Demandeurs d’asile: La réforme de la carte bancaire au cœur d’une controverse

REFORME La carte bancaire, sur laquelle l’Allocation pour demandeurs d’asile (ADA) est versée chaque mois, devait passer d’un moyen de retrait d’argent liquide à une carte uniquement de paiement

20 Minutes avec AFP

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Des jeunes migrants traversent la jungle de Calais. (Illustration)
Des jeunes migrants traversent la jungle de Calais. (Illustration) — SIPANY/SIPA

Après une controverse suscitée par les acteurs sociaux qui y voient un moyen de « pourrir la vie » des nouveaux arrivants, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a annoncé que la réforme de la carte bancaire des demandeurs d'asile était repoussée à l’automne.

Les changements avaient pourtant été annoncés dans un courrier aux gestionnaires d’établissements d’accueil de migrants, le 23 juillet dernier. Initialement, le 5 septembre prochain, la carte bancaire, sur laquelle l'Allocation pour demandeurs d'asile (ADA) est versée chaque mois, devait passer d’un moyen de retrait d’argent liquide à une carte uniquement de paiement, sans que le montant de l’ADA ne change.

Seuls 25 paiements mensuels autorisés

Le milieu associatif et les établissements concernés, eux, y ont immédiatement perçu une manœuvre politique visant à décourager le recours à cette aide versée actuellement à 151.000 personnes​, pour environ 42 millions d’euros mensuels, ainsi qu’une mesure qui va à l’encontre des besoins des demandeurs d’asile. Dès la fin du mois de juillet, les associations avaient dénoncé le nouveau fonctionnement, estimant que les 25 paiements mensuels autorisés (et 50 centimes par paiement facturés au-delà) risquaient de priver les utilisateurs de liquidités pour « les actes de la vie quotidienne », comme l’achat d’une baguette en boulangerie ou l’accès aux laveries.

Depuis, la pression pour que l’OFII fasse machine arrière ne s’est pas relâchée. L’organisme, sous la tutelle du ministère de l’Intérieur, a annoncé lundi avoir décalé au 5 novembre, soit de deux mois, la mise en place de la réforme, et donné « un délai supplémentaire aux opérateurs (…) pour qu’ils puissent équiper toutes les structures en terminal de paiement ». « L’ADA ne baisse pas, ça ne change rien sur le montant. Ça n’a aucun rapport avec des économies », a contesté Didier Leschi, directeur de l’OFII, qui explique plutôt la réforme par un constat pragmatique : « Les demandeurs d’asile sont en difficulté quand il leur reste moins de 10 euros sur la carte, car ils ne peuvent plus retirer. Or, pour certains, 9 euros ce n’est pas négligeable, ça peut faire 5 % de l’allocation ».

« C’est une réforme qui a pour objectif de pourrir la vie des gens »

Allouée uniquement pendant la procédure, l’ADA, seule aide perçue par les demandeurs d’asile, peut aller d’environ 7 euros par jour, soit quelque 200 euros par mois pour un célibataire, à plus de 400 euros pour un couple avec enfants. A cette difficulté, poursuit Didier Leschi, il faut ajouter le fait que la « manipulation d’argent liquide peut générer du racket ». Ce nouveau mode de versement, voulu par le ministère de l’Intérieur, a été expérimenté « avec succès » en Guyane, souligne l’OFII.

Le report est toutefois insuffisant, balaye Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (Fnars), qui demande « la suspension nette » d’une « réforme dangereuse ». «C'est une réforme qui a pour objectif de pourrir la vie des gens», déplore encore le patron de la Fnars, un des organismes qui avait cosigné fin juillet un courrier à l’OFII dénonçant une « entrave à la libre disposition de l’allocation » qui « limite les possibilités d’accès à un mode de vie normal le temps de l’instruction » de la demande d’asile.