Rennes: Un drone utilisé pour surveiller les étrangers au centre de rétention administrative

POLICE Les autorités évoquent un usage ponctuel le jour d'un rassemblement de militants, ce que contestent les associations

Manuel Pavard

— 

Le centre de rétention administrative de Saint-Jacques-de-la-Lande, près de Rennes.
Le centre de rétention administrative de Saint-Jacques-de-la-Lande, près de Rennes. — Frank Perry / AFP
  • Un drone a été utilisé pour la première fois au centre de rétention administrative de Rennes, le 6 juillet, pour surveiller un « parloir sauvage » entre des étrangers retenus et un collectif de soutien aux sans-papiers.
  • La préfecture dément l’utilisation permanente de drones et évoque un usage ponctuel, limité à cette journée-là.
  • Mais d’après les militants, qui dénoncent une forme d’intimidation, les étrangers présents au centre voient passer des drones régulièrement.

Ils n’avaient encore jamais vu ça. Samedi, les militants du Collectif de soutien aux personnes sans-papiers de Rennes (CSP 35) organisaient un « parloir sauvage » devant le centre de rétention administrative (CRA) de Saint-Jacques-de-la-Lande, près de Rennes. Chaque mois, ceux-ci se retrouvent devant l’établissement pour discuter à travers les grilles avec des étrangers retenus – enfermés ici dans l’attente de leur expulsion –, sous l’œil des policiers.

Mais cette fois, ces derniers avaient reçu un renfort particulier. « En arrivant devant les grilles, on a vu un drone qui nous a survolés tout au long de l’action et nous a même suivis jusqu’au parking », raconte à 20 Minutes Karen, une membre du collectif présente ce jour-là, confirmant ainsi une information de Mediapart. « Le chef de la police aux frontières (PAF) nous a présenté ça comme un test, sans autre explication », ajoute-t-elle.

Un usage limité selon la préfecture

Alors, simple expérimentation ou nouvel outil permanent ? Sur ce point, les versions divergent. « Depuis environ 15 jours, les personnes retenues nous disent que des drones volent régulièrement au-dessus de leurs têtes », précise Karen. Pourtant, si la préfecture d’Ille-et-Vilaine a confirmé à l’AFP l’usage ponctuel d’un drone, elle assure aussi que « son utilisation a été limitée uniquement à ce samedi 6 juillet ».

« Il y avait un parloir sauvage, les agents ont recouru à ce moyen pour surveiller la manifestation, pour assurer qu’elle ne suscite pas de trouble », indiquent les services de l’Etat, soulignant « qu’il n’y aurait aucun sens à utiliser de manière permanente un drone qui n’a été utilisé que dans cette circonstance particulière ».

Interrogé par Mediapart, le Sicop (Service d’information et de communication de la police nationale) a détaillé les motifs justifiant le recours au drone : « Il y a un contexte local, avec des bagarres entre retenus, des tentatives de fuite, des dégradations, des jets d’objets [par-dessus les grilles]… Le drone permet de surveiller tout cela d’un coup. L’idée n’est pas de surveiller les personnes mais les infractions. »

Les militants y voient « une forme d’intimidation »

Des explications qui irritent Karen. La militante rappelle que depuis le printemps, « un grand filet recouvre toute la partie extérieure du CRA, officiellement pour éviter les évasions et l’envoi éventuel de choses au-dessus des grilles [souvent de la nourriture] ». « On organise des parloirs sauvages depuis 2007, toujours annoncés et jamais par surprise, et il n’y a jamais de dégradations », s’indigne-t-elle face aux sous-entendus des autorités.

« Quand on vient, poursuit-elle, il y a des policiers entre nous et les retenus ainsi que derrière nous, plus des caméras. » Difficile dans ces conditions d’imaginer une quelconque action illégale. Karen voit surtout dans cette méthode « une forme d’intimidation » envers les militants comme les étrangers retenus qui, eux, se disent « traités comme des animaux ».

La PAF se sert-elle également de drones dans les 24 autres CRA répartis sur le territoire français ? Le Sicop, qui n’a pas souhaité répondre à notre sollicitation, a été questionné sur ce point par Mediapart. Sans réponse…