Taxe Gafa : Les vignerons français craignent d’être les grands perdants

REPERCUSSIONS Après l’adoption de la taxe Gafa, qui concerne les grandes entreprises du Web, majoritairement américaines, Donald Trump envisage de taxer les vins français

20 Minutes avec AFP

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Vignoble du Languedoc-Roussillon. (Illustration)
Vignoble du Languedoc-Roussillon. (Illustration) — JPPorcher/SIPA
  • A cause de la taxe française sur les géants du numérique, Donald Trump a fait comprendre qu’il pourrait taxer davantage les vins français.
  • Dans cette hypothèse, les grands crus devraient s’en tirer sans réelles difficultés.
  • Mais ce n’est pas le cas des vins de moyenne et entrée de gamme, qui s’inquiètent.

Les vignerons français vont-ils être les grands perdants de la taxe « Gafa » ? Après l’adoption de la nouvelle taxe française sur les géants du numérique, Donald Trump avait laissé entendre qu’il pourrait infliger des taxes douanières sur les vins de l’Hexagone.

La taxe « Gafa », pour Google, Apple, Facebook et Amazon, adoptée le 11 juillet, crée une imposition des grandes entreprises du Web, non pas sur le bénéfice, souvent déclaré dans des pays à très faible fiscalité comme l’Irlande, mais sur le chiffre d’affaires qu’elles réalisent dans l’Hexagone.

« Le vin ne peut pas être pris en otage dans une négociation commerciale internationale »

Avant même l’adoption de la taxe, Donald Trump, connu pour ne pas boire de vin, indiquait donc qu'il pourrait contre-attaquer, pour corriger une concurrence jugée « déloyale » vis-à-vis des vins américains. « La France taxe beaucoup le vin et nous taxons peu le vin français », avait-il dénoncé sur CNBC. De quoi inquiéter la France viticole, troisième pays exportateur mondial en volume et premier en valeur. Une nouvelle taxe renchérirait en effet les prix pour les consommateurs américains. Or les vins et spiritueux français ont trouvé encore l’an dernier leur premier débouché aux Etats-Unis, avec 18,29 millions de caisses de 12 bouteilles vendues pour 1,6 milliard d’euros.

« Il faut prendre très au sérieux les menaces du président américain, le vin ne peut pas être pris en otage dans une négociation commerciale internationale, nous espérons un accord avec les Etats-Unis sur les Gafa, je l’ai expliqué le 27 juillet au ministre de l’Economie, Bruno Le Maire », indique Jérome Despey, responsable de la branche viticulture au sein de la première organisation agricole française, la FNSEA.

Les grands crus peu touchés, contrairement aux vins de moyenne ou d’entrée de gamme

Dans l’incertitude, tous les crus et toutes les régions viticoles ne réagissent pas de la même façon. « On est inquiet, bien sûr, car les Etats-Unis représentent notre premier marché en valeur derrière la France », dit Maxime Toubard, qui représente les viticulteurs de Champagne. Il reste toutefois « confiant » car « les consommateurs américains aiment le champagne ». Même ton mi-prudent mi-inquiet à Cognac, où le marché américain représente à lui seul près de la moitié des exportations. On reste « vigilant », mais « rien n’est confirmé », se rassure une source du métier.

Pour Thomas Montagne, président de la Confédération européenne des vignerons indépendants (CEVI), les vins français qui seraient les plus touchés par une éventuelle taxation américaine « ne seront pas les très grands crus ». « S’ils ne sont pas consommés aux Etats-Unis, ils le seront ailleurs, ce sont des vins de très grande garde qui peuvent attendre avant d’être vendus », a-t-il expliqué sur France Inter. En revanche, les vins de moyenne ou d’entrée de gamme vont « faire les frais de l’opération ».

Une grande menace pour le rosé, star aux Etats-Unis

En Provence, portée depuis quelques années par l’engouement pour le vin rosé aux Etats-Unis, la menace est prise très au sérieux. « Les Etats-Unis représentent aujourd’hui 46 % de nos exportations. Or il y a dix ans, nous n’y vendions pratiquement rien », souligne un responsable de la filière.

Deux marques sont à l’origine de ce boom : le « Whispering angel », imposé aux Etats-Unis par le producteur du Var Sacha Lichine, d’origine bordelaise, suivi par le « château Miraval », lancé par les acteurs Brad Pitt et Angelina Jolie avec la famille de négociants du Rhône Marc Perrin, très implantée aux Etats-Unis.