Amours d’été: «L’impression qu’on m’arrachait le cœur à chaque battement»… Quand la fin des vacances laisse place à un grand vide

L'ETE SERA CHAUD (4/4) A l’occasion des vacances, « 20 Minutes » propose une série sur les amours d’été, en donnant la parole à ses lecteurs pour raconter leurs souvenirs

Nicolas Raffin

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Comment t'aimer si tu t'en vas, dans ton pays loin là-bas ?
Comment t'aimer si tu t'en vas, dans ton pays loin là-bas ? — Superstock/Sipa
  • L’été ressemble souvent à la saison des amours : entre la détente des vacances, la luminosité de la saison et les hormones en ébullition, les rencontres sont légion.
  • 20 Minutes a demandé à ses lecteurs de raconter leurs aventures estivales, à travers une série de témoignages.
  • Dans ce dernier épisode, les internautes nous racontent leurs ruptures parfois douloureuses avec un amour de vacances. Des souvenirs qui restent gravés pour la vie.

Vous avez aimé les amours d’été qui se transforment en amour d’une vie ? Vous avez adoré les rencontres improbables – et souvent torrides – des vacances ? Et vous avez dévoré les récits de nos lecteurs racontant leurs premières fois en été ? Alors, ne lisez pas cet article. Parce qu’aujourd’hui, on va plutôt parler de regrets et de nostalgie. Si les précédents épisodes vous avaient envoyé planer dans l’espace, celui-ci s’apparente plus à un retour sur Terre, façon navette spatiale… ou façon Roch Voisine, selon votre style.

L’amour sans « pare-feu »

Car après les soirées au coin du feu ou au bord de la plage, la fin des vacances peut souvent s’avérer brutale pour ceux qui avaient démarré une idylle. « Le malheur, un vrai désespoir », raconte Stéphane. A l’été 1987, âgé de 15 ans, il rencontre Karine peu avant la fin de son séjour. Un « premier flirt » au cours duquel les jeunes amoureux restent « trois jours collés à regarder les mêmes vagues et à s’embrasser, encore, et encore, et encore ». Le tout sous le regard (discret) des parents, « qui font mine de ne rien voir et prennent ça avec tendresse et légèreté ». Mais au final, Stéphane doit dire au revoir à Karine. Il repart à Lyon, elle rentre en Normandie. « J’avais le sentiment que plus rien n’avait de sens. C’était un déchirement gigantesque et l’impression qu’on m’arrachait le cœur à chaque battement » poursuit-il.

« L’âge de l’adolescence est une période où l’on est extrêmement perméable ou vulnérable, du fait des changements du corps et de l’esprit, rappelle Patrice Huerre, psychiatre spécialiste des ados*. Cette vulnérabilité fait qu’il n’y a pas de filtrage face aux émotions et aux sentiments éprouvés. Si cela peut être blessant ou douloureux, c’est aussi une opportunité de ressentir beaucoup plus fortement les choses. » Une analyse corroborée par Stéphane, qui explique avoir eu « le sentiment d’avoir été amoureux pour de vrai, sans filtre et sans pare-feu ». Avec, pour son malheur, un épilogue en forme d'« ascenseur émotionnel » vertigineux.

L’amour du flipper

Pour Marie, l’émotion est toujours présente, même des années après. « J’ai eu un amour de vacances inoubliable à 20 ans avec un Hollandais, dans un camping sur la côte d’Azur, raconte-t-elle. Rencontre au bar, à côté du flipper, et deux jours de grand amour. Un énorme malentendu épouvantable a entraîné son départ sans adieux. J’y pense parfois, avec nostalgie, et je me souviens très précisément de notre coup de foudre. Nous étions littéralement foudroyés sur place ! ». De son côté, Stéphane se rappelle de « la musique dans les oreilles pour le voyage du retour. Une chanson d’Europe, qui garde pour moi une saveur encore toute particulière ».

Mais il reconnaît aussi que « le temps fait son œuvre ». Lui qui, en écrivant ces mots, garde un œil sur ses deux enfants âgés… d’une dizaine d’années. Selon Patrice Huerre, cette nostalgie est tout à fait normale… tant qu’elle ne devient pas source de regrets perpétuels. « La vie fait son chemin, et par définition, ce ne sera plus la même chose. Le fait de vouloir retrouver exactement son souvenir, de pouvoir revivre la même histoire d’amour, mène à la désillusion ».

C’est ce qui est malheureusement arrivé à Stéphanie. « J’étais tombée amoureuse pendant un camp d’ados à Belle-Ile-en-Mer, raconte-elle. Trente ans après, je retrouve le garçon en question et lui téléphone pour lui dire que je ne l’ai jamais oublié ». Une nostalgie qui semble alors réciproque : « Visiblement, il ne m’a pas oublié non plus… ». Pendant des mois, Stéphanie échange des messages avec ce « garçon du Sud » et n’a alors plus qu’une seule idée en tête : le revoir, comme « il (lui) a promis sur le quai du port, en juillet 1986 ». S’ensuivent des emails, des SMS, et Stéphanie va jusqu’à « exploser (sa) vie ». Mais l’histoire en restera là. « Il n’a jamais cessé de décaler nos retrouvailles, ce qui m’a fait beaucoup de mal. J’ai fini par accepter l’idée que ça ne se ferait jamais et que c’était mieux comme ça ». Le passé demeure donc à sa place, et « ce souvenir magique de notre coup de foudre sur le bateau, de notre amour d’un mois, restera à Belle-Ile, près du phare », conclut Stéphanie.

Un amour de réseaux

Si les témoignages recueillis par 20 Minutes sont plutôt ceux de trentenaires ou de quadras, un aspect revient souvent : celui des réseaux sociaux. « Pas de portable ni d’Internet à l’époque, je n’avais que son prénom et quelques bribes d’information. Même sans avoir son nom de famille, j’ai réussi à retrouver la trace de mon amour de vacances (en ligne) », témoigne Marie. Mais elle n’a pas été plus loin dans sa démarche. « Je ne le recontacterai pas, ça n’aurait aucun sens, mais j’y pense parfois », ajoute-elle. « J’ai tenté de retrouver mon coup de foudre via les réseaux sociaux » indique de son côté Stéphane.

Pour Patrice Huerre, cette prégnance des réseaux sociaux dessine une nouvelle forme d’amour (et de chagrins d’amour) de vacances… pas forcément plus simple à vivre. « Si vous avez passé votre été à partager vos photos via les applis, ce sera plus difficile de tirer un trait sur cette histoire une fois que vous serez rentré, explique-t-il. Vous aurez une forme de rappel permanent à travers tout ce que vous avez posté ». Prudence donc, au moment de publier vos photos de feu de camp sur Instagram. Histoire de ne pas avoir le cœur brisé de manière répétée.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Une publication partagée par Herdyana Taufik (@ndylostkid) le 15 Juil. 2019 à 1 :50 PDT

*Auteur de Lieux de vies : Ce qu’ils disent de nous (Ed. Odile Jacob, 2019)