Risque-t-on (vraiment) une amende si l’on se promène torse nu en ville ?

PLAGE Depuis cet été ou plusieurs années, il est interdit de se promener en maillot de bain ou torse nu dans certaines stations balnéaires, sous peine d’amende

Julie Urbach

— 

Un homme torse nu en centre-ville (illustration)
Un homme torse nu en centre-ville (illustration) — GILE MICHEL/SIPA
  • Arcachon, La Grande Motte, les Sables-d’Olonne… De plus en plus de communes ont pris des arrêtés municipaux demandant d’arborer une tenue correcte en centre-ville.
  • Il est en fait très rare de se faire sanctionner par la police municipale, qui préfère la sensibilisation.

Pour éviter le sable qui gratte, continuer à peaufiner son bronzage, ou juste par flemme, la tentation est parfois grande. Mais se promener torse nu ou en maillot de bain en centre-ville est de moins en moins toléré dans les villes côtières françaises. Si aucune loi n’existe à l’échelle du pays (sauf s’il s’agit clairement d’exhibition sexuelle), de plus en plus de communes ont signé, cet été ou ces dernières années, des arrêtés municipaux demandant aux passants d’arborer une tenue correcte en rentrant de la plage. Avec, en théorie, une amende à la clé. En théorie.

Car aux Sables-d’Olonne (Vendée), par exemple, aucune prune (fixée à 38 euros) n’est encore tombée. Ici, comme dans de nombreuses stations balnéaires, la municipalité a décidé de se mobiliser sur la question depuis l’année dernière à la suite de plaintes de commerçants. « Des torses nus, j’en vois tous les jours, assure l’une d’entre elles, qui travaille juste devant les halles couvertes. Il y a des ventripotents, des tatoués, des transpirants… C’est pareil pour les femmes, qui viennent faire leurs courses en deux pièces ! » « Je ne trouve pas ça respectueux ni très hygiénique, embraye une autre. Ils pensent pouvoir faire ce qu’ils veulent car ils sont en vacances… Il m’est déjà arrivé de refuser un Monsieur dans ma boutique à cause de ça ! »

La campagne d'affichage aux Sables-d'Olonne
La campagne d'affichage aux Sables-d'Olonne - J. Urbach/ 20 Minutes

Sensibiliser plutôt que cogner

Si les Sables parient sur une campagne de communication humoristique pour régler le problème, la plupart des communes revendiquent elles aussi une stratégie « soft ». Panneaux informatifs à Arcachon, slogans rigolos à Royan, voire distribution de t-shirts… Généralement, les policiers municipaux se contentent de rappeler à l’ordre les vacanciers qui ne porteraient rien sur le dos. « L’objectif est bien de faire de la pédagogie et non de cogner », assure Philippe Augier, le maire (Nouveau Centre) de Deauville. Dans cette destination huppée, un arrêté existe depuis une vingtaine d’années. Pourtant, aucune amende n’a été délivrée depuis. « Il y a quelques râleurs mais en général, ce n’est pas conflictuel, continue le maire. Ils retournent à la plage ou à leur voiture pour récupérer des affaires et la situation se règle ainsi. Ce n’est pas le même type de nuisance que ceux qui jettent leurs mégots sur la plage, par exemple. »

Il faut dire qu’en cas de verbalisation, la situation devient très vite plus compliquée. D’abord parce que si la personne en tort est en maillot de bain, elle a souvent peu d’endroits où ranger ses papiers : pas sûr que les agents aient le temps de procéder à une vérification d’identité au poste pour un simple t-shirt. Mais aussi car en général, l’amende n’est pas « forfaitisée » (il s’agit d’une amende classique de 1re classe) et doit donc faire intervenir le tribunal de police… « C’est une mesure qui peut être un peu difficile à mettre en œuvre, mais certaines communes arrivent à la faire respecter, assure Grégory Valette, président du syndicat de la police municipale USPPM. Citons par exemple la ville de La Ciotat où j’ai eu connaissance de plusieurs cas de verbalisation. »

Torse nu au tribunal

A La Grande-Motte aussi, qui milite pour une tenue décente en ville depuis bien longtemps, cinq contrevenants sont en moyenne recensés tous les ans, contre 500 à 800 rappels à l’ordre. Mais la commune, située près de Montpellier, a bien failli perdre la guerre face aux torses nus, il y a une dizaine d’années. Mécontent d’avoir été verbalisé en maillot de bain, un retraité avait obtenu gain de cause et fait annuler l’arrêté municipal de l’époque, après un passage devant le tribunal administratif. Les juges avaient estimé que le texte ne respectait pas les libertés individuelles et obligé la municipalité à revoir sa copie. Pour éviter une veste de ce genre, les autres préfèrent sans doute elles aussi y aller mollo…