G7 à Biarritz: Un contre-sommet sous haute tension au Pays basque

MANIFESTATION Si les appels au calme se multiplient, certains opposants au G7 à Biarrtiz craignent des affrontements avec notamment la présence de black blocs en fin de semaine au Pays basque

Clément Carpentier

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Le contre-sommet du G7 va se dérouler sur les communes d'Urrugne, d'Hendaye et Irun.
Le contre-sommet du G7 va se dérouler sur les communes d'Urrugne, d'Hendaye et Irun. — IROZ GAIZKA / AFP

Si les appels au calme se multiplient, certains opposants au G7 à Biarrtiz craignent des affrontements avec notamment la présence de black blocs en fin de semaine au Pays basque

Depuis lundi matin, ça s’active sérieusement sur l’ancien centre de colonies de vacances de Nestlé à Urrugne au Pays basque. En effet, le site va reprendre vie l’espace de quelques jours. Le temps du G7 de Biarritz où les dirigeants des sept pays les plus puissants du monde seront réunis du 24 au 26 août. Et comme à la belle époque, il y aura sûrement une ambiance de camaraderie avec l’installation de 2.000 altermondialistes.

Près de 12.000 personnes sont attendues pour ce sommet des alternatives jusqu'à dimanche.
Près de 12.000 personnes sont attendues pour ce sommet des alternatives jusqu'à dimanche. - IROZ GAIZKA / AFP

En tout, ils sont près de 12.000 à être attendus cette semaine à proximité de la frontière franco-espagnole pour dénoncer dans ce contre-sommet, « l’opération de communication de l’oligarchie mondiale. » Associations, syndicats, partis politiques… Plus de 80 organisations locales et internationales vont se regrouper lors de ce « sommet des alternatives » comme les participants aiment l’appeler.

Des « gilets jaunes » ont par ailleurs indiqué leur présence lors de cet événement pour protester face « aux grands de ce monde qui défendent une économie ultralibérale qui ne nous fait aucun cadeau. » Une caravane est partie il y a quelques jours de Saint-Nazaire pour rejoindre Hendaye.

Une multitude d’actions « pacifiques »

A partir de ce mercredi, ils se retrouveront tous à Hendaye et Irun pour trois jours d’ateliers et de conférences. Soixante-dix débats sont prévus autour de sept thèmes selon les plateformes G7 Ez ! (« non au G7 » en basque) et Alternatives G7 : capitalisme, climat et environnement, féminisme, diversité et liberté des peuples, démocratie sociale, lutte contre les guerres et l’impérialisme et enfin migration et accueil. Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, participera par exemple à l’un entre eux.

Mais le moment fort de ce rassemblement sur la côte basque pour les militants, ce sera samedi avec une grande manifestation prévue dans les rues d’Hendaye. Ils se réuniront aussi dimanche de 12h à 16h sur différentes places publiques à Anglet, Bayonne et Biarritz malgré le dispositif de sécurité autour de cette dernière. Une marche des portraits réquisitionnés d'Emmanuel Macron est également prévue par l’association basque Bizi ! le dimanche 25 août. Ils seront brandis à cette occasion.

Militants, habitants, touristes… Une cohabitation complexe

Toute la question reste maintenant de savoir dans quelle atmosphère va se dérouler ce « contre-sommet ». « Il y a d’ores et déjà plusieurs groupes violents, français et européens, qui se sont donné rendez-vous comme c’est malheureusement maintenant à chaque fois le cas, lors des G7 et des G20 », a déclaré le Président de la République il y a quelques jours. Si Biarritz va devenir un bunker, les forces de l’ordre seront aussi très présentes – 13.200 policiers et gendarmes sont mobilisés – à Hendaye, Irun et Urrugne où elles logeront dans un camping à quelques mètres des altermondialistes.

Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et le secrétaire d’Etat Laurent Nuñez étaient d’ailleurs sur place ce mardi pour visiter l’ensemble du dispositif mis en œuvre. Mais celui-ci ne semble pas pour autant rassurer les locaux notamment les commerçants qui craignent fortement des débordements comme ces dernières années à l’occasion de ce genre d’événement. Des banques ou encore des agences immobilières ont tiré le rideau dès ce début de semaine dans plusieurs villes du Pays basque.

« On est quand même sur un site protégé. Il y a le risque qu’il soit abîmé et puis pour les habitants, il va falloir cohabiter. Certains sont déjà venus nous voir, ils ont notamment peur des nuisances », explique Francis Gavilan, premier adjoint d’Urrugne. En pleine période touristique, la situation s’annonce particulièrement complexe à gérer.

Les black blocs, impossible à maîtriser ?

Du côté, des altermondialismes calment le jeu depuis plusieurs semaines. Pour eux, il s’agit avant tout d’actions totalement pacifiques et non violentes. Ils le rappellent dès qu’ils le peuvent et surtout regrettent l’attitude de l’Etat à ce sujet : « On cherche à faire peur à la population et aux gens plus globalement pour les dissuader de venir. Il espère tenir le peuple comme ça », affirme l’un d’eux.

Des barrages filtrants sont déjà mises en place à la frontière notamment dans le sens Espagne-France.
Des barrages filtrants sont déjà mises en place à la frontière notamment dans le sens Espagne-France. - IROZ GAIZKA / AFP

Tout dépendra, entre autres, de la présence des black blocs et de leur nombre. Annick Coupé d’Attac avoue qu’ils « ne peuvent pas gérer ces personnes puisqu’elles ne s’inscrivent pas sur les plateformes officielles de l’événement mais se donnent rendez-vous grâce à d’autres moyens. » Pour éviter tout débordement, cela fait déjà plusieurs jours qu’il y a par exemple des contrôles en gare ou des barrages filtrants au niveau de la frontière. Ce mardi, une personne a été placée en garde à vue alors que quatre autres ont été remises en liberté après un appel à attaquer des gendarmes. Les interpellations ont notamment eu lieu à Tours, en gare d’Hendaye et dans un TER Hendaye-Dax.

Les autorités ne veulent pas revivre les heurts de Krun (Allemagne) en 2015 et surtout de Gênes (Italie) en 2001 qui avaient un mort et des dizaines de blessés. José Antionio Santano et Kotte Ecenaro, respectivement maire d’Irun et d’Hendaye, se disent plutôt sereins tout en demandant aux forces de l’ordre d’être « le moins visibles possible pour éviter toute provocation ».