Lorraine: La chasse au loup va-t-elle reprendre ?

PLANÈTE L'abattage du seul loup de Lorraine pourrait bientôt être autorisé. En attendant, éleveurs et défenseurs du canidé s'opposent. Encore et toujours

Thibaut Gagnepain

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Illustration d'un loup.
Illustration d'un loup. — G. Durand / 20 Minutes
  • Les défenseurs du seul loup de Lorraine, menacé d’être abattu, s’organisent avec des pétitions.
  • Un tir de prélèvement sera possible sur l’animal une fois que l’arrêté ministériel en ce sens sera publié. Il pourrait être attaqué par des associations de défense des animaux.
  • Les éleveurs n’en peuvent plus de ce loup. Depuis 2015, il a fait près de 1.500 victimes dans les troupeaux de Meurthe-et-Moselle, Vosges et Meuse.

Près de 60.000 signatures sur une première pétition en ligne, 38.000 sur l'autre ce mercredi à 16 heures… Les défenseurs du seul loup de Lorraine s’organisent depuis vendredi, depuis que le préfet de Meurthe-et-Moselle, Éric Freysselinard, a annoncé son intention d’autoriser l’abattage du canidé. « C’est un animal qui a un comportement erratique et anormal donc nous sommes contraints de le tuer », s’est justifié le représentant de l’Etat en faisant référence aux 50 attaques sur les troupeaux constatés sur les six premiers mois de 2019. Pour 136 victimes.

Ce « tir de prélèvement » ne sera possible qu’une fois l’arrêté ministériel en ce sens publié. Quand ? « Nous sommes dans l’attente », a répondu la préfecture ce mercredi, sans s’avancer sur le calendrier. Le sujet est sensible. Début 2017 déjà, la brigade loup avait été appelée pour traquer la bête. « Mais il y avait eu un référé et l’autorisation de tir avait été suspendue », se souvient Arnaud Chardon, éleveur à Germiny, en Meurthe-et-Moselle.

« La brigade loup pourra bien le chercher »

Cette fois encore, l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) se tient prête pour « attaquer l’arrêté ». « Nos services juridiques sont en train de regarder comment faire. On a deux mois pour agir après sa publication », détaille sa directrice, Madline Rubin, consciente que le loup pourrait être tué le temps de la procédure. Sauf si ses défenseurs se mobilisent sur le terrain pour le protéger…

Nicolas Simonet, le président de l’Association de secours et de placement des animaux (Aspa) dans les Vosges prévient : « On était assez nombreux la première fois en hiver, je vous laisse imaginer combien on sera cet été. Plus on est, plus il se sent oppressé et moins il bouge. La brigade loup pourra bien le chercher… Je peux encore loger une quinzaine de personnes s’il le faut. »

1.500 victimes depuis fin 2015

De quoi promettre quelques tensions avec les éleveurs ? « On espère que non. Ce serait magnifique que les écologistes comprennent que ce loup n’a pas sa place dans la plaine de Meurthe-et-Moselle », répond Arnaud Chardon. Depuis 2015 et l’arrivée estimée de l’animal dans le coin, l’exploitation de son père a subi « une quinzaine d’attaques pour une quarantaine de brebis tuées. » C’est loin d’être un cas isolé. La chambre d’agriculture de Meurthe-et-Moselle a recensé près de 1.500 victimes de ce même loup sur les trois départements où il sévit, avec la Meuse et les Vosges.

A chaque fois, les éleveurs sont indemnisés. A hauteur par exemple de 160 euros pour une brebis en pleine gestation. « A cela, il faut ajouter les pertes indirectes. Là, c’est 0,80 euros par bête du troupeau touché », reprend l’éleveur. « Mais avec tout ça, on ne fait pas grand-chose ! En décembre, il a attaqué un troupeau de 80 brebis. On a reçu 160 euros pour la victime et 80 x 0,80 euros. Sauf que trois jours après, on avait 20 avortements. Un agneau, ça vaut environ 120 euros. On a perdu gros. »

« Une vingtaine d’attaques par an, ça irait »

Avait-il pris toutes les mesures de sécurité possibles pour son enclos ? Un certain laisser-aller des éleveurs pour la protection des troupeaux est souvent avancé par les défenseurs du loup. Réponse des bergers ? « Qu’ils viennent poser les clôtures électriques ! En plus, ce n’est pas du garanti à 100 %. » En Meurthe-et-Moselle, un éleveur s’est équipé. Coût de l’opération pour ses 53 hectares : 12.400 euros, dont 7.700 de sa poche. « Depuis, il n’a plus de souci », indique un représentant de la Chambre d’agriculture du département, sans parler de solution miracle. « Car ça perturbe la faune. Par exemple, un chevreuil qui rentre dans l’enclos va mettre des jours à ressortir. »

Il l’assure : « Les éleveurs n’ont rien contre le loup sauf que là, le niveau de pertes n’est plus acceptable. Si un autre loup arrivait et qu’il était plus discret, ils l’accepteraient. » « Une vingtaine d’attaques par an, ça irait. Mais là, on est quasiment à deux par semaine, appuie Arnaud Chardon. Il faut que ça cesse. »

Des bergers manifestent à Paris et Strasbourg pour crier au loup