L’Hôtel du Nord à Marseille lance, avec d’autres coopératives, une plateforme de slow tourisme

VOYAGE ETHIQUE La plateforme «Les oiseaux de passage» propose ses toutes premières destinations à découvrir à travers le regard de celles et ceux qui y vivent.

Caroline Delabroy

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L'Hôtel du Nord à Marseille lance avec d'autres coopératives une plateforme de slow tourisme.
L'Hôtel du Nord à Marseille lance avec d'autres coopératives une plateforme de slow tourisme. — Hôtel du Nord Marseille
  • Lancée fin juin, la nouvelle plateforme coopérative « Les Oiseaux de passage » se pose en alternative aux géants du Web.
  • Chaque destination est racontée par ses habitants, qui partagent bons plans balades et adresses coups de cœur. Le contact est direct pour réserver un hébergement.
  • Une dizaine de destinations sont déjà proposées, parmi lesquelles Marseille et ses quartiers Nord, qui a joué un rôle pionnier.

Avec eux, pas de clés à récupérer dans une boîte fermée par un digicode, pas de notation et encore moins de promo de dernière minute. A rebours des géants que sont devenus Airbnb et autres Booking.com, la plateforme coopérative «  Les Oiseaux de passage » s’est lancée fin juin avec une dizaine de destinations pionnières, et un maître mot : l’hospitalité, la vraie. « On accueille les gens comme si c’était de vieux amis », raconte Agnès Maillard, dont la chambre d’hôtes, près de l’hôpital Nord de Marseille, est depuis longtemps ouverte aux touristes comme aux proches des personnes hospitalisées. Apicultrice, elle partage sur le site ses bons plans. Et cette balade, au-dessus de leur maison, vers le vallon des Mayans dissimulé entre l’hôpital Nord et les collines.

« On n’a pas envie d’enrichir des millionnaires, mais de faire découvrir les richesses de ces quartiers souvent décriés de Marseille, poursuit-elle. Avec la coopérative Hôtel du Nord, nous organisons des balades urbaines et périurbaines. On a des vues splendides sur Marseille vue d’ici, les gens n’en reviennent pas. »

Ce collectif d’habitants a joué un rôle déterminant dans la création des Oiseaux de passage, qui essaiment dans les Landes, à Paris, Giverny. « Marseille, cela a été un peu notre prototype, leur travail a servi à conceptualiser le projet », continue Clément Simonneau, cogérant de la nouvelle coopérative, appelée à s’agrandir encore. « Nous sommes partis d’un constat partagé : le numérique est devenu essentiel dans nos activités, mais les outils existants ne nous permettent pas de nous présenter en tant que collectif, de rendre visibles les interactions qu’il peut y avoir entre les membres d’une même communauté. »

« A côté de chez vous, vous allez faire des expériences fortes »

Qu’à cela ne tienne, les Oiseaux de passage ont imaginé cette plateforme de slow tourisme comme « un guide de voyage augmenté ». Où chaque collectif (habitants, parcs régionaux, réseaux Accueil paysan, etc.) raconte sa destination, et propose des adresses d’hébergement mais aussi des activités, des créations locales… « Pas besoin de partir à l’autre bout du monde pour faire des rencontres riches et passionnantes, promet Clément Simonneau. A côté de chez vous, vous allez faire des expériences fortes. On propose de prendre le temps de la rencontre. Les gens qui sont aux Oiseaux de passage ont envie d’accueillir. »

La démarche est originale dans le monde du numérique. D’habitude, les plateformes sont pensées par des ingénieurs puis, si tout marche bien, une communauté se construit autour et développe des usages. « Là, c’est l’inverse, nous partons des communautés pour monter une plateforme, sourit Prosper Wanner, gérant d’Hôtel du Nord. Le numérique a rendu le voyage très anxiogène. On note, on regarde les commentaires… L’idée est de retrouver le plaisir de voyager, et aussi d’être le plus diffus possible. » Le contenu des Oiseaux de passage n’est ainsi pas exclusif, et l’utilisateur n’a pas à payer pour avoir le contact d’une adresse hébergée sur la plateforme.

Le modèle économique fonctionne, pour les adresses répertoriées, sur un système d’abonnement (de 18 à 50 euros par mois selon la taille de la structure, voire gratuitement pour les adresses qui tirent peu de revenus de leur activité). En septembre, la plateforme comptera une vingtaine de destinations, dont la vallée de la Roya. Car les Oiseaux de passage entendent le mot « hospitalité » au sens large, tout comme celui de voyageur. « Nous visons le droit aux vacances pour tous », indique ainsi Prosper Wanner, qui rappelle que « les villages Clubs du soleil sont nés aussi dans les quartiers nord de Marseille. »

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