Disparition de Steve à Nantes: L’indignation prend de l’ampleur un mois après le drame

ENQUETE Les affiches et messages « Où est Steve? » se multiplient un mois après la disparition de Steve Caniço le soir de la Fête de la musique à Nantes

Frédéric Brenon

— 

Des affiches et messages pour Steve Caniço sur un bâtiment du quai Wilson à Nantes.
Des affiches et messages pour Steve Caniço sur un bâtiment du quai Wilson à Nantes. — L.Venance/AFP
  • Steve Caniço, 24 ans, n’a plus donné de nouvelles à ses proches depuis la nuit du 21 au 22 juin.
  • Il participait à une soirée techno sur l’île de Nantes organisée dans le cadre de la fête de la musique.
  • L’événement s’était achevé dans la confusion après une intervention policière controversée. Plusieurs jeunes étaient tombés dans la Loire.

« Où est Steve ? » La question est posée avec de plus en plus d’insistance près d’un mois après la disparition de Steve Caniço, 24 ans, probablement tombé dans la Loire lors d’une intervention policière le soir de la Fête de la musique à Nantes. Dans les rues de la ville ou sur les berges de Loire, les inscriptions et affiches dénonçant le drame sont nombreuses. Parfois retirées, elles sont raccrochées quelques heures plus tard.

Des affiches «Où est Steve?» place Royale à Nantes.
Des affiches «Où est Steve?» place Royale à Nantes. - L.Venance/AFP

A Rennes, à Bordeaux, à Lille ou même  à Paris, elles fleurissent aussi désormais. Sur les réseaux sociaux, les messages posant la question « Où est Steve ? » se multiplient également. Depuis mercredi, des Internautes, dont quelques élus de gauche, appellent la population à prendre la pose avec le slogan.

« C’est inconcevable, quasiment criminel »

A travers cette action, certains disent vouloir exprimer une « solidarité avec les proches » du jeune homme. D’autres leur « inquiétude ». D’autres leur « incompréhension » face aux « semaines qui passent » et aux « réponses qui manquent par rapport à ce qui s’est passé » dans la nuit du 21 au 22 juin sur le quai Wilson à Nantes. Mais le mot qui revient le plus souvent est « colère ».

Le dessinateur Eric Chalmel, l’une des personnalités nantaises à l’origine des affiches aujourd’hui reproduites par centaines, observe cette mobilisation qui prend de l’ampleur. « C’est plus que de l’indignation. On est scandalisé par le dispositif policier délirant, surarmé, qui a conduit à ce drame. Tout ça parce qu’il y avait des jeunes qui avaient dépassé les horaires ? Quatorze sont tombés dans la Loire ! C’est inconcevable, quasiment criminel. »

Il poursuit, visant les autorités. « On est face à une doctrine du maintien de l’ordre à Nantes qui, depuis Notre-Dame-des-Landes et la loi Travail, est de plus en plus violente et répressive. Il faut le dénoncer. On ne veut pas que les gens s’habituent ou se résignent. On ne veut pas que Steve tombe dans l’oubli. »

Une affiche «Où est Steve?» sur le pont des Trois-Continents à Nantes.
Une affiche «Où est Steve?» sur le pont des Trois-Continents à Nantes. - F.Brenon/20Minutes

Un appel au rassemblement samedi

« Ça prend… Mais on a l’impression qu’il y a une sorte de plafond de verre, surtout au niveau politique où il y a très peu de réactions », déplore Samuel Raymond, coordinateur de Freeform, une structure nationale qui accompagne l’organisation de rassemblements festifs. « Certains élus ont dénoncé le dispositif policier, complète Eric Chalmel. Mais ils sont peu nombreux. Je suis par exemple effaré par la réaction de la maire de Nantes qui s’est contentée de dire : “Il faut que toute la lumière soit faite”. Sa fonction n’est pas seulement d’administrer mais de faire corps avec la population. Elle aurait dû hurler au scandale. » Jeudi soir, la maire, Johanna Rolland, a écrit au ministre de l’Intérieur, réclamant que « les investigations aboutissent extrêmement rapidement » et évoquant « un usage de la force qui apparaît disproportionné »

La « colère » et la « solidarité » s’exprimeront aussi samedi (15h30) quai Wilson, sur les lieux de l’intervention policière, à l’occasion d’un rassemblement organisé par l’association Media’son, qui promeut les musiques actuelles. « Où est Steve ?, répète-t-elle. Quasiment un mois et nous n’avons toujours aucune nouvelle. La préfecture, l’IGPN et le parquet de Nantes ne donnent aucune explication. Les actes violents de la Fête de la musique sont inacceptables ! Il ne faut pas oublier, nous aurions tous pu disparaître ce soir-là. Les coupables doivent être jugés ! »

Inscription sur le quai Wilson à Nantes après la disparition de Steve Caniço.
Inscription sur le quai Wilson à Nantes après la disparition de Steve Caniço. - L.Venance/AFP

Dix plaintes de policiers blessés

Dans la nuit du 21 au 22 juin, la soirée techno organisée dans le cadre de la Fête de la musique s’était terminée dans la confusion : des échauffourées avaient éclaté vers 4h30 entre participants et policiers venus exiger l’arrêt de la musique. Il n’y a eu « aucune charge » des forces de l’ordre, visées par des projectiles, selon la police. De nombreux participants ont cependant relaté avoir été aveuglés par un nuage de gaz lacrymogène : paniqués, ils ont chuté dans le fleuve.

Depuis les faits, cinq procédures sont menées en parallèle, dont une enquête administrative conduite par l’IGPN et une information judiciaire pour disparition inquiétante. Une enquête de la police judiciaire a également été ouverte à la suite de « dix plaintes de policiers qui ont été blessés lors des événements ».