Pourquoi des départements décident-ils d'abandonner les 80 km/h pour revenir à 90 km/h sur certaines routes?

SECURITE ROUTIERE Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a appelé mardi les présidents des conseils départementaux à la « responsabilité » avant de prendre leur décision

Delphine Bancaud

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Un panneau de limitation à 80km/h en 2018
Un panneau de limitation à 80km/h en 2018 — PHILIPPE HUGUEN / AFP
  • Face à la fronde contre les 80 km/h sur le réseau secondaire mis en place le 1er juillet 2018, le gouvernement a accepté le principe de dérogations locales sur certains tronçons.
  • Les présidents de conseils départementaux pourront relever la vitesse maximale autorisée à 90 km/h sur certaines routes du réseau secondaire à double sens et sans séparateur central.
  • Une décision motivée par leurs doutes sur l’efficacité de cette limitation de vitesse à 80 km/h en matière de sécurité routière.

Faut-il privilégier le principe de précaution en matière de sécurité routière ou satisfaire les désidérata de nombreux conducteurs ? C’est le choix cornélien que doivent faire les présidents des conseils départementaux. Car face à la fronde contre les 80 km/h sur le réseau secondaire mis en place le 1er juillet 2018, le gouvernement a accepté le principe de dérogations locales sur certains tronçons.

Une fois votée et promulguée la LOM (loi d’Orientation des mobilités), les présidents de conseils départementaux pourront relever la vitesse maximale autorisée à 90 km/h sur certaines routes du réseau secondaire à double sens et sans séparateur central. Mais le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, les a appelés ce mardi à la responsabilité, en indiquant que la baisse à 80 km/h avait permis d’épargner 206 vies durant sa première année d’application. Une manière d’influencer leur décision. 20 Minutes fait le point sur le sujet.

Quels départements vont repasser aux 90 km/h ?

Selon une enquête de France Inter, qui a passé au crible les déclarations des présidents de conseils départementaux sur le sujet, au moins 63 départements sont favorables au retour des 90 km/h. Interrogée par 20 Minutes, la Sécurité routière ne se prononce pas sur leur nombre. Dans la plupart des cas, les présidents de conseils départementaux ont décidé de ne relever la vitesse autorisée que sur une partie de leur réseau secondaire, en analysant la dangerosité ou non des routes. A l’instar de Patrick Septiers (UDI), le président du conseil départemental de Seine-et-Marne : « Dans un premier temps, nous allons relever la vitesse sur 500 km des routes départementales (alors que 3.000 km de routes sont actuellement concernées par les 80 km/h). Mais les routes qui seront concernées par ce relèvement représentent 70 % du trafic des Seine-et-Marnais. Dans un deuxième temps, on remettra des centaines d’autres kilomètres à 90 km/h ». François Durovray, président du département de l’Essonne, a aussi décidé de ne faire revenir à 90km/h qu’une partie de son réseau secondaire : « Nous allons remonter 650 km de routes départementales à 90 km/h sur les 1.000 km passés à 80 km/h. Et nous avons décidé que les routes de moins de 5,20 m de large resteraient à 80 km/h », explique-t-il.

Quels sont les arguments de ceux qui prônent le retour aux 90 km/h ?

Après un an d’expérimentation des 80 km/h sur le réseau secondaire, certains présidents de conseils départementaux ne sont pas convaincus de l’efficacité de la mesure. « Nous n’avons pas constaté que cet abaissement de la vitesse avait influé sur l’accidentalité routière. Nous avons même observé une petite hausse de la mortalité cette année sur le département. Et sur les routes à 80 km/h, nous avons aussi constaté une légère hausse de la vitesse, ce qui montre que les conducteurs ne se sont pas approprié la mesure », indique-t-il. Même son de cloche chez le président du département de l’Essonne : « La moitié des morts que nous avons déplorés cette année sur les routes étaient des motards qui remontaient les files. Donc cet abaissement de la vitesse n’a pas de sens », estime François Durovray. Par ailleurs, certains élus ont été sensibles à la grogne de leurs administrés : « En Seine-et-Marne, nous avons très peu de transports en commun et un habitant sur deux prend sa voiture pour se rendre au travail. La limitation à 80 km/h les pénalisait dans leurs déplacements quotidiens », estime Patrick Septiers.

Quels sont ceux qui restent aux 80 km/h et pourquoi ?

D’après les calculs de France Inter, au moins sept départements conserveront les 80 km/h : les Ardennes, le Gard, la Loire-Atlantique, la Meurthe-et-Moselle, les Pyrénées-Orientales, le Rhône et le Var. Mais ce sera aussi le cas de l’Ardèche, dont 20 Minutes a interrogé le président du conseil départemental, Laurent Ughetto : « Ce n’est pas pour l’efficacité de la mesure, car 17 morts sur les routes ont été déplorés cette année sur notre département, contre 11 l’an dernier. Mais j’estime que la responsabilité d’un retour à 90 km/h est trop lourde pour moi. Si la commission départementale de la sécurité routière rend un avis défavorable à cette mesure et qu’un accident mortel a lieu ensuite sur une route redevenue à 90 km/h, ma responsabilité pourra être engagée juridiquement et la famille du défunt pourrait se retourner contre moi », explique-t-il.

A quelle échéance ce retour aux 90 km/h se fera-t-il ?

Selon la Sécurité routière, cette démarche ne pourra pas être effectuée avant la fin de l’année 2019. « Il faut attendre la promulgation de la loi LOM et que les commissions départementales de sécurité routière donnent leur avis consultatif sur le retour de certains tronçons à 90 km/h », explique-t-on à 20 Minutes.

Combien ce retour aux 90 km/h coûtera-t-il aux départements ?

Les départements devront retirer les panneaux à 80 km/h sur les routes concernées et en remettre de nouveaux à 90 km/h. « Nous avons évaluer que cela pourrait nous coûter jusqu’à 500.000 euros, mais nous allons discuter avec le gouvernement pour savoir combien de panneaux seront nécessaires », indique Patrick Septiers. « Nous prévoyons un budget de 100.000 euros pour les nouveaux panneaux », indique de son côté François Durovray.