Incendie mortel en Loire-Atlantique: Les maisons en bois sont-elles plus dangereuses?

INCENDIE De plus en plus populaires, les habitations bois seraient plus vulnérables face au feu, selon une idée reçue. Qu'en est-il en réalité?

Frédéric Brenon

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Un chantier de construction de maison en bois (illustration).
Un chantier de construction de maison en bois (illustration). — D.Meyer/AFP
  • Quatre personnes sont décédées dans l'incendie d'une maison en bois, près de Saint-Nazaire.
  • Pompiers, concepteurs et constructeurs sont unanimes: le risque d'incendie n'est pas plus grand dans une maison en bois.
  • En cas de départ de feu, la combustion du bois présente des inconvénients mais surtout des avantages.

La mort d’une famille de quatre personnes dans l’incendie de leur maison, dimanche à la Chapelle-des-Marais, près de Saint-Nazaire, a suscité une vive émotion en Loire-Atlantique. Indirectement, elle relance aussi les doutes que certains expriment envers les constructions à ossature bois. Sont-elles plus vulnérables que les autres face au risque d’incendie ? 20 Minutes a interrogé plusieurs professionnels. Et leur point de vue est unanime : il s’agit d’une « idée reçue ».

« Déjà, statistiquement, nous n’intervenons pas davantage pour des feux de maisons en bois que pour d’autres types de maison, affirme le capitaine Jean-Christophe Chevalier, chef du bureau prévention au Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) de Loire-Atlantique. Ensuite, une maison d’habitation doit respecter la réglementation incendie du 31 janvier 1986. Quelle que soit son enveloppe, elle est conçue pour assurer une stabilité au feu d’au moins un quart d’heure. » « Au moment de la conception d’une maison ossature bois, on est sensibilisé au risque d’incendie mais ni plus ni moins que pour un autre matériau », confirme Nicolas Parnaudeau, architecte DPLG près de Nantes.

Avantages et inconvénients

Bien sûr, le bois est un combustible. Mais l’ossature bois est généralement dissimulée derrière une plaque de plâtre. Lorsque le bois est exposé à l’état naturel, « on ajoute des traitements et vernis ayant un effet retardateur de feu », explique Maxime Baudrand, prescripteur chez Atlanbois, association qui fédère les professionnels et partenaires de la filière bois. « L’autre technique consiste à ajouter de l’épaisseur spécialement pour retarder la combustion », complète-t-il.

Par ailleurs, les causes de départ de feu « sont multiples » et concernent « davantage les éléments inflammables présents à l’intérieur » du logement (mobilier, tissus, produits…) que la structure, rappelle le capitaine des pompiers. « Vous pouvez essayer de mettre feu à une charpente avec un briquet, vous n’y arriverez pas », assure Maxime Baudrand.

Des pompiers interviennent sur un incendie dans une maison en bois aux Etats-Unis (illustration).
Des pompiers interviennent sur un incendie dans une maison en bois aux Etats-Unis (illustration). - J.Badman/AP/Sipa

Une fois le feu déclaré, le bois présente un inconvénient incontestable. « Il va dégager des gaz de pyrolyse alors que d’autres matériaux n’émettent pas de fumée », rapporte Jean-Christophe Chevalier. A l’inverse, le bois « conduit moins la chaleur que du béton et, surtout, bien moins que l’acier », poursuit l'officier. « Sa combustion est également prévisible et régulière, contrairement au métal qui aura tendance à se déformer », relève Nicolas Parnaudeau.

« On a cette image que le bois brûle »

Alors, pourquoi le grand public associe-t-il encore facilement maisons en bois et risque d’incendie ? « On a cette image culturelle que le bois brûle, on s’en sert dans les cheminées, et on extrapole, considère Maxime Baudrand. Encore récemment je pense que l’incendie de la charpente en bois de Notre-Dame-de-Paris a marqué les esprits. Et puis je constate que les médias ont pris l’habitude de préciser pour certains incendies que l’ossature du bâtiment était en bois mais qu’ils ne le précisent pas pour les autres types de structure. Comme s’ils accréditaient que le bois était forcément plus vulnérable. »

D’une manière générale, quel que soit le type d’habitation, les pompiers insistent sur l’importance de la prévention : « disposer d’au moins un détecteur de fumée par habitation, si possible davantage », « mettre aux normes son installation électrique », « penser aux possibilités de s’échapper en cas d’incendie la nuit (volets pouvant s’ouvrir, clef de la porte à proximité…) ».