Permis de conduire anticipé dès 17 ans: Comment le gouvernement tente d’alléger la note du papier rose

POINT DE PATINAGE Rendre le permis de conduire moins cher et plus rapide à obenir est l’intention du gouvernement avec cette mesure, mais ça n’est pas forcément gagné

Rachel Garrat-Valcarcel

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Le simulateur pourrait prendre une plus grande place dans la formation à la conduite. (illustration)
Le simulateur pourrait prendre une plus grande place dans la formation à la conduite. (illustration) — GEORGES GOBET / AFP
  • Christophe Castaner a annoncé que dès lundi les jeunes en conduite accompagnée pourront passer le permis de conduire.
  • Le gouvernement espère ainsi réduire les délais et les coûts.
  • Mais la sécurité est aussi en jeu, alors que les auto-écoles ne font pas de marge sur les formations, d’après un syndicaliste CGT.

L’initiative ne sort pas tout à fait du chapeau, mais enfin le calendrier a de quoi surprendre : Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, a annoncé que dès lundi les candidats et candidates de 17 ans, en conduite accompagnée, pourront passer l’examen du  le permis de conduire. Aujourd’hui, il faut attendre d’avoir 17 ans et demi pour qu’une auto-école vous présente. 20 Minutes tente de vous expliquer ce qui se cache derrière cette annonce nichée au cœur de l’été.

C’est quoi ?

On ne verra pas lundi des ados de 17 ans seuls au volant d’une voiture. Non, la mesure annoncée n’est en fait qu’une extension de la possibilité qu’ont déjà les jeunes de 17 ans et demi en conduite accompagnée. Ils peuvent effectivement passer l’examen de permis de conduire, mais si l’avis est favorable, ils ne pourront conduire seuls que le jour de leur majorité, à 18 ans.

Le gouvernement, par la voix de son chef, Edouard Philippe, avait déjà annoncé ses intentions ou en tout cas ses objectifs : « Faire en sorte que le prix moyen du permis de conduire diminue sensiblement, de l’ordre de 30 %. » En anticipant la possibilité de passer le permis, c’est bien le pari du gouvernement. En jouant d’ailleurs sur plusieurs aspects : sur le nombre de places mais aussi sur les modalités de la formation.

Comment cela peut-il ouvrir plus de places ?

« Il s’agit de donner de la fluidité aux passages et de diminuer les délais d’attendre entre la première et l’éventuelle deuxième tentative », explique Jean-Bernard Marcusi, responsable de la sécurité et de l’éducation routière à la CGT. En somme, cela permet d’étaler les passages des candidats et candidates alors que le cap des 18 ans apparaît comme une sorte de goulot d’étranglement.

Mais surtout, il s’agit de profiter des bons résultats de ceux et celles qui passent l’examen en anticipé, grâce à la conduite accompagnée. D’après Christophe Castaner, en 2018, ceux-là ont eu un taux de réussite « de 74,5 %, contre 57,7 % en moyenne pour l’ensemble des candidats ». Plus de réussite, ça veut donc dire moins de deuxième passage : ça libère des places et, a priori, ça va coûter moins cher.

Plus de simulation pour faire baisser les prix ?

Jusque-là on ne touche qu’indirectement au prix. L’autre idée est donc de faire une plus grande place à la simulation dans la formation pratique des candidates et des candidats. « Avec l’idée que ça sera une heure forcément moins chère qu’une heure dans une voiture », explique Jean-Bernard Marcusi. Au-delà, le syndicaliste de la CGT estime qui n’est pas possible de baisser les prix : « Il n’y a pas de marge pour les auto-écoles ! Et 1.800 euros pour un permis qui dure toute la vie, franchement ça ne fait pas très cher. »

Et la sécurité ?

La principale crainte de Jean-Bernard Marcusi c’est qu’on brade un peu la formation, que l’on cherche à « baisser les prix pour baisser les prix ». « Faire moins cher c’est prendre le risque d’avoir un produit qui n’est pas à la hauteur de la sécurité attendue. C’est quand même un service public ! », explique-t-il.

Plus de simulation serait prendre un risque ? « On n’en est pas là, dit le syndicaliste CGT. Ça peut être un élément intéressant, comme des situations de nuit qu’on ne peut pas tester lors des heures de conduite. Mais en faire plus, ça n’est pas forcément mieux. » Le risque étant pour lui de substituer des heures en voitures à des heures en simulateur.