Un « livre scolaire » sur la pénétration imposé à des élèves de CE1 et CE2 ? Gare à l’intox

FAKE OFF Un post Facebook viral affirme qu’un livre scolaire détaillant les différents types de pénétration sera imposé aux élèves d’école primaire à la rentrée

Alexis Orsini

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Une classe de CP dédoublée à Dreux (image d'illustration).
Une classe de CP dédoublée à Dreux (image d'illustration). — JEROME MARS/JDD/SIPA
  • A en croire une rumeur virale sur les réseaux sociaux, les élèves de CE1 et de CE2 sont sur le point d’étudier, à la rentrée, les différents types de pénétration.
  • Cette « alerte » s’accompagne d’un extrait du prétendu « livre scolaire » que les enseignants seraient censés utiliser.
  • Il s’agit en réalité d’une brochure de Santé Publique France sur la sexualité destinée à des adolescents. Et sa distribution n’est nullement prévue à l’école primaire, comme l’indique l’Education nationale à 20 Minutes.

Veille de rentrée scolaire oblige, une intox sur de prétendus enseignements sur la sexualité prévus à l’école primaire connaît un grand retentissement sur les réseaux sociaux.

Des parents inquiets relayent en effet une « alerte » publiée sur Facebook, dans la droite lignée des précédentes rumeurs lancées ces dernières années à la même période – comme le prétendu enseignement de la masturbation en maternelle.

« Voilà le livre scolaire des enfants qui vont étudier la sexualité à l’école primaire (CE1 et CE2). Pour la dernière année de maternelle et le CP c’est pas mieux, il y aura la même chose mais en version livre comme Martine », affirme ainsi ce post, partagé plus de 4.000 fois.

Il s’accompagne de la photo d’une page intitulée « La pénétration, c’est quoi ? », détaillant les différents types de pratique, avec un vocabulaire – et un tutoiement – visiblement destiné(s) à un jeune lectorat.

FAKE OFF

Mais le document en question n’a rien d’un livre scolaire puisqu’il s’agit de l’extrait d’un guide reprenant le contenu de « OnSexprime.fr », une plateforme conçue par l’agence nationale Santé Publique France, dont « l’humour et la liberté de ton […] s’adressent à des élèves de 3e et de lycée », comme le souligne l'Education nationale.

« Cette brochure est destinée à un public d’adolescents âgés entre 12 et 18 ans. Les écoles primaires ne correspondent donc évidemment pas à cette cible », confirme Santé Publique France à 20 Minutes.

Une brochure présente dans certains collèges et lycées

Intitulé « Les premières fois », ce guide à l’extrait détourné sur Facebook – et disponible au téléchargement sur le site de Santé Publique France – vise spécifiquement à répondre à leurs interrogations sur la découverte de la sexualité.

« La première fois, c’est beaucoup d’excitation mais aussi beaucoup de questions… Est-ce que je vais savoir m’y prendre ? Est-ce que je vais donner du plaisir ? Est-ce que je vais en avoir ? Est-ce que ça fait mal ? », indique notamment ce document d’une soixantaine de pages

« Cette brochure est en commande sur le self-service de [notre site] ; 200.000 à 300.000 exemplaires sont commandés par an. En 2017, sur les 310.000 brochures commandées, 10 % l’avaient été par des établissements scolaires (collèges et lycées) », nous précise Santé Publique France. Tout en soulignant que « ce sont les acteurs de l’éducation à la santé (comme les Comités régionaux d’éducation pour la santé – CRES – et Comités départementaux d’éducation pour la santé - CODES -) qui en commandent le plus », même si le document est également utilisé « par les établissements de santé (infirmières, CeGIDD, centre de santé, etc.) ».

« Il n’a jamais été question de distribuer quoi que ce soit dans les écoles »

Contactée par 20 Minutes, l’Education nationale confirme par ailleurs qu’il n’a « jamais été question de distribuer quoi que ce soit dans les écoles sur ce type de propos, ni même d’utiliser des brochures sur les différentes pénétrations dans les séances d’éducation à la sexualité (EAS) que ce soit en école, collège ou lycée. »

Elle rappelle au passage que « l’éducation à la sexualité prend la forme d’une invitation au dialogue et non d’un discours sur la sexualité ».