L'essor des stations balnéaires: Royan, au carrefour des influences

TOUS A LA PLAGE (2/5) « 20 Minutes » prend le train des vacances et remonte aux origines des spots du littoral français les plus emblématiques

Delphine Bancaud

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Royan La Conche de Pontaillac.
Royan La Conche de Pontaillac. — Wikimedia commons
  • Cet été, 20 Minutes se replonge dans les débuts des stations balnéaires françaises, en partenariat avec RetroNews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France.
  • Aujourd’hui, l’histoire de Royan (Charente-Maritime).
  • Une ville chargée d’histoire et d’influences diverses, comme en témoigne son architecture.

Un front de mer majestueux, des villas anglo-normandes, des constructions Art déco, un centre-ville du pur style années 1950… A arpenter les rues de Royan, les promeneurs ont très vite la sensation d’une ville chargée d’Histoire et d’influences diverses. Pas étonnant quand on sait que la genèse de cette station balnéaire, au confluent de l’estuaire de la Gironde et de l’océan Atlantique, remonte à la fin du XVIIIe siècle. « C’est à cette époque que les premiers touristes apparaissent. Et dès le début du XIXe siècle, un arrêté municipal de police réglemente d’ailleurs la manière dont on doit se vêtir sur la plage, en spécifiant qu’il ne faut pas être nu », explique Denis Butaye, ancien directeur du musée de Royan et auteur de La Station touristique royannaise de la fin du XVIIIe au début du XXe siècle*.

En 1819, les premières cabanes de bain voient le jour pour permettre aux femmes de se changer et de se rendre au bord de l’eau, à l’abri des regards. Et en 1820, la liaison de bateau à vapeur Bordeaux-Royan devient régulière, ce qui permet d’attirer des touristes. « Royan eut à Bordeaux un commencement de réputation. La curiosité, cette providence secrète des choses gagna les esprits. Une, deux, trois, quatre familles descendirent la Gironde pour reconnaître le pays. Elles revinrent l’été suivant », relate ainsi poétiquement La Presse en 1852.

« L’impact du train a été énorme »

Peu à peu, la ville se transforme et se réorganise autour du tourisme. La naissance du premier casino, en 1845, en est le symbole le plus manifeste. « Le casino, c’était à l’époque un lieu de prestige, susceptible d’attirer une population huppée venant de toute la Charente et du Bordelais », note Denis Butaye. Mais le véritable essor de la station intervient avec le train, en 1875. « Royan, 28 août, 8h8m matin. Aujourd’hui a lieu l’ouverture du chemin de fer de Royan à Pons, reliant Royan à Paris par Angoulême et Royan à Bordeaux par Coutras », annonce Le Figaro à cette date. « L’impact du train a été énorme, car à partir de 1900, on a compté 100.000 touristes par an », souligne Denis Butaye.

Un succès relayé par la presse : « Aujourd’hui, c’est une énorme agglomération de maisons, de chalets, d’hôtels qui, de Pontaillac à Saint Georges, se développe sur plusieurs kilomètres, le long du renflement harmonieux de la Grande Conche. C’est une grande ville éparpillée sur une étendue immense, coupée de bois de pins, avec la mer en face et une plage de sable fin, égayée de jolies criques mystérieuses », peut-on lire dans Les Annales politiques et littéraires en 1895. « La foule des Parisiens augmente chaque année à Royan qui mérite si bien son titre de terre des plages de l’Océan », indique Le Temps en 1895. D’autant que la cité balnéaire développe de multiples activités : « courses de chevaux, régates ; tirs de pigeons, courses vélocipédiques d’artistes, représentations extraordinaires, grands concerts, fêtes de nuit », peut-on lire dans le même journal.

L'« Hollywood vendéen »

La station est à ce point prisée que des célébrités y viennent en villégiature. Comme… Trotsky, en 1934, qui a séjourné à la « Villa des embruns », en tentant de rester discret, quitte à se couvrir pour sortir de la voiture. « Il était enveloppé de couvertures. Il était impossible de distinguer ses traits. C’était tout simplement monsieur Trotsky. On comprend qu’il ne tenait pas à se faire voir », raconte Le Journal. Mais ce n’est pas le seul « people » à séjourner à Royan : Yvonne Printemps, Sacha Guitry, Danielle Darrieux viendront s’y baigner. Ce qui pousse même en 1930 un journaliste de France Soir à qualifier la station balnéaire d'« Hollywood vendéen » !

Un surnom quelque peu excessif, car la station balnéaire n’est pas l’apanage des happy few. La petite Gironde décrit ainsi en 1930 « l’armée des petits commerçants qui ont clos leurs boutiques, des dactylos qui ont mis de côté leur mois de gratification et des employés de magasin se sont installés dans le cœur de la ville ». A chaque classe sociale ses loisirs, selon ce journal : « Le soir, grandes réjouissances : tir, billard japonais, sucres d’orge et promenades. Les gens qui gagnent moins de 40.000 francs par an arpentent en rangs serrés le boulevard Botton, les autres, plus clairsemés, déambulent devant le café Les Bains ou sur les falaises de Pontaillac ». La mixité sociale gagne du terrain encore en 1936 : « Le début des congés payés a accéléré la fréquentation populaire de la station, Royan étant plutôt dédié au tourisme de masse, alors qu’Arcachon était tournée vers une population plus aisée », explique Denis Butaye.

Une ville symbole du style des années 1950

Mais l’âge d’or de la station va être subitement stoppé par la Seconde Guerre mondiale. En 1945, Royan est bombardée par les Alliés. Un drame relaté par Le Soir en 1945 : ​« Dans le secteur de Royan, où 50.000 obus ont été tirés, 1.200 avions et 285 chars mis en ligne, toute résistance organisée a cessé ». La ville est détruite à 85 %. « Elle est devenue un champ de ruine jusqu’à la Libération. Mais Claude Ferret, nommé urbaniste en chef pour la reconstruction de Royan, de 1945 à 1954, va la faire renaître de ses cendres dans les années 1950.

« Plusieurs architectes et urbanistes vont rivaliser d’inventivité pour reconstruire la ville dans un style avant-gardiste, en s’inspirant de l’architecture brésilienne, comme l’a compris Gilles Ragot », décrit Denis Butaye. Les plus beaux exemples de ce renouveau sont le marché couvert en forme de coquillage, la villa qui ressemble à un grille-pain et l’église Notre-Dame, dont la forme fait penser à une immense proue de navire. Une ville étonnante, décidément. 

 Le marche central de Royan, construit en 1955.
Le marche central de Royan, construit en 1955. - NOSSANT/SIPA

*La Station touristique royannaise de la fin du XVIIIe au début du XXe siècle, Denis Butaye Editions Bonne Anse, 2013, 28,50 euros.