Rentrée scolaire : Pourquoi les évaluations en CP et CE1 ont-elles (toujours) du mal à passer ?

EDUCATION Les évaluations des élèves de CP et CE1 en français et mathématiques sont reconduites cette année et démarrent lundi

Delphine Bancaud

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Un élève qui effectue des calculs.
Un élève qui effectue des calculs. — Pixabay
  • Selon le ministère de l’Education, les évaluations en début de CP, à mi-CP et en début de CE1 permettent aux enseignants de disposer d’informations sur le niveau des élèves afin de les aider à piloter leur démarche pédagogique.
  • Si quelques modifications ont été faites à cette rentrée, les critiques de fond des enseignants sur ces tests perdurent.
  • Ils contestent toujours leur utilité et fustigent le stress qu’ils entraînent pour les familles.

Le temps n’a pas fait son œuvre. Un an après la généralisation des évaluations nationales en français et en maths pour les élèves de CP et CE1, elles ne convainquent toujours pas les enseignants du primaire. « Les évaluations nationales n’apportent rien aux enseignants et à leurs élèves », a martelé Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp-FSU, lors de la conférence de presse de rentrée du premier syndicat du primaire. Il faut dire que la fronde contre ce dispositif a été marquée l’an dernier, six organisations enseignantes ayant même demandé au ministre d’abandonner ces évaluations, qu’elles jugeaient non pertinentes et chronophages.

Les évaluations des élèves de CP et CE1 en français et mathématiques sont reconduites cette année et démarrent lundi. A cette rentrée, l’objectif du ministère n’a pas changé. Il s’agit toujours de disposer, via ces tests, d’un diagnostic sur les compétences et les difficultés des élèves en début de CP, à mi-CP et en début de CE1. En français, en début de CP, les élèves sont par exemple évalués sur la reconnaissance des lettres, la compréhension des mots, les connaissances des sons que les lettres produisent… En mathématiques sont prévus des exercices qui les invitent à écrire des nombres dictés, à dénombrer.

« C’est une manière d’étiqueter précocement les élèves »

Cependant, face aux critiques répétées des syndicats d’enseignants, leur contenu a été un peu modifié, reconnaît Francette Popineau : « Un peu plus de questions de compréhension ont été introduites. » « Le nombre d’items a aussi été réduit, pour que ces tests soient moins longs à faire passer », complète Claire Krepper, secrétaire nationale du syndicat SE-Unsa. Les consignes pour faire passer ces exercices ont également été simplifiées. Et alors que certains enseignants s’étaient plaints du temps qu’ils avaient passé à saisir les résultats de ces tests dans la plateforme prévue à cet effet et des bugs rencontrés, le portail de saisie des résultats a été amélioré.

Des petites avancées qui ne semblent pas suffisantes pour faire taire les critiques de fond. C’est d’abord le calendrier de ces évaluations qui est fustigé, car celles de début de CP et de CE1 auront lieu entre le 16 et le 27 septembre cette année. « En septembre, les enfants de CP ont encore envie de jouer. Au bout de 15 jours de classe, c’est trop tôt. Ils vont être confrontés à des items chronométrés. Cela va encore angoisser les élèves et leurs parents. Et c’est une manière d’étiqueter précocement les élèves, alors qu’ils ne sont pas encore entrés dans les apprentissages », estime Francette Popineau.

L’utilité des tests toujours contestée

Nombre d’enseignants contestent toujours l’utilité de ces tests, estimant qu’ils savent très bien évaluer leurs élèves lors d’activités ordinaires d’enseignement, sans passer par ces exercices imposés. Selon un bilan des évaluations du ministère de l’Education présenté aux organisations syndicales en mai dernier, et que 20 Minutes s’est procuré, seulement 18 % des enseignants estiment ainsi que les tests à mi-CP leur ont permis de déceler les difficultés de leurs élèves et 80 % de les confirmer. Et seuls 34 % des enseignants de CP et CE1 estiment que ces tests ont eu une influence sur leurs pratiques pédagogiques. « Par ailleurs, comme il est impossible de contrôler la manière dont les enseignants font passer ces tests, le caractère scientifique de ces évaluations est contestable », affirme Claire Krepper. Le risque de voir certains enseignants limiter les apprentissages à ce qui est évalué est aussi pointé.

Autre souci : la manière dont les résultats de ces tests ont été restitués aux familles : « Beaucoup d’entre eux ont fait des réunions collectives avec les parents pour leur parler des évaluations, mais les restitutions individuelles des résultats ont été plus rares. Du coup, certains parents ont eu du mal à relativiser les résultats quand ils pointaient des difficultés chez leur enfant », constate Claire Krepper. Pour éviter cet écueil, la  circulaire de rentrée du ministre stipule que les enseignants devront faire des restitutions individuelles cette année.

Des formes de contestations plus insidieuses à prévoir

Face à cette flopée de critiques, faut-il s’attendre à une rébellion des enseignants, comme l’an dernier ? Certains d’entre eux avaient ainsi refusé de saisir les résultats des évaluations de leurs élèves dans le logiciel. Ce qui leur a valu des sanctions. « Nous avons été informés que ces enseignants de l’Hérault avaient écopé de retenues sur salaires », témoigne Claire Krepper.

Du coup, difficile d’imaginer qu’ils réitéreront, selon Francette Popineau. « Leur hiérarchie leur a clairement fait savoir qu’ils ne pourraient plus exercer en CP ou qu’ils auraient un blâme, s’ils recommençaient. » Mais des formes de contestation plus silencieuses risquent d’avoir lieu, selon elle. « On peut s’attendre à des résistances passives. En faisant en sorte que tout le monde réussisse, ce qui serait une manière de rendre ces évaluations caduques », souligne-t-elle.