Des symptômes à la définition même, le vrai du faux sur la «noyade sèche»

FAKE OFF La «noyade sèche», susceptible d’entraîner la mort plusieurs heures après une baignade a priori sans risque, existe-t-elle vraiment ?

Alexis Orsini

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Un enfant dans une piscine.
Un enfant dans une piscine. — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • A l’été 2017, la mort d’un enfant de 4 ans, une semaine après avoir bu la tasse, avait ému l’opinion aux Etats-Unis (et au-delà).
  • Le drame a contribué à répandre la crainte de la « noyade sèche », une forme de noyade qui surviendrait sans aucun signe avant-coureur.
  • 20 Minutes fait le point sur les réalités médicales et les mythes de cette notion disputée.

Et si un enfant surveillé de près tout au long de sa baignade, sans jamais montrer le moindre signe de noyade, pouvait malgré tout mourir, dans les 72 heures suivantes, de « noyade sèche », sans prévenir ?

Tel est le scénario redouté par de nombreux parents en cette période estivale, à la faveur des avertissements anxiogènes autour d’un tel danger partagés sur les réseaux sociaux. Mais un tel cas de figure est-il possible ? Que recouvre vraiment le terme de « noyade sèche » ? 20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

Signe du paradoxe qui entoure l’expression, celle-ci figure bien sur le site de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)… qui invite en même temps, sur une autre page, à ne plus l’employer. D’un côté, l’OMS opère ainsi une distinction entre la « noyade humide » – « la personne a inhalé de l’eau qui interfère avec la respiration et cause le collapsus du système circulatoire » – et la « noyade sèche » : « dans [ces] cas moins fréquents, le conduit aérien se ferme du fait des spasmes causés par la présence d’eau ».

Mais dans un bulletin médical de novembre 2005, l’OMS invitait le milieu médical à privilégier une définition unique de la noyade, une « insuffisance respiratoire résultant de la submersion ou de l’immersion en milieu liquide ». Et à « ne plus utiliser les expressions noyade mouillée, sèche, active, passive, silencieuse ou secondaire ».

Un (prétendu) cas de figure marquant aux Etats-Unis

L’expression de « noyade sèche » a pourtant marqué les esprits à l’été 2017, après la mort remarquée, aux Etats-Unis, d’un enfant de 4 ans, une semaine après avoir bu la tasse pendant sa baignade. Nombre d’articles consacrés à ce drame avaient mis l’accent sur l’incompréhension de ses parents, qui avaient souligné l’absence de toute séquelle chez leur enfant juste après ce bref incident.

Mais certains des symptômes manifestés dès le lendemain – comme ses vomissements – étaient en réalité annonciateurs de cette forme de noyade moins connue, qui provoque une irritation ou une infection des poumons.

L’idée qu’une personne (et notamment un enfant, plus à risque) meurt noyée « à retardement » sans le moindre signe avant-coureur, ne repose en effet sur aucun fondement médical, comme le souligne le ministère de la Santé dans sa dernière campagne de prévention : « La noyade dite "sèche", c’est-à-dire sans eau dans les poumons et sans aucun signe d’alerte, n’existe pas »

« La noyade sèche, ça voudrait dire qu’un patient peut débuter une noyade […], avoir un intervalle libre [de symptômes] et rédevelopper une insuffisance respiratoire entraînant potentiellement le décès ou une évolution qui n’est pas bonne. Ca n’existe pas, il n’y a pas de noyade sèche », soulignait ainsi dès 2018 le professeur Pierre Michelet, chef du service des urgences de l’hôpital de la Timone, à Marseille.

En pratique, plusieurs signes annonciateurs de cette forme de noyade plus discrète doivent alerter : lèvres bleues, toux, essoufflement, signes de fatigue, vomissements…

 

« Le problème, c’est qu’on ne met pas le doigt sur ce continuum d’aggravation, et très souvent par un manque d’évaluation par un secouriste professionnel » ajoutait Pierre Michelet sur Urgences Direct Info. D’où l’importance, pour les parents, de rester à l’affût de ces signes d’alerte comme de consulter au plus vite un secouriste ou un médecin – alors que près de 600 personnes sont mortes par noyade, en France, entre le 1er juin et le 30 septembre 2018.