Bac: Nécessaire ou scandaleuse, la «solution» de Jean-Michel Blanquer pour calculer les résultats divise

DIPLOME Pour contraindre le gouvernement à rouvrir des négociations sur les réformes du lycée et du bac, des professeurs refusent de saisir les notes des candidats

20 Minutes avec AFP

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Jean-Michel Blanquer, le 25 juin 2019 à l'Elysée.
Jean-Michel Blanquer, le 25 juin 2019 à l'Elysée. — Alain JOCARD / AFP

Jean-Michel Blanquer a promis que tous les candidats au bac auraient leurs résultats ce vendredi malgré la grève de correcteurs grâce à la prise en compte du contrôle continu. C’est « la moins mauvaise des solutions » pour certains, une « décision scandaleuse », qui désorganise des jurys de délibération, pour d’autres.

Mercredi soir, le ministre de l’Education a mis fin aux interrogations des lycéens et leurs familles qui se demandaient si les résultats tomberaient bien le jour J : ce sera le cas pour « tous » les candidats au bac, a-t-il assuré. Pour contraindre le gouvernement à rouvrir des négociations sur les réformes du lycée et du bac qu’ils dénoncent, des professeurs avaient refusé de saisir les notes des candidats mais aussi, pour certains, de rendre les copies.

Le contrôle continu à la rescousse

Pour permettre aux 740.000 candidats au bac de connaître leurs résultats à la date prévue, le ministre de l’Education a détaillé mercredi une « solution technique » : si certaines notes d’examen manquaient, ce seront les notes du contrôle continu de l’année qui seront prises en compte pour compléter la moyenne. Et si la note du bac s’avère finalement meilleure, c’est celle-là qui sera conservée.

Ironie du sort, les opposants à la réforme du bac, prévue pour 2021, dénoncent justement un futur examen qui fera la part belle au contrôle continu. Seul un « petit nombre de candidats » devrait être concerné par cette solution, assure Jean-Michel Blanquer. Gabriel Attal, secrétaire d’Etat en charge de la Jeunesse, a indiqué jeudi qu’environ 80.000 copies étaient manquantes mercredi soir.

Un examen « entaché d’inégalités »

Le collectif « Bloquons Blanquer », qui tient un décompte en ligne, avançait mercredi soir le chiffre de 137.000 copies retenues (sur un total de 4 millions de copies). « Il n’y avait pas de solution parfaite, cela nous a semblé la moins injuste », explique-t-on rue de Grenelle. Mais cette décision pourrait attiser la colère des grévistes, voire de professeurs simplement opposés à la réforme, préviennent des syndicats.

Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat des enseignants du secondaire, ne décolère pas : « ce bac risque d’être entaché d’inégalités », puisque les notes seront dans certains cas celles de l’examen, et dans d’autres des moyennes. « Je suis scandalisée par le jusqu’au-boutisme du ministre, qui joue l’affrontement contre toute une profession », déclare-t-elle à l’AFP.

Des « sanctions lourdes » réclamées par LR

Jeudi matin, des professeurs convoqués aux jurys d’harmonisation, qui se tiennent la veille des résultats officiels, faisaient état d’une grande confusion. Ces jurys sont chargés de regarder l’intégralité des notes et de décider si, en cas d’échec, un candidat peut mériter d’être admis ou d’aller au rattrapage. « Une motion syndicale a été lue, invitant à ne pas se prêter à la » mascarade « organisée par le ministre », a expliqué Maxime, prof de SVT à Créteil. Dans son jury, les notes d’une pile de candidats ont été rentrées. Mais pour un grand nombre de dossiers, « incalculables » en raison de notes manquantes, « on ne sait pas ce qui s’est passé car on a quitté la salle après le vote de la motion ».

A Lyon, devant le rectorat, une petite centaine de professeurs étaient réunis jeudi matin dans le calme. Retenir la note de contrôle continu, « c’est un drôle de cadeau très démagogique, c’est peu respecter le travail des élèves, le caractère anonyme du bac », déclare à l’AFP Émile Petitjean, prof de philosophie dans la Loire, qui réclame un moratoire sur la réforme. « C’est un gros tour de force qui remet en cause l’équité de cet examen ». Des responsables des Républicains, dont le député Guillaume Larrivé, réclament des « sanctions lourdes », au-delà des retenues sur salaires.