Marseille pour les nuls (8/10): Pourquoi n'y a-t-il que deux lignes de métro?

MARSEILLE EN QUESTIONS (8/10) Neuvième ville la plus étendue de France, cinq fois plus grande que Lyon, Marseille compte seulement deux petites lignes de métro

Mathilde Ceilles

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Une station de métro de Marseille.
Une station de métro de Marseille. — Chameleons Eye / Rex Fe/REX/SIPA
  • La rédaction marseillaise de 20 Minutes répond, tout au long de l’été 2019, aux grandes questions que les touristes se posent en arrivant à Marseille.
  • Et l’une des problématiques que rencontrent touristes et Marseillais, c’est leurs déplacements.
  • La ville accuse en effet un retard, avec seulement deux lignes de métro.

Ils cherchent l’ombre et la « Bonne Mère », s’entassent par centaines dans le petit train sur le Vieux-Port et se posent des dizaines de questions. Chaque année, sept millions de touristes visitent Marseille, selon un comptage, optimiste, de la mairie. Tout au long de cet été 2019, la rédaction marseillaise leur simplifie la vie, en répondant à quelques interrogations, majeures ou anecdotiques. Ce vendredi, on attaque un sujet sensible : pourquoi n’y a-t-il que deux lignes de métro à Marseille ?

21 kilomètres. C’est la distance qui sépare le Louvre du château de Versailles. C’est aussi la longueur de l’ensemble des lignes de métro de Marseille. Enfin, soyons précis : 21,9 kilomètres très exactement, pour la deuxième ville de France en population. Pourtant 2,5 fois plus grande en superficie que Paris et cinq fois plus que Lyon, Marseille est desservie par seulement deux petites lignes, là où ses voisines lyonnaises et parisiennes peuvent se targuer d’avoir respectivement quatre et seize lignes de métro.

Un nombre riquiqui qui interroge : pourquoi ? Pourquoi seulement deux lignes pour couvrir un si vaste territoire ? Il faut déjà se plonger dans les archives marseillaises pour tenter d’élucider ce mystère. La toute première ligne est inaugurée presque un siècle après que les politiques marseillais ont envisagé pour la première fois de creuser un métro. 1918, 1937, 1943, 1947… les projets se succèdent en effet, mais sans jamais aboutir.. Il faudra attendre le conseil municipal de juin 1969 pour qu’un projet de réseau de métropolitain soit approuvé à l’unanimité. Après la réélection de Gaston Defferre en 1972, les travaux démarrent en 1973, et un premier tronçon de la ligne 1, entre la Rose et Saint-Charles, est inauguré le 26 novembre 1977.

« Un retard au démarrage »

« La construction du métro a commencé très tard, il y a eu un retard au démarrage », reconnaît Jean-Pierre Serrus, ancien vice-président LR chargé des transports ces deux dernières années, démis de ses fonctions en 2018 après son adhésion à LREM. « Le retard est avant tout historique, abonde Gilles Marcel, président de l’association d’usagers de transports en commun NosTerPaca. Avec une inauguration en 1977, on est sur quelque chose de relativement récent, là où le développement du métropolitain à Paris, plus ancien, était une affaire d’Etat. » Pour rappel, l’entrée en service du tout premier métro de Paris date en effet de 1900. A Lyon, les premières rames ont circulé en 1974, soit trois ans avant le métro marseillais.

La seconde ligne du métro marseillais est ouverte en 1984 entre Joliette et Castellane. Elle est ensuite prolongée vers le sud et le nord en 1986 et 1987. Puis…. plus rien, si ce n’est quelques prolongements sporadiques de la ligne 1 en 1992 et 2010. « Il est vrai que les consistances physiques de Marseille en font une ville difficile pour le métro, reconnaît Gilles Marcel. A Paris, il suffit de creuser dans le calcaire, il n’y a pas d’obstacle. A Marseille, il y a le littoral. Et autour, c’est montagneux : la vallée de l’Huveaune, c’est étroit, de l’autre côté, ça grimpe… Au moment de l’ouverture de la station Vieux-Port, il y a d’ailleurs eu des infiltrations d’eau. »

Des raisons budgétaires

Mais là où, à la fin du XXe siècle, les métropoles françaises développaient leur métro, la priorité était donnée à la voiture à Marseille. « On a été la dernière ville à faire des parkings dans le centre-ville, et on s’en vantait en plus », soupire Gilles Marcel.

« Les raisons sont vraisemblablement budgétaires, affirme Jean-Pierre Serrus. On connaît le coût des travaux pour faire un métro, et la situation de la deuxième ville de France à cette époque-là n’était pas simple, en raison de contraintes financières. Il n’y a donc pas eu de planification très solide. Marseille est donc partie tard avec des moyens limités… » « Avant, ces politiques étaient soutenues par l’État, mais aujourd’hui, l’État botte en touche, alors que c’est cher et compliqué à réaliser… », regrette Gilles Marcel.

« Une certaine lâcheté politique »

Et de tacler : « Il y a aussi eu une succession de non-choix, c’est donc aussi lié à une certaine lâcheté politique. On ne va pas engager des grands travaux onéreux qui vont embêter les gens, dans une région du Sud où, culturellement, la voiture est très ancrée au sein de la population. Il y a eu une politique de l’abandon, qui date de 10, 15, voire 40 ans en arrière. »

La carte actuelle du réseau de transports marseillais serait donc le résultat d’une politique… ou plutôt d’une absence de politique, orchestrée au sein d’une métropole peu efficace en la matière. La métropole dans sa forme actuelle est d’ailleurs amenée à évoluer, quelques années seulement après sa création. « La métropole a un budget de quatre milliards d’euros, mais les moyens sont mis ailleurs, accuse Jean-Pierre Serrus. Le système de gouvernance actuel prône le consensus. Mais les maires et conseillers métropolitains devraient peut-être accepter de faire un peu moins de ronds-points pour se concentrer sur les problèmes de mobilité de Marseille et sa métropole… »

Dans le dernier agenda pour la mobilité, sorte de schéma directeur des projets à venir, la création d’une troisième ligne de métro est évoquée, sans qu’il y ait ni de date ni de tracé précis. Quant au prolongement de la ligne 2 vers le Nord, la station « Capitaine Gèze », en travaux depuis des années, n’a toujours pas terminé, et sa date d’inauguration, plusieurs fois repoussée, reste une inconnue. Contactés, ni le vice-président aux transports, ni la présidente de la RTM n’ont donné suite à nos sollicitations.