VIDEO. Marseille pour les nuls (4/10): Pourquoi la Canebière a cette super réputation... alors qu'elle est plutôt moche

MARSEILLE EN QUESTIONS Connue mondialement comme une artère faste de Marseille, la Canebière a aujourd’hui perdu de sa superbe

Mathilde Ceilles

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Le tramway sur la canebière
Le tramway sur la canebière — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • La rédaction marseillaise de 20 Minutes répond, tout au long de l’été 2019, aux grandes questions que les touristes se posent en arrivant à Marseille.
  • Beaucoup de touristes s’attendent en arrivant sur la Canebière à arpenter une avenue aux devantures prestigieuses.
  • Il s’agit toutefois aujourd’hui d’une longue rue populaire aux façades défraîchies.

Ils cherchent l’ombre et la « Bonne Mère », s’entassent par centaines dans le petit train sur le Vieux-Port et se posent des dizaines de questions. Chaque année, sept millions de touristes visitent Marseille, selon un comptage, optimiste, de la mairie. Tout au long de cet été 2019, la rédaction marseillaise leur simplifie la vie, en répondant à quelques interrogations, majeures ou anecdotiques. Ce vendredi, on se demande pourquoi la Canebière ne correspond pas à sa réputation d’avenue somptueuse à l’image des Champs-Elysées.

Exemples de textos reçus par un Marseillais d’un Parisien : « Je viens bientôt te voir, on ira se boire un coup sur la Canebière ! » Ou encore « J’ai vu cette chambre d’hôtel sur la Canebière, super pas cher pour vos Champs-Elysées à vous, je prends direct ! » Les deux messages feront sourire les amateurs de panisses qui ont l’habitude de traîner du côté du Vieux-Port.

Quand on arrive sur la Canebière, la comparaison avec la célèbre avenue parisienne est en effet difficile à soutenir. Pas de magasins de luxe et de façades flamboyantes. A la place, en caricaturant un peu, la Canebière se résume à une succession de fast-foods et kebabs, entre deux magasins bon marché et des bâtiments à l’abandon, dont la façade mériterait parfois d’être sérieusement rénovée.

« C’était pourtant un si bel endroit »

« On a laissé tomber les choses, se désole Michèle Delaage, vice-présidente du Comité du Vieux-Marseille. C’était pourtant un si bel endroit, un lieu de rendez-vous connu de tous, dans le monde entier ! » La renommée de la Canebière a franchi les frontières marseillaises dès le XIXe siècle, avec le développement de l’activité économique sur le Vieux-Port. « Le commerce en provenance de l’extrême Orient et du Levant a connu une énorme croissance, explique Michèle Delaage. Marseille est devenue un carrefour, où arrivaient des denrées, des marchands, des artistes. Et la Canebière démarrant du Vieux-Port, c’est vite devenu le lieu le plus fréquenté de la ville ! »

A son apogée, la Canebière était donc un lieu très vivant, à en croire la vice-présidente, qui grouillait de grands hôtels, de cafés, de magasins prestigieux et de lieux culturels qui attiraient de grands noms de l’époque, comme Colette. Une réputation qui est également véhiculée dans plusieurs chansons d’opérette, dont la célèbre chanson de Vincent Scotto.

Un McDo à la place du grand café Noailles

Que reste-t-il aujourd’hui du grand café Noailles ? Un McDonald’s. Où sont passées les Nouvelles Galeries, équivalent marseillais du Printemps boulevard Haussmann ? C’est aujourd’hui un immeuble gris qui a mal vieilli, reconstruit ainsi après le terrible incendie qui a ravagé l’établissement en 1938. En quelques décennies seulement, après plusieurs années fastes, la Canebière a peu à peu perdu de sa superbe.

« L’activité du Vieux-Port a commencé à décroître après la Première Guerre mondiale, raconte Michèle Delaage. Beaucoup d’armateurs avaient perdu leurs bateaux. Ils perdaient également le marché colonial. La Canebière a été touchée. Les riches n’y venaient plus beaucoup : l’hôtel Noailles a fermé dans les années 1950. Dans le même temps, les cinémas ont fermé avec l’essor de la télévision. »

« Tout un quartier a été démoli »

Peu à peu, l’activité économique, et la bourgeoisie marseillaise, se dirigent vers d’autres lieux de la ville, en particulier les quartiers Sud. « La ville de Marseille a grandi, et se sont développés d’autres centres d’attractivité », reconnaît elle-même la maire LR de secteur, Sabine Bernasconi.

« Il faut dire que, à part cette artère prestigieuse, les quartiers autour ont peu à peu été touchés par la paupérisation », note Michèle Delaage. Faut-il en effet le rappeler, l’effondrement mortel d’immeubles du 5 novembre dernier s’est produit à quelques encablures de la Canebière. « Gaston Deferre a laissé démolir beaucoup de choses, accuse Michèle Delaage. Derrière la Canebière, tout un quartier a été démoli, puis laissé comme cela, en jachère, pendant des années, jusqu’à ce qu’on se décide à construire le centre commercial Centre Bourse… »

« Donner une seconde vie »

Cette paupérisation s’est également accompagnée d’un relatif manque de considération envers ce patrimoine marseillais. « On investissait plus et on détériorait beaucoup. Le commissariat de Noailles a investi un grand hôtel prestigieux, en détruisant tout… Et même, dans l’ancien bar Y’a bon, il y avait une magnifique mosaïque. Aujourd’hui, c’est un restaurant turc, et de la mosaïque, il ne reste rien ! », poursuit Michèle Delaage.

Ces derniers mois, la ville de Marseille tente toutefois de renouer avec le passé grandiloquent de cette artère, à travers notamment les dimanches de la Canebière, une manifestation culturelle mensuelle, mais aussi des projets de piétonnisation de la célèbre avenue, ou l’ouverture annoncée depuis des années d’un grand cinéma. « Il s’agit de donner à la Canebière une seconde vie, une âme, » reconnaît Sabine Bernasconi. La première phase de travaux pour piétonniser la Canebière devrait aboutir d’ici la fin de l’année.