Loire: Qu'est-ce qui a conduit un chimpanzé à s'attaquer à son soigneur au zoo de Saint-Martin-la-Plaine?

SOIGNEUR MORDU PAR UN SINGE Pour comprendre comment une telle attaque a pu se produire, «20 Minutes» a interrogé le directeur du zoo et une primatologue

Elisa Frisullo

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Chimpanzé de la région Est de l'Afrique.
Chimpanzé de la région Est de l'Afrique. — Peter Barritt/SUPERSTOCK/SIPA
  • Un animalier de 30 ans a été sévèrement mordu par un chimpanzé au zoo de Saint-Martin-la-Plaine, dans la Loire. Le singe lui a sectionné quatre doigts.
  • Au lendemain de l'accident, l'incompréhension domine au sein du parc. 
  • Pour comprendre comment une telle attaque a pu se produire, «20 Minutes» a interrogé le directeur du zoo et une primatologue lyonnaise, spécialisée dans la conservation des chimpanzés en milieu naturel.

Ce vendredi matin, Pierre Thivillon est en train de s’affairer auprès des primates lorsque nous le contactons. Comme il le fait chaque jour depuis 47 ans au sein de son parc zoologique de Saint-Martin-La-Plaine, dans la Loire, devenu centre de maintien et de reproduction des primates. Mais au lendemain de l’accident qui a eu lieu à la petite maison des chimpanzés, le septuagénaire semble encore abasourdi.

Jeudi, alors qu’il allait s’occuper des chimpanzés, un soigneur, âgé de 30 ans, animalier depuis 10 ans, a été attaqué par l’un des animaux. « Quand on se présente auprès des chimpanzés, on fait un geste de soumission avec notre main. Il nous répond souvent en embrassant notre main », explique Pierre Thivillon. Pas cette fois.

Au lieu d’accepter la soumission de l’animalier, le chimpanzé de 20 ans, qui jusqu’alors n’a jamais fait preuve d’agressivité, a saisi la main du soigneur et l’a sauvagement mordue, lui sectionnant quatre doigts. L’animalier a été transporté à l’hôpital après avoir alerté ses collègues. Les chirurgiens n’ont pu sauver que son majeur, le reste de la main restant amputé.

La canicule en cause ?

« Cela fait 45 ans que j’élève des chimpanzés et je n’ai jamais vu cela », confie à 20 Minutes Pierre Thivillon, toujours dans l’incompréhension. « Est-ce qu’il y eu un problème interne au groupe de chimpanzés, est-ce qu’il a été agacé par un groupe de visiteurs ou est-ce que la chaleur y est pour quelque chose ? On peut se trouver des réponses mais au final, nous n’en savons rien. »

En pleine canicule, forcément, l’impact des fortes températures sur le comportement des animaux du zoo interroge. « On essaye de faire le maximum pour les rafraîchir. Les animaliers leur donnent des fruits glacés, on a mis en place de l’arrosage et nous avons de grands espaces d’ombrage. On a même mis une petite chimpanzé sous un ventilateur car elle souffrait de la chaleur. Mais pour eux comme pour nous, c’est un moment difficile à passer », ajoute le directeur du zoo, où aucun signe d’agressivité n’a été observé sur les animaux avant l’accident.

« Ce n’est pas une peluche docile »

« Nous n’avons rien remarqué de particulier. Est-ce que la chaleur a contribué à ce qu’il s’est passé ? Je n’en ai aucune certitude. Quand on s’occupe des animaux, on est toujours à la merci d’un problème », ajoute ce passionné qui a créé ce parc en 1972 et lui a consacré depuis toute sa vie. Un point de vue partagé par la primatologue Amandine Renaud, une Lyonnaise qui a créé l’association P-WAC, un projet de conservation des chimpanzés au Congo, dans leur milieu naturel.

« Toutes les personnes travaillant avec des animaux sauvages, et dans ce cas, les chimpanzés, que ce soit en captivité ou en milieu naturel, savent qu’il existe un risque », explique la jeune femme, actuellement en Afrique. La primatologue ne souhaite pas commenter cet accident. Mais son expérience et ses études auprès des chimpanzés peuvent apporter des éléments de réponse au drame qui s’est joué dans la Loire.

Le chimpanzé, pour rappel notre plus proche cousin, est un grand singe parfois imprévisible. Il reste sauvage dans son comportement. Ce n’est pas une peluche docile. Bien au contraire. Un chimpanzé a cinq fois la force d’un homme et dispose d’une hiérarchie et d’une société bien spécifiques », explique la primatologue, au contact de ces primates au quotidien.

Et d’ajouter : « Chaque jour, au sein d’un groupe de chimpanzés, de nombreuses interactions physiques se produisent. Même s’il est possible de développer une certaine complicité et entente avec un individu, ou d’être intégré à un groupe, des accidents arrivent. Qu’on respecte au mieux leurs règles n’est parfois pas suffisant ».