PMA pour toutes : Les anti-mariage pour tous vont-ils se remobiliser ce dimanche ?

DÉBATS Une vingtaine d'associations, dont la Manif pour tous, appellent à manifester ce dimanche contre le projet de loi bioéthique examiné depuis le 24 septembre par les députés

L.C.

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Une manifestation d'opposants au mariage pour tous à Bordeaux, le 5 octobre 2014.
Une manifestation d'opposants au mariage pour tous à Bordeaux, le 5 octobre 2014. — NICOLAS TUCAT / AFP
  • Il y a six ans, plusieurs centaines de milliers de personnes ont manifesté pour dire leur opposition au mariage pour tous, finalement adopté le 23 avril 2013.
  • Alors que l’Assemblée examine jusqu’au 9 octobre le projet de loi bioéthique, dont le premier article prévoit l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires, la bataille du mariage pour tous va-t-elle se rejouer dans la rue ?
  • Parmi les personnes qui sont descendues dans la rue en 2013 contre le mariage pour tous, certaines ne comptent pas se mobiliser contre la PMA pour toutes, comme en témoignent les internautes qui ont répondu à notre appel à contribution.

En 2013, le projet de loi sur le mariage pour tous a fait sortir des centaines de milliers de personnes dans les rues. Outre leur opposition à l’union entre deux personnes de même sexe, les manifestants exprimaient aussi leurs inquiétudes sur la procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA). Six ans plus tard, les députés ont donné leur feu vert à l’extension de  la PMA aux femmes célibataires et aux couples de lesbiennes, le 27 septembre. La bataille du mariage pour tous va-t-elle se rejouer dans la rue ?

Une vingtaine d’associations opposées à cette mesure et plus largement au projet de loi bioéthique, dont La Manif Pour Tous, appellent à  manifester ce dimanche à Paris. Si certains opposants comptent descendre dans la rue, d’autres ont évolué et changé d’avis sur le sujet, ou bien pensent que la mobilisation n’a pas d’utilité, comme en témoignent les nombreux internautes qui ont répondu à notre appel à contribution.

Battre le pavé pour « s’exprimer »

Danièle fait partie de la première catégorie. « Je manifesterai dimanche, car il y a des enjeux pour les générations futures, j’ai peur que ce texte ouvre à la voie à l’eugénisme », dit cette assistante sociale en milieu hospitalier en banlieue parisienne. La sexagénaire, sympathisante de La Manif pour tous, fer de lance de la mobilisation anti-mariage pour tous, craint « une sélection des embryons » et « une marchandisation du corps humain ».

« Du temps de Hollande, on a évité la PMA [son extension aux couples de lesbiennes] grâce aux manifestations », estime Pascal, 50 ans. Cet ingénieur du Calvados et son épouse sont contre la mesure, au nom « des droits de l’enfant ». « Ce n’est pas à l’Etat ou à la loi de décider qu’un enfant peut naître sans père », estiment-ils. Si le couple ne peut pas venir battre le pavé à Paris ce 6 octobre en raison d’un « engagement amical », il projette bien de participer aux éventuels rassemblements ultérieurs.

Craintes sur la GPA

« Avec ce projet de loi, on voit bien venir la GPA, et c’est une autre raison de manifester », ajoute Pascal. Le texte ne prévoit pas la légalisation de cette technique de gestation pour autrui, mais le gouvernement prépare une circulaire pour préciser « l’état du droit » pour les enfants français nés à l’étranger par GPA.

« Les mobilisations de 2013 ont retardé la PMA et la GPA », croit également Willow*, assistante sociale de 35 ans en région parisienne. « Le gouvernement a choisi de passer outre et de refuser un référendum, comme nous étions nombreux à le demander », déplore la jeune femme, qui ira manifester, même s’il lui « semble que nous ne sommes pas écoutés ».

Au printemps 2013, la Manif pour tous avait revendiqué jusqu’à 1,4 million de manifestants au printemps 2013 (300.000 selon la police). L’association prépare cette nouvelle mobilisation depuis plusieurs mois, à grand renfort de mails à ses abonnés et d’affiches collées dans les rues. Elle a aussi imprimé plus de 2,5 millions de tracts et affrété des bus pour faire converger les manifestants de tout le pays vers la capitale ce dimanche. Mais elle ne souhaite pas communiquer sur le nombre de participants attendus.

Des catholiques moins impliqués ?

En revanche, certains anti-mariage pour tous ont décidé de ne pas battre le pavé, comme Albéric, 45 ans : « je me suis rendu compte que ces manifestations [contre le mariage pour tous] ont été blessantes envers les personnes homosexuelles, et que la loi Taubira n’a rien changé à mon quotidien ni à mes droits ». Il regrette aujourd’hui avoir participé à La Manif pour tous : « Le mouvement m’a beaucoup déçu, il prétend défendre l’intérêt supérieur de l’enfant, mais s’est montré d’un silence assourdissant sur les scandales de pédophilie qui ont frappé l’Eglise. »

La mobilisation anti-PMA pourrait être d’autant moins importante chez les catholiques que la Conférence des évêques de France – malgré son opposition à la mesure – n'appelle pas à manifester. « En outre, les évêques sont moins impliqués qu’en 2013 dans le débat sur la bioéthique, note Céline Béraud, directrice d’étude à l’EHESS. Selon la sociologue, contrairement à 2013 lors du mariage pour tous, « les noyaux militants catholiques auront plus de difficultés à attirer à eux des catholiques qui ne sont pas militants et des non-catholiques ».

« Je ne descendrai plus dans la rue »

Certains ex-manifestants ont même changé d’opinion, en quelques années. « Au départ, je n’étais pas favorable à l’extension de la PMA », raconte Frédéric, 48 ans. « J’ai beaucoup lu, des articles pour et d’autres contre. J’ai considérablement évolué sur le sujet », ajoute-t-il. Une rencontre a été décisive : « Dans la classe de ma fille, il y a une petite fille issue de l’homoparentalité. J’ai aussi évolué au contact de ses parents, un couple de lesbiennes qui l’élève de façon exemplaire. »

Aujourd’hui, Frédéric a tranché : « Je ne descendrai plus dans la rue. J’ai vu trop de gens autour de moi qui se sont rendu compte que leurs propres enfants étaient homosexuels et avaient été brisés par le fait qu’on a pu les emmener dans les manifestations contre le mariage pour tous. Et puis, cette loi n’a rien bouleversé au final », souffle ce chef d’entreprise qui vit dans les Yvelines.

Quant à Sébastien, 33 ans, il ne redescendra pas dans la rue non plus, mais pour une autre raison : « Vu l’écoute que nous avons reçue lors de La Manif pour tous et à la suite du vote de ce mariage, je n’irai pas. »

Une majorité de la population est favorable à cette mesure

Selon plusieurs sondages, la PMA pour toutes est soutenue par davantage de Français aujourd’hui qu’il y a six ans. Ainsi, d’après une enquête Ipsos-Steria parue le 16 septembre, 60 % des Français seraient favorables à l’extension de la PMA pour les couples de lesbiennes, soit 13 points de plus que lors du débat sur le mariage pour tous en 2013, et 36 de plus qu’en 1990, selon  une enquête de l'Ifop.

Moins marquée, la tendance est la même en ce qui concerne l’ouverture de la PMA aux femmes célibataires : en septembre, 65 % des sondés y étaient favorables selon Ipsos-Steria, soit huit points de plus qu’en 2013 selon les chiffres de l’Ifop.

L’examen du projet de loi bioéthique se poursuivra à l’Assemblée nationale jusqu’au 9 octobre, avant d’arriver au Sénat le 15.

* A sa demande, son prénom a été modifié.