Rentrée scolaire : Comment s’explique la réussite scolaire des enfants de profs ?

EDUCATION Un ouvrage intitulé « Pourquoi les enfants de profs réussissent mieux », qui sort ce mercredi en librairie, avance quelques explications, corroborées par les premiers concernés

Delphine Bancaud

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Un père enseignant avec ses enfants
Un père enseignant avec ses enfants — Pixabay
  • Dans Pourquoi les enfants de profs réussissent mieux, de Guillemette Faure et Louise Tourret*, qui sort ce mercredi en librairie, les auteures donnent plusieurs explications à leur constat.
  • Les parents profs apprennent à leurs enfants à maîtriser les codes du système scolaire et les attentes de leurs enseignants.
  • Ils leur inculquent aussi une autonomie dans le travail, tout en les stimulant en permanence à la maison.

Programmés pour réussir ? Près de la moitié des étudiants de l’ENA ont au moins un parent enseignant, et les enfants de profs sont moins nombreux à redoubler en primaire que leurs camarades, comme le relaye l’ouvrage Pourquoi les enfants de profs réussissent mieux, de Guillemette Faure et Louise Tourret*, qui sort ce mercredi en librairie.

Si les enfants de profs s’épanouissent mieux que leurs camarades à l’école, c’est tout d’abord qu’ils en ont une vision plus positive, transmise par leurs parents. « Dans ces familles, les parents cherchent à ce que l’école soit un plaisir et le font d’autant plus facilement qu’ils en ont de bons souvenirs », soulignent les autrices. « Mes parents m’ont inculqué l’importance du travail à l’école pour pouvoir m’autoriser, par la suite, un choix de vie », raconte ainsi Lucie, fille d’enseignants qui a répondu à notre appel à témoins sur le sujet.

« On place les profs au rang d’alliés vers la réussite »

Et les enfants qui entendent parler de la vie professionnelle de leurs parents comprennent mieux les contraintes de leurs propres enseignants, car ils « voient l’humain derrière le prof », expliquent les autrices. Un avis partagé par Zoé, dont les deux parents sont profs : « Ils m’ont appris à respecter les enseignants et  tout le travail invisible qu’ils peuvent fournir », confie-t-elle. Idem pour Lili : « Mes parents nous ont toujours montré une image positive de l’école, ils nous ont inculqué le respect de l’enseignant, de son savoir et de sa profession. Contrairement à beaucoup d’enfants qui se placent en opposition face à leurs professeurs ».

Brice, fils de prof et prof lui-même, a eu la même expérience : « On place les profs au rang d’alliés vers la réussite et non pas dans le camp opposé ». Une considération pour l’institution scolaire qui passe aussi par un meilleur respect des horaires de cours, davantage de précautions vis-à-vis du matériel scolaire, une présentation soignée des devoirs… Ce savoir-être leur permet d’avoir des relations plutôt harmonieuses avec le  corps enseignant.

Des stratégies pour que leurs enfants soient dans les bonnes classes

Le fait de connaître les arcanes de l’Education nationale constitue aussi un avantage pour les parents profs et leur progéniture. Car les enseignants excellent dans l’art d’orienter leurs enfants vers les meilleures classes. Dans l’ouvrage Pourquoi les enfants de profs réussissent mieux, on apprend ainsi que 22 % des enfants de profs prennent l’allemand en première langue, que 55 % d’entre eux font du latin et 27 % du grec. Ils sont aussi surreprésentés dans les classes bilangues ou européennes. « Les parents profs ont facilement le réflexe de démarrer par ce qui est le plus difficile ou ce qui s’apprend difficilement par imprégnation », soulignent les autrices.

Et si les parents profs sont exigeants scolairement, ils semblent prendre plus de distance avec les notes de leurs enfants. Ce que confirme Alice, fille de prof de maths : « Quand j’avais 10 au lycée, mon père me demandait toujours : " Et les autres ? Et la moyenne de la classe ? " Car pour lui, il fallait que cela soit relatif. Si j’avais 10, mais que c’était la meilleure note, alors bravo. Alors que, chez certains de mes camarades, un 10 était difficilement justifiable. »

La transmission des codes scolaires

Cerise sur le gâteau, les parents enseignants apprennent aussi à leur progéniture « à décoder ce que les enseignants attendent d’eux », insistent Guillemette Faure et Louise Tourret. A savoir ce qu’il faut retenir dans une leçon ou quel est l’objectif de telle ou telle évaluation. « Comprendre la finalité d’un examen permet de mieux anticiper en quoi il va consister », observent les auteures.

Zoé peut en témoigner : « Mes parents avaient une très bonne compréhension du système scolaire et de ses exigences. Ils savaient donc exactement ce que leurs homologues attendaient de moi ». Etienne a lui aussi bénéficié des conseils avisés de sa mère : « Elle m’a souvent donné des clefs pour réussir, méthodologiques, pratiques, organisationnelles. »

L’apprentissage de l’autonomie dans le travail

Des enfants qui bénéficient également d’un suivi attentif à la maison, puisque les parents profs sont davantage présents chez eux que ceux qui exercent dans le privé. Un temps précieux qui leur permet de veiller au rythme des soirées, de programmer des activités périscolaires intéressantes pour leurs bambins, de contrôler leur consommation d’écran, de leur faire parler de ce qu’ils vivent en classe…

Mais pas forcément de superviser leurs devoirs la maison. Selon Guillemette Faure et Louise Tourret, ils apprennent à leurs enfants à être autonomes dans leur travail. C’est ce qu’a vécu Alice avec son père : « Sa technique c’était : " t’as une question, tu viens me voir ". Mais il ne restait pas à côté de moi en me regardant faire mes devoirs. » Idem pour Brice : « Ma mère enseignante ne m’a jamais imposé de travail ou n’a pas supervisé plus que cela mes devoirs. Elle me faisait confiance à condition de remplir ma part du contrat, tout en étant présent comme une ressource au cas où. Elle m’a appris l’autonomie dans le travail », se félicite-t-il. Une incitation à se responsabiliser qu’a aussi connue Patrice, dont la mère exerçait au collège : « Je pouvais toujours lui demander de l’aide, mais elle ne me donnait jamais la réponse. Elle me posait des questions qui me forçaient à réfléchir. »

Muscler les connaissances de leur progéniture au quotidien

Cette plus grande disponibilité des parents profs leur permet aussi de davantage muscler les compétences de leur progéniture au quotidien. En multipliant les occasions d’apprendre sans en avoir l’air, via un exercice de calcul mental, une incitation à argumenter ses positions ou à chercher la définition d’un mot inconnu dans le dictionnaire. « La curiosité se transmet toute la journée », résument Guillemette Faure et Louise Tourret. « Quand ma mère me racontait une histoire, elle me demandait à la fin de résumer l’intrigue à ma petite sœur par exemple, histoire de développer mes capacités de synthèse et d’expression orale », témoigne Aude. Dans la même logique, les vacances dans ces familles sont rarement dédiées au farniente total, mais l’occasion d’aller découvrir le patrimoine culturel d’une région ou d’un pays. Comme en témoigne Laura : « Les vacances avec deux parents instits ne se passent pas au camping des Flots bleus : c’est à la ferme, sans piscine, à visiter tous les musées aux alentours ! », ironise-t-elle.

Un tableau idyllique auquel certains enfants de profs apportent un bémol. Car ils ont l’impression d’avoir eu aussi moins droit à l’erreur que les autres, ainsi que le confie Lou : « Certains parents professeurs se servent de leur statut pour mettre une pression assez forte sur leurs enfants afin qu’ils réussissent. Ils voient dans la réussite de leurs enfants le reflet de leur propre crédibilité en tant que pédagogue ». Le revers de la médaille.

*Pourquoi les enfants de profs réussissent mieux, Guillemette Faure et Louise Tourret, Les Arènes, 20 euros.