Légendes sexuelles : Les femmes peuvent-elles vraiment avoir un orgasme en faisant du sport ?

FUCK NEWS (1/4) Les « fake news » n’épargnent pas la sexualité. A l’occasion des 50 ans de l’année érotique 1969, « 20 Minutes » traque cette semaine les légendes urbaines coquines, rumeurs olé olé et les on-dit (parfois avérés)

Anissa Boumediene

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Les exercices sollicitant les muscles abdominaux sont ceux qui déclenchent le plus fréquemment un
Les exercices sollicitant les muscles abdominaux sont ceux qui déclenchent le plus fréquemment un — Jelena Đekić / Pixabay
  • Parce qu’on a tous déjà entendu de drôles de rumeurs ou des légendes urbaines à caractère sexuel, 20 Minutes s’est emparé du dossier.
  • La « biscotte » des rugbymen, le tatouage symbole du fist-fucking, la tarte aux fraises synonyme d’échangisme… Nombreuses sont les croyances qui circulent et intriguent.
  • Aujourd’hui, pour le premier volet de notre série, on éclaircit le mystère autour d’un phénomène méconnu : le coregasm.

Se détoxifier, entretenir son corps et vider son esprit du stress. On ne cesse de l’entendre : la pratique régulière d’une activité physique est le secret d’une longue vie en bonne santé. Mais le sport aurait d’autres vertus insoupçonnées : en plus de libérer des endorphines favorisant le bien-être, il pourrait parfois être jouissif, au point d’en avoir un orgasme. Alors, intox ou ticket pour le 7e ciel ? 20 Minutes met à nu les rumeurs olé olé et se penche sur cette légende urbaine sexuelle qui répond au nom de « coregasm ».

De quoi parle-t-on ?

Le coregasm est un mot anglais issu de la contraction des termes « core » (muscles de la ceinture abdominale en anglais) et « orgasm » (ça, vous aurez compris ce que ça veut dire). Il ne s’agit pas ici d’atteindre la jouissance sexuelle lors d’une partie de galipettes acrobatiques façon kama sutra, mais d’un orgasme spontané, incontrôlé, provoqué par une pratique sportive et sans aucune stimulation sexuelle.

D’où ça vient ?

« Bah, les femmes aiment faire du cheval et du vélo parce que ça leur donne des sensations agréables, là, en bas ». C’est, en version édulcorée, le genre d’affirmations que l’on peut retrouver en épiant les conversations au bar ou dans les tréfonds de Twitter, où la croyance est partagée.

Ce n’est qu’en 2012 qu’une vague d’articles sur le coregasm a déferlé un peu partout dans le monde, jusqu’en France, au lendemain de la publication d’une étude scientifique consacrée à ce sujet.

Ça existe ou pas ?

Eh bien oui ! L’étude en question, menée par des chercheurs de l’Université de l’Indiana, et publiée en mars 2012 dans la très sérieuse revue scientifique Sexual and Relationship Therapy, démontre le lien entre pratique sportive – surtout chez la femme – et jouissance. « Le terme " coregasm " fait référence à un orgasme induit par l’activité physique, généralement des exercices qui sollicitent en profondeur les muscles abdominaux centraux », explique à 20 Minutes le Dr Debby Herbenick, coauteure de l’étude, professeure à l’Ecole de santé publique de l’université américaine et auteure de l’ouvrage The coregasm workout. « Nous avons constaté que les coregasms sont généralement déclenchés par des exercices tels que des abdos crunch, les relevés de genoux suspendu, les tractions et, moins fréquemment, la course à pied, le vélo et la natation. Ces dernières pratiques sportives, qui stimulent le système cardiovasculaire, activent le système nerveux sympathique et chez certaines personnes, une forme d’excitation est ressentie ». En menant son étude, Debby Herbenick a ainsi pu constater qu’« environ 10 % des femmes et 8 % des hommes ont vécu au moins un coregasm dans leur vie, mais nous n’avons pas encore découvert le mécanisme de ce phénomène ».

Par ailleurs, certains hommes vivraient aussi une forme d’orgasme liée à la liesse de la performance. Ainsi, dans une interview accordée à Psychologies Magazine, Eric Cantona a déclaré : « A l’époque où je jouais, quand je marquais [un but], j’étais hors de moi. C’est une forme d’orgasme. »

Ce qu’en dit l’experte ?

« Les exercices abdominaux, le yoga ou la natation – en particulier la brasse – sont des activités qui partent du ventre, des abdos et du périnée, relève le Dr Marie-Claude Benattar, auteure du Petit manuel de soins intimes pour les femmes : Les 10 conseils pour un mieux-être au quotidien et une sexualité épanouie (éd. Josette Lyon). Donc il me semble assez vraisemblable que des exercices entraînant une forte contraction abdominale puissent déclencher une chaleur, une forme de sensation orgasmique », abonde la gynécologue.

« Ces données sur le coregasm sont intéressantes, car elles suggèrent que l’orgasme n’est pas nécessairement un événement sexuel. Cela pourrait nous permettre d’en apprendre plus sur les processus corporels sous-jacents à l’expérience de l’orgasme, explique le Dr Herbenick. Ainsi, il est aussi possible d’apprendre à faire de l’exercice physique de manière à améliorer son épanouissement sexuel », poursuit-elle.

Attention toutefois, « une pratique sportive trop intense peut avoir un effet délétère sur le périnée, ou plancher pelvien, en exerçant sur lui une pression qui entraîne son relâchement et potentiellement une incontinence urinaire », expliquait il y a quelque temps à 20 Minutes le Dr François Haab, urologue et spécialiste de la rééducation périnéale. « C’est pourquoi je conseille à mes patientes qui ont des troubles du désir de faire de la rééducation périnéale, confirme le Dr Benattar. Le périnée doit s’entretenir et se muscler ».

Le Kama-sutra, version aérobic