Ile d'Oléron: Le procès du chant du coq Maurice résonne à travers le monde

RETENTISSEMENT Après le report de l'audience le 6 juin dernier, l'affaire du coq Maurice qui chanterait trop fort sur l'île d'Oléron revient devant le tribunal de Rochefort (Charente-Maritime) ce jeudi

Mickaël Bosredon

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Corinne Fesseau et son coq Maurice
Corinne Fesseau et son coq Maurice — Corinne Fesseau/Facebook
  • Un couple de retraités assigne en justice une habitante de l'île d'Oléron à cause de son coq, Maurice, qui chanterait trop fort dès potron-minet.
  • L'affaire a connu un retentissement médiatique affolant ces dernières semaines, suscitant l'intérêt du «New York Times» ou encore d'une chaîne de télé néerlandaise.
  • Derrière cette querelle de voisinage, prend forme un débat plus vaste sur la défense de la ruralité.

Le procès programmé le 6 juin dernier avait été reporté, en raison de pièces du dossier manquantes. De nouveau inscrit au 4 juillet, il devrait, cette fois-ci, bien se tenir ce jeudi. Une habitante de Saint-Pierre d’Oléron, sur l’île d’Oléron (Charente-Maritime), est poursuivie par un couple de voisins qui possède une résidence secondaire sur l’île, à cause de son coq qui chanterait trop fort le matin, et qui leur créerait des nuisances. Une histoire qui dure depuis deux ans maintenant.

Corinne Fesseau, la propriétaire du coq, et figure locale connue et appréciée de l’île, ne pourra malheureusement pas amener son coq avec elle, jeudi au tribunal de Rochefort (Charente-Maritime). « Il a été malade et il est fragilisé, donc on le soigne, mais on ne va pas le perturber davantage » a-t-elle expliqué à 20 Minutes ce mercredi. « Déjà qu’il chante moins souvent depuis le début de cette affaire… »

En revanche, d’autres propriétaires de coqs ont prévu, eux, de faire le déplacement avec leurs gallinacés, pour une manifestation de soutien à l’Oléronaise, en amont de l’audience.

Pour le « NY Times », Maurice est désormais « le plus célèbre coq français »

L’affaire a connu ces dernières semaines un retentissement médiatique sans précédent. Corinne Fesseau a répondu à nos questions entre deux tournages pour M6 et TF1. Et ce jeudi matin, c’est une chaîne télévisée néerlandaise qui fera le déplacement pour suivre l’audience ! « J’ai aussi eu un article dans un journal allemand, mais je ne sais plus lequel » lâche la propriétaire de Maurice, qui ne sait plus où donner de la tête.

L’histoire a même retenu l’attention du célèbre New York Times, qui a dépêché un journaliste sur place, pour un long article sur Maurice, « le plus célèbre des coqs français », publié le 23 juin dernier. Pour le journaliste américain, Maurice « est devenu le symbole d’un conflit français entre ceux pour qui la campagne française n’est que la toile de fond de vacances agréables, et les gens qui l’habitent réellement. » Un article qui a suscité de nombreuses réactions lors de sa publication sur le web.

« Cela fait partie du charme »

Ms. Pea, de Seattle, raconte ainsi avoir vécu dans une petite ville de 800 habitants, et si le chant du coq « la rendait dingue au début » elle s’y est habituée, et dans tous les cas « jamais » elle ne se serait imaginé aller se plaindre du bruit de ces animaux. « Les citoyens de Saint-Pierre-d’Oléron doivent s’attacher à leur mode de vie. C’est aux étrangers de se conformer aux coutumes de la ville et non l’inverse » conclut-elle.

Tom, originaire de Montréal, explique être parti s’installer « dans la France rurale » en février dernier pour sa retraite. « Mon village a une église historique du XIVe siècle dont les cloches sonnent tous les quarts d’heure (…) Je pourrais trouver cela agaçant, mais je préfère me dire que j’observe et partage une histoire illustre. Cela fait partie du charme. »

Zone rurale ou urbaine ?

Tout le monde ne prend pas la défense de Maurice pour autant. Aaron relève pour sa part que Saint-Pierre d’Oléron lui semble être « une zone urbaine en développement » et que dans ce contexte « il n’est pas juste de permettre à quelqu’un de créer une nuisance dans cet espace de vie collectif, comme d’ajouter un coq à l’environnement. » Idem pour Virginia, de Cape Cod, qui raconte se faire régulièrement réveiller à 4h30 du matin par un coq : « Les coqs devraient être légaux seulement sur les propriétés de grandes proportions et loin des voisins, je pense. »

La question de savoir si Saint-Pierre d’Oléron est une zone rurale, ou semi-urbaine, sera au centre des débats. Vincent Huberdeau, l’avocat du couple de plaignants, affirmait le 6 juin dernier que ses clients « réclament la paix et la tranquillité. » « Ce sont des retraités. Monsieur était agriculteur. Ils veulent simplement que le coq soit enfermé la nuit. Il s’agit d’un lotissement, nous ne sommes pas à la campagne », estime-t-il. Ce n’est pas le point de vue du maire de la ville, Christophe Sueur, qui assure de son côté que « Saint-Pierre est une commune rurale, où on a le droit d’avoir une basse-cour. »

Défense de la ruralité

Derrière cette querelle de voisinage, prend forme un débat beaucoup plus vaste sur la défense de la ruralité en France. Le maire de Gajac (Gironde) est ainsi monté au créneau pour défendre le coq Maurice, et a publié une lettre ouverte défendant les bruits de la campagne, dépité de voir des ruraux traînés en justice pour le braiment des ânes, le meuglement des vaches ou le chant du coq…

« On essaye de sauver notre culture, nos valeurs, plein de choses de cette sorte sur notre île » clame Corinne Fesseau. Et si elle souhaite que l’audience de jeudi mette un point final à cette procédure « éreintante » qui traîne depuis 2017, elle craint par-dessus tout « de perdre le procès » car alors « ce sera la porte ouverte à plein d’autres actions de ce type. »

En attendant l’issue de la procédure, il semble qu’elle a en tout cas déjà remporté la bataille de l’opinion publique, en témoigne sa pétition pour « sauver le coq Maurice » qui a recueilli à ce jour plus de 117.000 signatures.