VIDEO. G7 à Biarritz : « C’est un hold-up en pleine saison », déplore une commerçante

REPORTAGE « 20 Minutes » est allé à la rencontre des commerçants et des habitants du centre de Biarritz, où le sommet du G7 se tiendra de samedi à lundi

Mickaël Bosredon

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G7 à Biarritz
G7 à Biarritz — M.Bosredon / 20Minutes
  • Pour assurer la sécurité du sommet, plus de 13.000 policiers, gendarmes et militaires se déploient tout le long de la côte basque.
  • Si le G7 ne démarre que samedi, la ville de Biarritz sera mise sous cloche dès vendredi, avec d’énormes restrictions d’accès.
  • Les commerçants espèrent qu’ils ne vont pas trop pâtir du manque de touristes durant ces quatre jours.

De notre envoyé spécial à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques),

Sur terre, dans les airs et… en mer. A Biarritz et sur toute l'agglomération du BAB (Bayonne-Anglet-Biarritz), les forces de l’ordre sont déjà partout, alors que la cité balnéaire accueille, à partir de samedi et jusqu’à lundi, le sommet du G7. Quelque 13.200 policiers, gendarmes et militaires vont se déployer tout le long de la côte basque pour assurer la sécurité de l’événement.

Et pour pouvoir dérouler le tapis rouge à Donald Trump, Angela Merkel ou Boris Johnson, qui logeront dans le somptueux Hôtel du Palais, Biarritz sera littéralement mise sous cloche dès ce vendredi. La ville sera en effet délimitée en deux zones, dont la zone rouge sous très haute surveillance - qui ne sera accessible qu’à pied et uniquement aux détenteurs du sacro-saint macaron délivré aux résidents et professionnels de ce secteur - dans l’hypercentre.

Le casino accueillera plusieurs rencontres au sommet.
Le casino accueillera plusieurs rencontres au sommet. - M.Bosredon/20Minutes

« S’il n’y a personne, on fermera jusqu’à la fin du sommet »

Face à ce casse-tête sécuritaire, commerçants, habitants et touristes – pour ceux qui ne sont pas partis – s’organisent comme ils peuvent. « On devrait pouvoir sortir notre terrasse, nous explique ce cafetier, mais les consignes sont très strictes : pas de porcelaine, et pas de verre, rien qui puisse servir de projectile. » Même si, plus que l’insécurité, les professionnels craignent avant tout une ville morte. « On ouvrira vendredi et samedi, mais s’il n’y a personne, on fermera jusqu’à la fin du sommet » poursuit le cafetier.

« Nous, on restera ouvert, même s’il n’y a personne », assure Ludovic Barucq, gérant du bar Chistera et Coquillages, près des Halles. « On verra comment cela va se passer, cela va être la surprise, vraiment. C’est certain que les 10.000 personnes participant au G7, ne remplaceront jamais les 100.000 touristes qui ne seront plus là, mais on espère quand même profiter des festivités organisées par les commerçants des Halles durant ces quatre jours pour accueillir du monde. »

« Avec ce G7, ils se sont approprié la ville »

Patronne d’une boutique de lingerie de luxe, Isabelle Bascaules est, elle, dépitée. « La clientèle des grands hôtels, les étrangers comme les Parisiens, est partie, déplore-t-elle. Depuis mercredi la ville s’est vidée, alors qu’on était au cœur de la saison. Avec ce G7, ils se sont approprié la ville, alors qu’on était en pleine activité. Je vais ouvrir quand même, on verra bien. Mais je considère que c’est un hold-up en pleine saison. » Si la commerçante insiste pour dire qu’elle n’est pas « contre le G7 », elle estime qu’il aurait fallu accueillir cet événement « en novembre ou en mars, plutôt qu’en août. »

Isabelle Bascaules loue par ailleurs deux appartements dans le centre de Biarritz. Et quand on lui dit qu’elle a donc dû se rattraper sur ce terrain, elle rit jaune… « Vous plaisantez ? J’entends dire que les appartements à Biarritz se loueraient plus de 1.000 euros la nuit durant le G7. Les deux miens, qui sont bien placés, me sont restés sur les bras, alors que d’habitude à cette période de l’année ils trouvent preneurs. » Pour elle, « il n’y a que les hôteliers, dont les chambres ont été réquisitionnées, qui vont vraiment profiter » du sommet.

« Biarritz va être coupée en deux »

Du côté des résidents, ce G7 laisse songeur également. « Biarritz va être coupée en deux, avec le quartier haut d’une part et le front de mer de l’autre, constate ce riverain qui souhaite conserver l’anonymat. Les habitants d’en haut ne pourront même pas aller au marché, ni sur la plage. On aurait dû organiser cela en octobre, là c’est vraiment la mauvaise saison. »

La Grande plage de Biarritz sera interdite d'accès à partir de ce vendredi, jusqu'à la fin du G7 lundi 26 août.
La Grande plage de Biarritz sera interdite d'accès à partir de ce vendredi, jusqu'à la fin du G7 lundi 26 août. - M.Bosredon/20Minutes2

Biarrote « historique », Françoise Adema vit au cœur de la zone rouge. « Mon appartement donne en plein sur un passage officiel de cortège, raconte-t-elle. Du coup, j’ai eu droit à la visite des policiers mercredi soir à 21h30 ; ils m’ont demandé de laisser mes deux volets fermés pendant la durée du sommet. De toute façon j’ai préféré partir, et je ne reviendrai que dimanche soir. C’est vrai que, du coup, à mon retour je ne pourrai pas rentrer mon véhicule dans mon garage privé, il devra rester en dehors de la zone rouge. »

Philosophe, Françoise Adema estime que « mis à part cela, il n’y a pas vraiment de contrainte » et elle est certaine que « tout va bien se passer. » Ce qui ne l’empêche pas d’avoir son avis – tranché – sur la tenue de ce sommet dans sa ville. « C’est ridicule, c’est du gâchis d’argent, alors que la ville aurait bien besoin de nouveaux aménagements. Parce que ça va coûter une blinde cette affaire, hein ! »

« Le plus pénible dans cette histoire, ce sont les contrôles routiers »

Même si beaucoup de Biarrots s’accordent à dire qu’en ce 22 août, il y a beaucoup moins de monde que d’habitude en ville et sur la plage, il reste quand même encore des touristes. Parisienne, Chantal Lombardi raconte qu’elle possède une maison du côté de la plage de la Côte des Basques, et qu’elle y restera jusqu’à fin août. « On ne pourra pas accéder à la Grande plage, c’est vrai, mais ce n’est pas notre plage de prédilection… On ne pourra pas non plus faire la balade du casino pendant quatre jours, ça c’est sûr. Mais franchement, cela ne va pas vraiment nous pénaliser. »

Sa fille Cora Lombardi estime pour sa part que « le plus pénible dans cette histoire, ce sont les contrôles routiers : nous, on roule avec un vieux van, et on s’est déjà fait contrôler trois fois en deux jours ! » Et attention aux manifestations anti-G7, qui sont attendues autour de Biarritz ce week-end...

La meilleure des options pour s'éviter les difficultés, devrait encore être de trouver une plage sur la côte et de s'y poser. Cela tombe bien, Météo France annonce du beau temps jusqu'à lundi.