VIDEO. Journée internationale des gauchers : «Une vie à s'adapter pour énormément de choses auxquelles les droitiers ne pensent pas»

VOUS TEMOIGNEZ Ce 13 août, c’est la journée internationale des gauchers. Aujourd’hui encore, nombre de gauchers rencontrent des difficultés dans un monde qui semble être conçu pour les droitiers

Tristan Lescot

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Dur dur d'être gaucher.
Dur dur d'être gaucher. — Pixabay
  • Le 13 août, comme chaque année, les gauchers ont leur journée.
  • Pendant des siècles et des siècles, la main gauche fut considérée comme « la main du diable ».
  • Si les regards ont globalement évolué sur cette main « maudite », le quotidien des gauchers reste parsemé d’embûches.

Si les gauchers sont parfois contrariés, la société, avec eux, est souvent contrariante. Affublés d’expressions pas très flatteuses à leur endroit « Que tu es gauche ! », « Ce n’est pas possible, tu as deux mains gauches ! » et de diverses superstitions inquiétantes, le regard finit cependant par évoluer sur ces « maudits » gauchers. Reste qu’au quotidien, dans un monde conditionné pour les droitiers, être obligé de se servir de sa main gauche peut rapidement devenir une plaie. Tout est-il si noir ?  Les contrariétés vécues par nos internautes sont, en tout cas, bien réelles.

Elisabeth est gauchère, son mari aussi mais ce sont les deux seuls de la famille et pour certaines tâches, ils se sont retrouvés dans l’embarras : « Lorsqu’il a fallu apprendre à nos enfants à faire leurs lacets de chaussures nous avons fait appel aux grands-parents. » Et au niveau professionnel, c’était tout aussi compliqué : « Nous étions dans la restauration et par exemple, il faut se contorsionner pour ouvrir une bouteille. »

Le cauchemar de l’ouvre-boîte

Pour Jordane, le cauchemar absolu, c’est l’ouvre-boîte « absolument pas adapté pour une utilisation avec la main gauche, je laisse toujours cette tâche à quelqu’un d’autre » mais aussi les fameux ciseaux ainsi que l’objet que tout bon gaucher souhaite éviter, le stylo-plume. Elle nous raconte sa détresse : « Les classiques ciseaux qui plient la feuille au lieu de la couper à moins de trouver le bon angle (pas pratique), les stylos-plumes, inutilisables qui finissent par déchirer la feuille à un moment ou à un autre ». Face à ces problèmes récurrents, elle a imaginé des astuces : « J’ai fini par développer une méthode d’écriture ou je tourne tellement ma feuille que j’écris maintenant à l’envers, une personne assise en face de moi peut lire ce que j’écris dans son sens à elle… Au moins je peux garder mon poignet droit et je ne repasse pas sur ce que je viens d’écrire ! »

Tout ceci demande une perpétuelle adaptation dont les droitiers n’ont pas toujours conscience et qui finit par fatiguer : « Étant issue d’une famille de droitiers, j’ai appris à utiliser un ordinateur avec la souris dans la main droite et non la gauche. Bref, une vie à s’adapter pour énormément de choses auxquelles les droitiers ne pensent pas. »

 

Bénédicte soupire : « Quand je dois prendre le métro pour changer de gare à Paris, combien de fois ai-je mis le ticket du mauvais côté, à gauche, les premières fois. C’était tellement plus naturel que de se tordre le bras ! » Plus éprouvant encore, « ce sont les outils de travail, de jardinage, de bricolage, dont l’ergonomie et la sécurité ne sont pas du tout adaptées aux gauchers. Toutes les commandes importantes (démarrage, arrêt d’urgence, etc.) sont à droite. »

A gauche toute !

L’utilisation de sa main gauche lui occasionne même des douleurs physiques au travail : « Je travaille dans un laboratoire de recherche, et beaucoup d’outils de laboratoire ne sont pas adaptés. Quand on passe des journées entières à faire des gestes répétitifs sur des outils inadaptés, on finit par avoir mal au poignet, au cou, par perdre du temps et on accumule les maladresses. C’est frustrant à force. »

Une petite goutte d’espoir dans cet océan de contraintes ? Elle vient de Cyrielle qui défend avec fierté son « statut » de gauchère : « Comme depuis le plus jeune âge nous sommes habitués à devoir nous adapter au monde des droitiers, nous développons une forme d’ambidextrie. » Elle poursuit : « Nous sommes capables d’utiliser nos deux mains en même temps sur des tâches complexes, ou d’utiliser l’autre main quand l’une est entravée ou nous fait défaut. Un droitier blessé à la main droite sait rarement comment utiliser seulement la gauche, alors qu’un gaucher y parvient. »

Finalement, il ne nous reste plus qu’une chose à écrire : Force à toutes les gauchères et à tous les gauchers.