, reprotoxiques, substances cancérogènes et autres joyeusetés : à vouloir rendre son intérieur propre comme un sou neuf à coups de produits ménagers, il peut vite être pollué, et représenter une menace sur la santé et sur l’environnement. C’est ce que soulève 60 millions de consommateurs dans son dernier numéro, en kiosques ce mardi. Le magazine passe au crible 108 produits ménagers de huit familles de détergents parmi les plus fréquemment utilisés pour nettoyer cuisine, salle de bains et WC. Des produits aux étiquettes souvent illisibles, qui ne dévoilent pas la totalité des substances entrant dans leur composition.

Jusqu’à 28 noms différents pour une même substance

Ces dernières années, les esprits aguerris et soucieux du contenu de leur assiette ont appris à décrypter les étiquettes des biscuits, plats cuisinés et autres chips dont ils se régalaient sans s’inquiéter jusqu’alors. Avant, bien souvent, de s’en défaire en découvrant qu’ils contenaient moult additifs chimiques et aliments ultratransformés. C’est ensuite à leurs cosmétiques que consommateurs et consommatrices se sont intéressés, faisant la chasse aux parabens dans les crèmes de jour, au phénoxyéthanol dans les lingettes de leur bébé et autres substances toxiques présentes aussi bien dans les couches que les protections périodiques. Mais l’entreprise se révèle franchement moins évidente lorsqu’on tente de faire pareil pour sélectionner ses produits ménagers. « Une substance chimique entrant dans la composition d’un produit nettoyant peut avoir jusqu’à 28 noms ou synonymes différents ! A moins d’être docteur en chimie, il est quasi impossible pour le consommateur lambda de décrypter la composition d’un produit ménager et ses effets sur la santé et l’environnement », déplore Sylvie Metzelard, rédactrice en chef de 60 millions de consommateurs.

Pour corser l’affaire, « les fabricants ne sont pas tenus d’inscrire sur l’étiquette le détail de la composition du produit », souligne-t-elle. Dans sa sélection de produits testés, le magazine a donc tenté de percer le mystère de la composition de certains produits dont l’étiquette n’était pas complète. « Les industriels sont tenus de rendre accessible la composition de leurs produits ménagers sur le site internet de leur marque, explique Sylvie Metzelard. Certains jouent le jeu, mais pas tous. Donc certains nettoyants contiennent des substances toxiques sans qu’il soit possible pour le consommateur de le savoir lorsqu’il fait ses courses. » Et se fier aux marques les plus connues n’est pas nécessairement un gage de sécurité. Le spray Cif cuisine et salle de bains 5 en 1 compte parmi les produits les plus mal notés de ce test, en raison de sa toxicité sur la santé et pour l’environnement, découvre-t-on à la lecture du dossier.

L’indice Ménag’Score pour choisir des produits plus sains

Pour lutter contre les étiquettes illisibles et éviter les produits détergents potentiellement dangereux pour la santé, 60 millions de consommateurs et l’Institut national de la consommation ont donc mis au point le « Ménag’score », un indice sur le même modèle que le Nutri-Score, « qui note les produits ménagers de A à F et du vert au rouge, pour permettre aux consommateurs d’y voir plus clair », explique la rédactrice en chef du magazine. Substance toxique, présence d’agents irritants, allergènes ou encore à bannir : les 108 produits testés sont passés au crible. « Chaque produit de notre test est noté en tenant compte de sa dangerosité pour la santé humaine et sur l’environnement. Le but est d’offrir une information claire aux consommateurs sur la toxicité des produits ménagers qu’ils utilisent au quotidien, sur le même principe d’outils et applis permettant de trouver les aliments ou cosmétiques les plus sains ». Une démarche loin d’être anecdotique. « On parle de produits que l’on utilise au quotidien, qui s’évaporent dans notre air intérieur, que l’on va inhaler et qui sont également en contact direct avec la peau, rappelle-t-elle. Ce n’est pas anodin. »

Alors, pour éclairer le grand public, « nous avons lancé une pétition afin que l'indice Ménag'Score soit apposé sur les produits ménagers, et permettre ainsi une meilleure information des consommateurs », poursuit Sylvie Metzelard. Lancée au début de l’été, la pétition a reçu à ce jour plus de 16.000 signatures. « L’idée avec ce système de notation est d’enclencher un cercle vertueux, indique-t-elle. Il y a quelques années, quand l'étiquette énergie a été lancée pour les produits électroménagers, les fabricants n’ont pas été ravis de voir certaines de leurs références très mal notées. Cela les a poussés à revoir leur copie et à proposer des équipements moins gourmands en énergie, ce qui bénéficie aux consommateurs. » Parmi les produits les plus vertueux, le spray nettoyant multisurfaces Fleurs d’agrumes de la marque L’Arbre vert obtient la meilleure note – A – au Ménag’Score.

Apprendre à décrypter ses besoins

Dans ce dossier, le magazine avertit aussi les consommateurs sur les allégations des produits les plus plébiscités. « Quand on voit un spray nettoyant au savon noir, on se dit que c’est naturel et sain. Mais si cela ne représente que 0,01 % de la composition du détergent, mieux vaut passer son chemin », conseille Sylvie Metzelard. Attention aussi aux promesses marketing qui séduisent les acheteurs. Lingettes qui « éliminent 99,9 % des bactéries » et autres nettoyants salle de bains surpuissants pour une brillance sans frotter : les industriels proposent des produits pour une maison nickel, où chaque microbe ou acarien est éradiqué.

Mais en a-t-on vraiment besoin ? Pour la rédactrice en chef du magazine, « les consommateurs doivent aussi apprendre à décrypter leurs besoins, s’interroger sur la toxicité des produits ménagers qu’ils achètent, sur leur fréquence d’utilisation et sur leurs effets sur la santé et l’environnement. On ne sait pas toujours que l’on utilise un produit contenant des substances reprotoxiques, à effet perturbateur endocrinien, des allergènes et des irritants pour nettoyer les sols de sa maison. Et on ne sait pas forcément non plus que cela peut être dangereux quand on a un enfant en bas âge qui porte tout à sa bouche ou encore des animaux domestiques. C’est pourquoi les consommateurs doivent être éduqués, sensibilisés sur ces questions et s’interroger sur leurs pratiques. Vous voulez un produit efficace sans frotter ? Sachez d’abord que moins on frotte, plus c’est décapant, plus c’est toxique. »