Prostitution: Le proxénétisme de cité, un phénomène qui inquiète la police judiciaire

CRIMINALITE Alors que la prostitution de rue diminue en France, les policiers de l’Ocrteh (Office central pour la répression de la traite des êtres humains) sont préoccupés par la percée du proxénétisme de cité

Thibaut Chevillard

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Selon la PJ, environ 40.000 femmes se prostituent en France (illustration)
Selon la PJ, environ 40.000 femmes se prostituent en France (illustration) — F. Elsner / 20 Minutres
  • La police judiciaire observe une augmentation du nombre d’affaires concernant ce phénomène.
  • Des délinquants issus de quartiers sensibles se sont mués en proxénètes, attirés par les profits importants générés par cette activité.
  • Plus de la moitié des victimes, souvent des jeunes filles désœuvrées, sont mineures.

A l’ère d’internet, le plus vieux métier du monde continue d'évoluer. Le milieu du proxénétisme aussi. En 2018, la direction centrale de la police judiciaire a observé une nette diminution de la prostitution de rue, aussi bien dans les grandes agglomérations qu’à la campagne. En revanche, les enquêteurs remarquent un « report vers la prostitution logée », explique le commissaire Jean-Marc Droguet qui dirige l’Ocrteh (Office central pour la répression de la traite des êtres humains). Après avoir pris discrètement rendez-vous sur internet, les clients retrouvent les prostituées dans des hôtels ou des appartements loués pour une courte durée. Ce qui limite pour les clients et les proxénètes le risque d’êtres interpellés.

Profitant de cette transformation, attirés par les profits importants générés par cette activité ne nécessitant aucun investissement, de petits délinquants issus de cités sensibles se sont mués en proxénètes

Un phénomène que les policiers observent depuis quelques années mais qui tend à se développer depuis deux ans. Après avoir exploité des jeunes femmes de leur entourage, les recruteurs se tournent vers des victimes rencontrées sur les réseaux sociaux ou en soirée. Des profils variés qui ont cependant un certain nombre de points communs. Il s’agit de jeunes femmes « en grande précarité économique, sociale, éducative, en rupture familiale », souligne Jean-Marc Droguet à l'occasion de la présentation du rapport annuel du Sirasco (service d'information, de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée ).

120 affaires réalisées en 2018

« Elles sont recrutées à un moment où elles sont faibles dans leur tête, poursuit le chef de cet office créé en 1958. Ce qui nous inquiète le plus, c’est qu’une grande majorité des victimes qu’on identifie sont mineures. » En 2018, 47 % des victimes identifiées avaient moins de 18 ans. Soit 278 jeunes femmes. Si elles sont souvent volontaires dans un premier temps pour se prostituer, elles sont confrontées à la violence utilisée par leurs proxénètes pour les maintenir sous domination et augmenter leur activité. Chaque jeune femme peut leur rapporter entre 8.000 et 10.000 euros par mois. De l’argent généralement dilapidé en boîte de nuit, en achat de stupéfiants ou de matériel informatique.

Jusqu’à présent, ces groupes criminels n’étaient pas très organisés. « Difficiles à cibler, difficiles à cerner, très mobiles », ils « s’agrègent et se désagrègent » au gré des opportunités, affirme Jean-Marc Droguet. Mais ces réseaux ont tendance désormais à se structurer afin d’accroître leurs profits. Face à eux, la police judiciaire semble avoir saisi l’ampleur du phénomène et se démène pour faire tomber les proxénètes qui exploitent ces jeunes victimes. En 2016, ils avaient traité 48 affaires de « proxénétisme des cités ». L’année dernière, ils se sont occupés de 72 dossiers supplémentaires.