Bac 2019: «C'est le ministre qui prend les élèves en otage» selon une enseignante en grève des notes

GREVE DES NOTES Dans plusieurs académies, des enseignants correcteurs des épreuves du baccalauréat n’ont pas rendu les notes des copies corrigées. Ils demandent un moratoire sur la réforme Blanquer

Beatrice Colin

— 

Lors d'une épreuve du baccalauréat 2019. (Illustration)
Lors d'une épreuve du baccalauréat 2019. (Illustration) — Dominique Faget / AFP
  • Plusieurs enseignants ont décidé de ne pas rendre les notes des copies corrigées du baccalauréat pour protester contre la réforme Blanquer.
  • A Toulouse, « les enseignants correcteurs » grévistes ont reçu un mail du rectorat les enjoignant à rentrer leurs notes sous peine de sanctions.
  • Le ministre de l’Education nationale a reconnu mercredi que certains candidats pourraient ne pas avoir leurs notes ce vendredi.

Ils auraient dû saisir les notes des copies de bac corrigées ce mardi. Pour la première fois, ces enseignants correcteurs ont décidé de ne pas le faire, « seul moyen » trouvé pour remettre autour de la table le ministre de l'Education nationale.

A Toulouse, ils étaient plus d’une centaine ce mercredi matin réunie en assemblée générale pour décider des suites données à ce mouvement d’ampleur nationale. A la façon d’agir aussi sans s’exposer à des sanctions.

Retenue sur salaires

Comme ses collègues, Sophie, a été contactée à plusieurs reprises par le rectorat mardi pour rentrer les notes de ses 66 copies corrigées dans le système informatique.

« Dans un premier temps, j’ai eu plusieurs coups de fil et un message sur mon répondeur me demandant si j’avais rencontré un problème technique. Puis dans l’après-midi, j’ai reçu un mail de menaces de sanction disciplinaire si je ne le faisais pas. Sur le coup je me suis sentie paniquée, et c’est le but, ils veulent nous faire peur individuellement, nous isoler », estime cette professeur d’histoire-géographie dans un lycée de la Ville rose.

Mais pas question de lâcher, même si l’administration annonce que chaque correcteur contestataire sera considéré comme gréviste depuis le jour où il a récupéré les copies s’il ne rentre pas les notes d’ici ce mercredi soir.

De fait, certains professeurs s’exposent ainsi à une retenue de salaires de plus de quinze jours pour certains d’entre eux. « Mais c’est illégal, nous sommes grévistes à partir du jour où nous n’avons pas rendu nos notes, avant nous avons travaillé, participé à des réunions et corrigé nos copies », a assuré l’un d’eux lors de l’assemblée générale toulousaine.

« Risque de retard » selon le ministre

Même si leur mouvement est vécu avec appréhension par les élèves et leurs parents, les profs l’assurent : « On pense à eux. » Sophie poursuit : « J’ai des classes de terminale. Les copies sont corrigées, les résultats ils les auront à un moment ou un autre, la balle est dans le camp du ministre. C’est lui qui prend en otage les élèves, il savait qu’on irait jusque-là. »

Comme de nombreux enseignants, du primaire au secondaire, elle demande un moratoire sur la réforme Blanquer, et sur sa mise en place. Et pour enfoncer le clou, elle ne participera pas aux jurys demain. Cette prise de position aura certainement des conséquences dans la publication des résultats du bac, initialement prévue vendredi.

Après avoir longtemps annoncé qu’ils seraient donnés en temps et en heure, Jean-Michel Blanquer a admis ce mercredi matin sur l’antenne de BFM qu’il ne pouvait pas cacher qu'il y avait «un petit risque que certains candidats n'obtiennent pas leurs résultats du bac vendredi».

« Mais trois ou quatre jours de retard, c’est quoi à côté de ce que perdront les générations qui vont suivre ? », interroge Christophe Manibal, secrétaire académique du Snes-FSU qui estime à 25 % le nombre d’élèves concernés dans l’académie de Toulouse.

Pour ce syndicaliste, la responsabilité en incombe uniquement au ministre. « C’est bien d’être ministre, c’est encore mieux d’écouter les personnels et les parents. Jamais un mouvement de grève au moment du bac n’a été aussi massif. Celui de l'Agriculture a accepté de recevoir les membres de l'enseignement agricole alors que celui de l’Education nationale ne veut pas perdre la face », critique l’enseignant.