Emballages: Pourquoi le papier et le carton ne sont pas si «innocents» qu'ils y paraissent

CONSOMMATION Des chercheurs ont retrouvé certains produits chimiques toxiques des emballages directement dans les aliments

Lucie Bras

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Image d'illustration d'emballages en carton et plastique.
Image d'illustration d'emballages en carton et plastique. — GEORGES GOBET / AFP
  • Une nouvelle étude montre que les emballages carton et papier contiennent des substances toxiques, que l’on retrouve parfois directement dans la nourriture.
  • C’est le deuxième matériau utilisé pour l’emballage alimentaire, après le plastique.
  • « Ce test prouve à nouveau que les emballages papier et carton ne sont pas aussi innocents qu’ils y paraissent », commente Monique Goyens, directrice générale du Bureau européen des consommateurs.

Après le plastique, le carton est le deuxième emballage le plus utilisé pour conserver notre alimentation. Plus facile à recycler, est-il pour autant meilleur pour la santé ? Non, selon un nouveau rapport repris par le Bureau européen des consommateurs (Beuc), qui alerte sur la nocivité de ces emballages. 20 Minutes fait le point sur cette étude, qui interroge sur les objets que l’on consomme au quotidien.

Que disent les résultats de l’étude ?

Quatre associations de consommateurs européennes (Danemark, Espagne, Italie et Norvège) se sont associées pour analyser les emballages en papier et en carton, colorés ou imprimés. Pêle-mêle, elles ont étudié des tasses à café, des pailles, des serviettes en papier, des pâtes, des céréales, des nouilles, des sacs en papier de boulangerie ou de confiseries…. Soit un large panel d’objets du quotidien.

Les résultats montrent la présence de composants chimiques toxiques, parfois à des niveaux élevés. Un échantillon sur six a montré la présence d’amines aromatiques (composant qui entre dans la fabrication des couleurs jaune, orange et rouge), suspectées de causer des cancers. Neuf échantillons ont présenté des traces de ces produits au-delà des limites fixées dans l’Union européenne dans sa réglementation pour les produits plastiques. Presque 100 % des échantillons testés ont montré la présence de filtres ultraviolets (utilisés dans l’encre d’impression et le vernis). Et dans 21 d’entre eux, ces composants chimiques ont même été retrouvés dans la nourriture, au-dessus des niveaux recommandés.

Que cela nous apprend-il sur nos emballages ?

Qu’ils ne sont pas neutres ! « La plupart des consommateurs supposent naturellement que la matière en contact avec leur nourriture ne contient pas de produits chimiques nocifs mais ce n’est malheureusement pas le cas », commente Monique Goyens, directrice générale du Beuc. « Les produits chimiques contenus dans les emballages, qui s’infiltrent dans nos aliments finissent par pénétrer dans notre corps. Ce test prouve à nouveau que les emballages papier et carton ne sont pas aussi innocents qu’ils y paraissent », poursuit-elle. Les associations de consommateurs européennes à l’origine de cette étude appellent à une nouvelle réglementation des cartons et papiers d’emballage.

Quels sont les risques pour la santé ?

Ces produits toxiques détectés dans les emballages sont susceptibles de provoquer cancers et dérèglements hormonaux. Cette étude fait écho à d’autres parutions plus anciennes. En 2017, un test réalisé sur les cartons de fast-food a montré la présence de composés fluorés, notamment dans les emballages de frites. Ces substances peuvent avoir une influence sur la fertilité et la santé du fœtus, ainsi que sur l’environnement.

En 2017 également, l’Anses avait déjà alerté sur les huiles minérales contenues « dans les encres ou les adhésifs des emballages alimentaires en papier et carton », susceptibles de « migrer dans les aliments ». Ces huiles auraient un caractère génotoxique et mutagène. L’Anses conseillait ainsi de « limiter l’exposition du consommateur ».

Pourquoi en parle-t-on maintenant ?

Le timing n’est pas choisi au hasard. Dès 2021, les plastiques à usage unique vont être interdits dans toute l’Union européenne : assiettes, gobelets, couverts etc. « Avec l’ambitieuse interdiction des plastiques à usage unique qui arrive, l’UE doit s’assurer que les alternatives comme le papier et le carton d’emballage alimentaire sont sûrs pour les consommateurs », prévient Monique Goyens.

D’autant plus que la réglementation en la matière est assez vague. « Aujourd’hui, il y a une réglementation cadre, très générale, mais il n’y a pas de législation spécifique qui interdit telle ou telle substance », renchérit Pauline Constant, chargée de communication au Beuc. « Au contraire, le plastique est très réglementé, notamment sur les amines aromatiques, car c’est le matériau le plus utilisé », confirme-t-elle. La Commission européenne semble en tout cas s’être saisie du problème : selon Pauline Constant, elle est en train d’évaluer si sa législature actuelle fonctionne bien. « Des résultats vont être publiés dès la rentrée. »