14 Juillet: «La France est réputée pour la qualité artistique de ses feux d'artifice»

14 Juillet Le Français Jacques Couturier, l'un des spécialistes européens, répond aux grandes questions que l'on se pose sur les feux d'artifice du 14 juillet

Propos recueillis par Frédéric Brenon

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Feu d'artifice pour les 10 ans du Hellfest par la société vendéenne JCO.
Feu d'artifice pour les 10 ans du Hellfest par la société vendéenne JCO. — J.Batard/JCO
  • La société Jacques Couturier organisation (JCO), basée en Vendée, va réaliser 80 feux d'artifice ce week-end.
  • « Le bouquet final, c'est le moment orgasmique », confie le spécialiste.
  • Un feu d'artifice du 14 juillet dans une grande ville coûte entre 20.000 et 150.000 euros.

Des dizaines de milliers de Français vont se réunir samedi et dimanche pour assister aux traditionnels feux d’artifice du 14 Juillet. Malgré les menaces terroristes, l’engouement pour ce type de spectacle n’a pas faibli. Et le résultat est toujours aussi bluffant. 20 Minutes a interrogé le Vendéen Jacques Couturier, l’un des artificiers les plus réputés en Europe.

Pourquoi tire-t-on des feux d’artifice au 14 Juillet ?

Je ne saurai pas dire exactement quand ça a commencé. Mais si ça suscite autant d’engouement c’est parce que le feu d’artifice est l’occasion pour les gens de la cité de se retrouver. C’est un spectacle gratuit, spectaculaire, qui rassemble tous les classes sociales et qu’on partage. C’est un peu magique quand même. D’ailleurs, malgré l’attentat de Nice en 2016, dont les conséquences ont évidemment beaucoup inquiété la profession, nos villes en programment toujours autant. La demande des habitants est forte.

La France est-elle réputée pour ses feux d’artifice ?

En Espagne, en Italie, la culture est beaucoup plus ancrée. Ce sont des grands malades des feux d’artifice là-bas ! En Asie aussi, il y a une grande passion pour les feux d’artifice dans les rues. C’est le continent où on a inventé la poudre. La France, elle, est réputée pour la qualité artistique de ses spectacles. Il y a un savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier. J’ai souvenir de feux d’artifice au Brésil, tout le monde nous attendait parce qu’on était français !

C’est quoi un feu d’artifice réussi ?

C’est un feu d’artifice qui va enthousiasmer le public. Il ne faut pas seulement qu’il nous fasse briller les yeux, il doit nous toucher au cœur. Ça doit être un moment d’émotion, un geste d’amour. Techniquement, il y a des codes incontournables, en particulier le bouquet final qui est en quelque sorte le moment orgasmique de ce geste d’amour. Et puis il faut une musique en cohérence avec le scénario, qui nous emmène dans un univers. C’est extrêmement important.

Y a-t-il des modes ?

Il y a surtout des styles différents entre les compagnies. Mais c’est vrai qu’il y a une époque assez récente où on voulait beaucoup de bombes design, avec lesquelles on dessine un cœur ou un smiley dans le ciel. Il y a eu aussi la mode du séquenceur, lorsque le tir se déplace en rafale : on en mettait à toutes les sauces, c’était trop. Il ne faut pas que la technique remplace l’artistique.

Feu d'artifice à Rosny-sur-Seine par la société JCO.
Feu d'artifice à Rosny-sur-Seine par la société JCO. - F.Lepla/JCO

Comment crée-t-on un feu d’artifice en toute discrétion ?

Nous avons un site d’essais pyrotechniques de 20 hectares, au milieu de la campagne vendéenne, où on peut tester 4.000 à 5.000 références de produits. On a une autorisation de tirs permanente, on invite des confrères. On y pratique des tests de sécurité, des tests d’agencement, des tests pour vérifier la qualité des couleurs. Ensuite il y a l’écriture du scénario, on a les images qui défilent dans notre tête. Parfois ça vient vite, parfois l’inspiration est tardive. On essaie de proposer toujours quelque chose de nouveau dans la mise en scène. On est tiré vers le haut par l’exigence du public.

Le soir du spectacle, l’ordinateur a-t-il remplacé l’humain ?

Légalement, on peut encore allumer à la main. Mais ça se fait de moins en moins, c’est surtout dans les petites communes. Désormais, tout est automatisé. Vous avez une régie de tirs, avec des câbles reliés aux différentes pièces et une table de commande qui permet d’envoyer les lignes les unes après les autres. Un beau feu d’artifice c’est quelques jours de montage sur site. A Lyon, cette année, c’est trois jours. A Paris, c’était une semaine. Mais avant d’arriver, on a tout préparé dans nos locaux. C’est comme un meuble en kit.

Quel est l’ennemi du feu d’artifice ?

Le vent ! Parce que s’il est dans le mauvais sens il va emporter toutes les poussières incandescentes vers le public. Ça peut être dangereux. On peut décider de ne pas tirer pour cette raison-là, ça nous est arrivé. On prépare toujours un spectacle en fonction du vent. La pluie, ce n’est pas un problème. Les fusées sont suffisamment résistantes pour pouvoir tirer sous une pluie battante.

Un feu d’artifice, est-ce toujours dangereux en 2019 ?

Oui, bien sûr. L’artifice c’est de la matière explosive donc c’est dangereux par nature. Je dis toujours qu’il faut le vouvoyer, on doit toujours garder des réserves. Il faut respecter tous les modes opératoires, c’est très cadré. Si on ne respecte pas ça, l’artifice va vous le faire payer cash. Des accidents, il y en a encore malheureusement. Si des fusées sont mal fixées et se couchent, c’est redoutable. Vous pouvez avoir des tirs tendus vers le public. La profession est heureusement de plus en plus rigoureuse.

Le feu d’artifice est-il polluant ?

Un feu d’artifice produit une quantité de CO2 assez négligeable. L’équivalent des émissions d’une voiture avec un plein. Nos coques de bombes sont faites en papier et carton biodégradables. On les ramasse lorsqu’elles retombent et, sinon, elles se dégradent en quelques jours. Les contenants de bombe au sol, eux, sont classés comme déchets dangereux, ils doivent être récupérés et détruits par un site agréé. Les cendres doivent ensuite être traitées.

Combien coûte un feu d’artifice ?

C’est sans doute le spectacle qui coûte le moins cher rapporté au nombre de spectateurs. Cela dépend bien sûr de son importance. Certaines villes, comme Montpellier ou Toulon, considèrent que c’est important dans leur politique culturelle. Les prix pour un 14 juillet dans les grandes villes varient entre 20.000 et 150.000 euros. Sur la Tour Eiffel en 2010, c’était 600.000 euros. Mais dans les petites communes, on en fait à moins de 3.000 euros.

Comment devient-on artificier ?

C’est un art qui s’apprend. Il est obligatoire d’avoir au moins une formation de niveau 1, délivrée par un centre de formation comme le nôtre. Le niveau 1 c’est généralement deux jours de formation. Il faut ensuite pratiquer régulièrement pour conserver sa qualification. En France, il y a plusieurs milliers d’artificiers ayant au moins la formation de base. Dans les petites communes, c’est souvent un employé communal. Les artificiers capables de réaliser des feux plus importants, ils se comptent en centaines.

Jacques Couturier, une référence

Fondée il y a 30 ans par Jacques Couturier, la société JCO organise quelque 80 feux d'artifice pour ce week-end du 14 juillet, notamment à Lyon, Montpellier, Toulon, Tours, Amiens ou Saint-Malo. Pus de 250 salariés sont mobilisés pour l'occasion. JCO travaille également pour les plus grands événements, du mariage d'Albert de Monaco aux 10 ans du Hellfest, en passant par le festival de Cannes ou la Fête des lumières de Lyon.