Légendes sexuelles : Le jeu de la biscotte dans les vestiaires, mythe ou réalité ?

FUCK NEWS (2/4) Les « fake news » n’épargnent pas la sexualité. A l’occasion des 50 ans de l’année érotique 1969, « 20 Minutes » traque cette semaine les légendes urbaines coquines, rumeurs olé olé et les on-dit (parfois avérés)

Anissa Boumediene

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La rumeur du jeu de la biscotte pratiqué dans les vestiaires de rugby est particulièrement tenace, bien qu'aucun élément concret ne prouve son existence.
La rumeur du jeu de la biscotte pratiqué dans les vestiaires de rugby est particulièrement tenace, bien qu'aucun élément concret ne prouve son existence. — MAISONNEUVE/SIPA
  • Parce qu’on a tous déjà entendu de drôles de rumeurs ou des légendes urbaines à caractère sexuel, 20 Minutes s’est emparé du dossier.
  • La tarte aux fraises synonyme d’échangisme, le tatouage symbole du fist-fucking, le sport qui provoque des orgasmes… Nombreuses sont les croyances qui circulent et intriguent.
  • Aujourd’hui, pour le deuxième volet de notre série, on éclaircit le mystère autour d’une légende sexuelle tenace : le jeu de la biscotte.

« Ah, tu fais du rugby ? Tu connais le jeu de la biscotte ? Tu l’as déjà mangée ? » Rire étouffé pour l’un, et regard consterné pour l’autre. Voilà ce arrive souvent quand quelqu'un qui n'y connaît rien au rugby interroge le premier rugbyman amateur ou professionnel qui croise son chemin, au grand dam du gaillard questionné. La biscotte, c’est le truc qui se passerait – ou pas – dans le secret d’alcôve des vestiaires masculins, de rugby et de foot notamment. Mais surtout de rugby, au moment de la troisième mi-temps, à en croire les « on dit ». Alors, mythe ou réalité ? Pour en avoir le cœur net, 20 Minutes met à nu les rumeurs olé olé et fonce dans la mêlée.

De quoi parle-t-on ?

L’exercice n’a rien de glam : il s’agit d’une sorte de concours de rapidité dont le perdant doit avoir l’estomac bien accroché. C’est un « jeu potache où plusieurs garçons éjaculent sur une biscotte, et le dernier éjaculateur doit manger ladite biscotte », selon le Wiktionnaire, qui y consacre une page. Soit « un bukkake sur du pain dur », résumait il y a quelques années, pour 20 Minutes, Boucherie Ovalie.

Des vestiaires à l’internat, ce « jeu » aux relents de bizutage est fréquemment évoqué. « Un ami l’aurait fait », « un ami d’ami qui fait du rugby m’a raconté que… ».

D’où ça vient ?

Sur Twitter, pas besoin de fureter bien longtemps avant de tomber sur quelques posts qui parlent de biscotte. Nombre d’internautes qui ne connaissent pas l’univers du rugby semblent persuadés que ce jeu existe et qu’il concerne tout particulièrement le monde de l’ovalie.

« On ne sait pas d’où ça vient ni à quand ça remonte, mais la légende de la biscotte est tenace, c’est le moins qu’on puisse dire », commente-t-on du côté du Rugbynistère, site d’actualité rugbystique à l’analyse décalée.

Ça existe ou pas ?

Si vous tentez de vous représenter la scène dans votre tête, des doutes sur sa faisabilité surgiront logiquement.

« J’ai toujours entendu parler de la biscotte, j’ai même entendu des histoires de bananes dans le cul ! Et on m’a déjà demandé si je l’avais fait en apprenant que je faisais du rugby », raconte Sébastien, la bonne trentaine, qui a joué « au collège, au lycée, en école d’ingé et même après, en club et en asso. Mais vous imaginez sérieusement quinze mecs à poil en rond autour d’une biscotte et qui essaient de "balancer la purée" en premier ? C’est complètement con ! Moi, je n’ai jamais vu un mec qui avait la gaule dans un vestiaire de rugby. Alors quinze, en cercle autour d’une biscotte, c’est de la connerie ! », peste-t-il. C’est au lycée qu’il entend pour la première fois parler du jeu de la biscotte. « Il y avait des mecs en sport études rugby dans mon lycée : ils étaient bruyants, baraqués, avaient du succès auprès des nanas. Ils traînaient toujours en groupe et chantaient de chansons paillardes. Soit le profil un peu bourrin parfait pour incarner malgré eux ce folklore graveleux ».

Mais « c’est évidemment une légende urbaine, dont on aime rire, plutôt à l’extérieur du monde du rugby d’ailleurs, analyse-t-on au Rugbynistère. Je ne crois pas en avoir entendu parler ailleurs que par des gens extérieurs au rugby qui s’interrogent sur cette légende urbaine et aiment bien taquiner les rugbymen avec ça ».

Du côté du Wiktionnaire, on joue la prudence. « L’existence réelle de ce " jeu ", en particulier dans les milieux sportifs masculins, est discutée mais relève peut-être de la prophétie autoréalisatrice », avance le site sur la page consacrée à la biscotte. « Pour moi, il y a quelque chose d’autosuggestif dans cette légende, abonde Sébastien. Personne ne l’a jamais fait, ni vu. Si cela arrivait demain, c’est la réalité qui dépasserait la fiction ».

Toutefois, il existe bien une « biscotte » dans le monde du rugby. Et si celui qui la prend ne la reçoit jamais vraiment avec le sourire, c’est parce qu’il s’agit… d’un carton jaune (qui a à peu près la forme et la couleur dorée d’une biscotte).

Ce qu’en dit l’expert ?

Pourquoi cette légende urbaine colle-t-elle plus au rugby qu’à une autre discipline ? « Peut-être parce que c’est un sport​ et un univers avec une image un peu rustre et un humour parfois gras, concède le cofondateur du Rugbynistère. Pourtant, personne n’en a jamais vu la couleur de cette biscotte, ce qui n’empêche pas la rumeur de continuer à courir ».