VIDEO. La veille de l'arrestation de Jeffrey Epstein, son «ami français» Jean-Luc Brunel faisait la fête à Paris

ENQUETE Accusé par une victime présumée d’avoir « livré des jeunes filles » mineures au financier américain, l’agent français reste introuvable

Philippe Berry avec Mathilde Cousin

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L'agent français Jean-Luc Brunel le 5 juillet 2019 à la soirée blanche du Paris Country Club.
L'agent français Jean-Luc Brunel le 5 juillet 2019 à la soirée blanche du Paris Country Club. — FACEBOOK
  • Jeffrey Epstein, qui s’est suicidé le 10 août, avait des liens avec la France, notamment avec l’agent Jean-Luc Brunel.
  • Accusé par une victime présumée d’avoir utilisé son agence de mannequins pour « livrer » des mineures à Epstein, Brunel avait démenti en 2015.
  • Depuis l’explosion du scandale, il fait profil bas, mais 20 Minutes a retrouvé des photos attestant de sa présence à Paris le 5 juillet dernier, confirmant une information du Guardian.

Jean-Luc Brunel est un fantôme. Accusé par une victime présumée de Jeffrey Epstein de lui avoir « livré des jeunes filles » mineures via son agence de mannequins MC2, ce Français fait profil bas depuis l’explosion du scandale, début juillet. Contacté par 20 Minutes et de nombreux médias, il n’a répondu à aucune sollicitation ces dernières semaines, et personne ne sait où il se trouve, alors qu’il partage sa vie entre Miami, New York et Paris. Mais selon le quotidien britannique le Guardian, le septuagénaire français a été vu à la White Party du Paris Country Club, le 5 juillet dernier. Après une recherche sur les réseaux sociaux, 20 Minutes est en mesure de confirmer l’information, photos à l’appui.

Le Paris Country Club refuse de confirmer la présence de Jean-Luc Brunel, mais un des organisateurs de la soirée a partagé sur Facebook une photo sur laquelle on voit le scout de 72 ans vêtu de blanc, un pull noué sur les épaules, entre deux autres participants. Jean-Luc Brunel y est mentionné par son nom. Champagne rosé, entrecôtes grillées, tables à 1.300 dollars… Cet habitué des soirées VIP passe visiblement un bon moment. Sur Instagram, une de ses amies de Miami, présente à la soirée, a également publié un selfie aux côtés d’un Brunel tout sourire. « C’est bien lui », affirme à 20 Minutes l’ancien mannequin néo-zélandais Zoë Brock, qui a logé à son domicile à Paris dans les années 1990. Ce sont les photos les plus récentes du Français, et le dernier endroit où il a été vu en public.

Jean-Luc Brunel, toujours au Paris Country Club, le 5 juillet 2019.
Jean-Luc Brunel, toujours au Paris Country Club, le 5 juillet 2019. - INSTAGRAM

La veille de l’arrestation d’Epstein

La date du 5 juillet est importante. Le lendemain, Jeffrey Epstein, qui venait de passer trois semaines en France, où il possédait un appartement avenue Foch, était arrêté à son retour de Paris à la descente de son jet privé, sur le tarmac de l’aéroport de Teterboro, dans le New Jersey. Inculpé pour « trafic de mineures », le millionnaire s’est suicidé dans sa cellule le 10 août.

Aux Etats-Unis, sa mort a mis un terme aux poursuites pénales contre lui, mais pas civiles. Surtout, le ministère américain de la Justice a juré que ses éventuels complices seraient poursuivis. En France, de nombreuses voix ont réclamé l’ouverture d’une enquête sur les liens du financier avec l’Hexagone. En plus de son appartement, Epstein avait listé dans son carnet d’adresses – publié par Gawker en 2015 – une vingtaine de noms dans la section « Massage Paris ». Selon les procureurs américains, « massage » était un nom de code pour « acte sexuel ».

« Dans le cadre des vérifications liées à l’affaire Epstein, les échanges avec les autorités américaines compétentes se poursuivent cette semaine et une décision d’orientation sera prise à l’issue par le parquet de Paris », précise à 20 Minutes une source judiciaire. Pour l’instant, on ne sait pas si les vérifications visent strictement Jeffrey Epstein ou également d’éventuels contacts français.

Des accusations qui suivent Brunel depuis plus de trente ans

Virginia Roberts Giuffre, une victime présumée d’Epstein, affirme avoir été « forcée » à avoir une relation sexuelle avec Jean-Luc Brunel. Dans sa première plainte, en 2015, elle avait accusé l’agent français d’avoir « livré des dizaines de jeunes filles » mineures à Epstein. Contacté par 20 Minutes, l’avocat américain du septuagénaire, qui le représentait encore en avril dernier, n’a pas donné suite. En 2015, le scout avait nié tout comportement inapproprié lié « directement ou indirectement » aux crimes de Jeffrey Epstein, dénonçant des « fausses histoires ».

Les accusations contre le Français, qui se vantait en 2008 dans l’émission Paris Dernière d’avoir repéré ou lancé les carrières de Sharon Stone, Milla Jovovich et Christy Turlington, ne datent pas d’hier. En 1988, dans le reportage American girls in Paris de l’émission 60 Minutes, un mannequin accusait Brunel de l’avoir droguée et violée. La semaine dernière, trois autres ex-tops, dont la Néerlandaise Thysia Huisman, l’ont accusé de faits similaires à la même période.

Une lettre de crédit de Jeffrey Epstein

Ces accusations ne l’ont pas empêché de continuer sa carrière. Les circonstances de sa rencontre avec Jeffrey Epstein ne sont pas connues mais dès le début des années 2000, Jean-Luc Brunel voyage régulièrement à bord du jet privé du millionnaire américain. Le 21 juin 2002, il est à bord avec Jeffrey Epstein, Virginia Roberts Giuffre et la Franco-Britannique Ghislaine Maxwell, accusée par plusieurs victimes présumées d’avoir joué les « rabatteuses » pour Epstein pendant des années. Fondateur de Karin Models, Brunel ouvre ensuite l’agence MC2 à Miami en 2005, avec une lettre de crédit de Jeffrey Epstein. Et quand le financier déchu purge une peine de treize mois de prison pour « sollicitation de prostituée mineure », en 2008, il lui rend visite en prison à 67 reprises, selon des archives consultées par le Guardian.

Plus récemment, il continuait de voyager pour repérer des talents. En avril dernier, il était au Brésil. « Jean-Luc Brunel est là pour un casting et emmener nos mannequins à New York. Notre porte te sera toujours ouverte », écrit sur Facebook Nivaldo Oliveria Leita, patron de l’agence brésilienne Mega Partners. MC2 jurait la semaine dernière ne plus avoir « aucun lien professionnel » avec Brunel. Aujourd’hui, le nom du Français semble rendre ses anciens partenaires nerveux. Contactée ce mercredi pour savoir si Jean-Luc Brunel possède toujours des parts dans l’entreprise, et s’il a effectué son voyage au Brésil à titre personnel ou pour l’agence, MC2 a mis fin sans prévenir à la conversation.