Transports: Quand vouloir embarquer son vélo dans le train vire au cauchemar

MOBILITE Embarquer son vélo dans le train pour partir en vacances se révèle, sur bien des destinations, une équation impossible. Après un « été infernal », l’association de cyclotourisme CycloTransEurope presse la SNCF d’agir

Fabrice Pouliquen

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Vouloir emporter son vélo dans le train, une option de plus en plus compliquée?
Vouloir emporter son vélo dans le train, une option de plus en plus compliquée? — Joël Saget / AFP
  • Sur Twitter, les posts comprenant le mot dièse #monvélodansletrain donnent une idée de l’engorgement fréquent des espaces vélos des trains estivaux et du mécontentement des cyclotouristes à l’encontre de la SNCF.
  • Ces tensions seraient le résultat de deux courbes qui se croisent. D’une part, l’augmentation du nombre de cyclotouristes. « Mais aussi la baisse des emplacements dédiés aux vélos dans les trains », peste CycloTransEurope.
  • Faut-il alors imposer huit places dédiées aux vélos dans chaque train, comme le préconise une recommandation des députés européens votée en novembre dernier ? Le débat fait rage.

Marie-Eve Belorgey, son mari et sa fille voulaient partir en Bretagne cet été. Ils n’auront pas été plus loin que Belfort, leur gare de départ, expulsés du TER Mulhouse-Paris de 8h16, le 28 juillet, une demi-heure après y être montés.

Depuis cinq ans, cette famille a pris l’habitude de miser sur l’intermodalité train + bicyclettes pour partir en vacances. Mais ce dimanche-là, les trois places dédiées aux vélos dans ce train étaient déjà occupées lorsqu’ils y sont montés. « Nous avions déjà pris ce train il y a deux ans et il était possible, à l’époque, de réserver sa place vélo pour 5 euros, raconte Marie-Eve Belorgey. Ce service a été supprimé. » Voilà comment la famille Belorgey s’est vue intimer l’ordre de descendre du train, malgré des billets conformes et «même si nous étions parvenus à ranger nos trois vélos sans entraver le passage », précise Marie-Eve Belorgey.

« Un été infernal »

Résultat ? Des vacances fichues et la liste des cyclistes en colère contre la SNCF qui s’allonge. Sur Twitter, les posts rattachés au mot dièse #monvélodansletrain donnent une idée du mécontentement. Les quelques tweets positifs sont noyés dans une flopée de photos d’emplacements vélos saturés et d’appels à la SNCF à mieux prendre en considération les usagers de la petite reine.

« Cet été a été infernal », pointe Erick Marchandise. Au point que CycloTransEurope, l’association de cyclotourisme qu’il préside, s’est fendu d’une lettre mardi à Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, pour qu’elle demande à la SNCF de « prendre des mesures urgentes pour accueillir les cyclistes correctement ».

Les tensions sont le résultat de deux courbes qui se croisent, lance Olivier Schneider, président de la FUB (Fédération française des usagers de la bicyclette). « La première est l’augmentation du nombre de Français à vouloir se passer de voiture et à se reporter sur le vélo ou le train en cherchant parfois à combiner les deux. » Et l’été, le long des véloroutes françaises, de plus en plus fréquentées, ça coince. « Certaines situations sont absurdes, reprend Olivier Schneider. Une administratrice de la FUB s’est par exemple retrouvée à attendre le seul TER qui relie Lyon à Tours – pour passer de la véloroute de la ViaRhônaà celle de la Loire à vélo - avec vingt cyclistes sur le quai. Il n’a que six crochets " vélo " dans le train et ils étaient tous déjà occupés. »

Des emplacements vélos en baisse

Voilà pour la première courbe. Erick Marchandise peste surtout contre la seconde : « la diminution des emplacements vélos dans les trains. » « Pourtant, la SNCF a été pionnière dans ce domaine, en étant la première à autoriser l’emport des vélos dans ses trains à grande vitesse, rappelle-t-il. C’était au début des années 2000, et il y avait alors quatre places dédiées aux vélos [au prix de 10 euros la place] dans la grande majorité des rames. »

Depuis, l’offre s’est réduite dans les TGV. « Fin 2017, la SNCF a supprimé, sans concertation, les quatre emplacements vélos des TGV Grand-Est. Les places sont aussi de moins en moins nombreuses sur les TGV Nord. Ils ont aussi été réduits de quatre à deux places dans les TGV Atlantique », liste l’association dans sa lettre à Elisabeth Borne.

Même constat pour les TGV internationaux. « Les trains Lyria (vers la Suisse) ne prennent plus les vélos depuis quelques années également, poursuit Erick Marchandise. Cela n’a jamais été possible sur les Thalys (vers la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas), pas plus que sur les trains opérés conjointement par la SNCF vers l’Espagne et l’Italie. »

Le vélo rangé dans une housse, la fausse solution ?

Contactée par 20 Minutes, la SNCF justifie l’arrêt de l’offre espace vélo dans les TGV Est par l’utilisation sur cette ligne de différents types de rames, dont certaines – comme les duplex, à deux niveaux- ne disposent pas d’emplacements vélos. « Ces rames, très capacitaires, sont destinées à répondre au besoin de transport croissant de la clientèle longue distance, en France et en Europe, précise-t-on au service communication de la compagnie ferroviaire. Des arbitrages ont ainsi dû être faits afin de prioriser la garantie d’un nombre suffisant de places assises. »

« Et puisque au moment d’ouvrir les réservations, la SNCF ne sait pas encore quelles rames composeront ses trains – et donc le nombre précis d’emplacements vélos qu’elle pourra proposer – elle a tout simplement supprimé toute possibilité d’embarquer des bicyclettes sur le TGV Grand-Est », déplore Erick Marchandise.

La SNCF souligne tout de même qu’il n’y a pas de restrictions de places, dans les TGV, pour les vélos démontés et rangés dans une housse. Et que le service est même gratuit. De quoi faire sourire Marie-Eve Belorgey. « Cette solution n’est pas satisfaisante, estime-t-elle. Les vélos ne sont pas toujours simples à démonter et une fois dans une housse, ils deviennent très compliqués à transporter. Si vous voyagez avec des enfants et/ou si vous avez des correspondances, cela devient mission impossible. » « Surtout, même rangé dans une housse, un vélo ne tient pas dans les espaces réservés aux bagages, ajoute Olivier Schneider. Le train reste tout aussi encombré. »

Les limites du TER et des Intercités…

Autre solution avancée par la SNCF : son service «Bagages à domicile» qui, pour 80 euros, permet de livrer son vélo, non démonté, à la destination de son choix. « Mais je ne connais pas beaucoup de cyclistes prêts mettre ce prix pour amener son vélo en vacances, surtout que le tarif grimpe à 160 euros si on compte le retour », réagit Erick Marchandise.

Pour CycloTransEurope, les cyclistes n’ont alors bien souvent d’autres choix que de se reporter sur les TER et les Intercités, globalement mieux dotés en emplacements vélos. Mais là encore, la solution a ses limites. Pour certaines destinations – notamment vers l’Est et le Sud-Est –, il est quasi impossible d’éviter les lignes à grande vitesse, pointe CycloTransEurope. A moins de faire d’importants détours et de multiplier les temps de trajets. « On ne peut relier Marseille à Quimper en une seule journée, illustre Erick Marchandise. Et il faut prendre quatre trains et consacrer une journée pour aller de Paris à Bâle, contre trois heures en Lyria. »

Surtout, même sur ces lignes secondaires, le nombre d’emplacements vélo peut être à la baisse. « La région Normandie a ainsi investi dans de futurs trains Intercités " Omnéo " qui devraient circuler à partir de l’année prochaine, reprend Erick Marchandise. Ils ne comporteront plus que 6 emplacements vélos, contre 18 actuellement. »

Un nombre de places dédiées au vélo qui sera toujours limité ?

Pour les associations de cyclistes, la restriction des emplacements vélos dans de nombreux trains est à contre-courant de la proposition, votée à l’automne dernier par les députés européens, d’allouer huit places vélos dans tous les trains dans l’Union européenne. « Plutôt que huit places, il serait préférable de s’entendre sur un pourcentage d’emplacements vélos à réserver dans les trains, tous n’ayant pas les mêmes capacités d’emports, estime Olivier Schneider. Quoi qu’il en soit, l’idée est bonne. Elle permettrait d’homogénéiser les règles, là où, aujourd’hui, elles changent d’un pays à l’autre, voire d’une région à l’autre. »

Mais le texte, voté en novembre, n’est qu’une recommandation qui doit encore être discutée par les ministres des Transports de l’UE. « La France peut très bien prendre de l’avance et adopter d’ores et déjà ce règlement », signale le président de CycloTransEurope.

Une solution qui réglerait la difficile équation vélo + train ? Certains, y compris parmi les promoteurs de la bicyclette, en doute. Pour Charles Maguin, président de Paris en Selle, le nombre de places dédiées au vélo dans un train restera toujours limité. Si bien qu’il faut aussi développer les locations de vélos sur place, tout comme les stations de sports d’hiver ont développé la location de matériel de ski. Sur Twitter, le débat est vif.