Rennes: Ils refusent d’être professeurs principaux pour protester contre les réformes Blanquer

ÉDUCATION Des enseignants rennais se sont mobilisés ce lundi en parallèle de la grève de surveillance du brevet

Manuel Pavard

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Une cinquantaine de professeurs se sont mobilisés ce lundi devant l'inspection académique de Rennes.
Une cinquantaine de professeurs se sont mobilisés ce lundi devant l'inspection académique de Rennes. — M. Pavard / 20 Minutes
  • En ce premier jour du brevet, des enseignants se sont rassemblés ce lundi devant l’inspection académique de Rennes pour protester contre la loi Blanquer.
  • Des professeurs du lycée Descartes de Rennes ont présenté leur démission de leur fonction de professeur principal, suivant un mouvement débuté dans l’académie de Toulouse cette année.
  • Ils refusent les nouvelles missions attribuées aux professeurs principaux ainsi que la réforme du lycée et la spécialisation trop précoce des élèves.

Ils sont venus crier leur ras-le-bol ce lundi matin devant l’inspection académique de Rennes. Eux, ce sont des professeurs de collèges et de lycées, tous mobilisés contre les réformes ​Blanquer. Les premiers font la grève de la surveillance du brevet, en ce premier jour d’examen. Les seconds, pour la plupart enseignants au lycée Descartes, présentent leur démission de leur fonction de professeur principal.

Un mouvement déjà entamé dans l’académie de Toulouse – près de 200 démissions au cours de l’année scolaire, selon un syndicaliste du Snes – et qui se développe aujourd’hui à Rennes.

À Descartes, 45 profs sur 80 refusent d’être professeurs principaux

« Actuellement, les chefs d’établissement demandent qui veut être professeur principal pour la prochaine année scolaire et à Descartes, 45 collègues se sont engagés à refuser cette mission, sur 80 professeurs au total », explique Philippe Melaine, enseignant au lycée Descartes et secrétaire départemental du Snes-FSU.

Réforme du lycée et du bac, système d’orientation Parcoursup, suppressions de postes, classes surchargées, nouvelles missions du professeur principal stipulées par une circulaire d’octobre 2018… Les griefs formulés ne manquent pas. « Pardonnez-moi l’expression mais aujourd’hui, on demande aux profs principaux de “gérer la merde” alors qu’on ferme en parallèle les deux tiers des CIO, s’indigne Philippe Melaine. On refuse de faire le tri social. Et avec Parcoursup, on ne sait pas comment orienter nos élèves. »

Une « fausse liberté de choix »

Philippe Amelot, professeur de SVT au lycée Descartes, pointe la « fausse liberté de choix promise par Jean-Michel Blanquer ». « Les mathématiques disparaissent du tronc commun mais par exemple, à Descartes, 80 % des élèves de seconde ont choisi les maths », ajoute l’enseignant.

En réalité, souligne Philippe Melaine, les établissements n’ont « pas les moyens » de mettre en place cet enseignement à la carte. Si une option est choisie massivement, « soit on met 40 élèves dans une classe, soit on fait deux groupes de 20 – mais on n’aura pas suffisamment de profs –, soit on force des élèves à abandonner leur choix », illustre-t-il.

« On ne le fait pas de gaieté de cœur »

Beaucoup dénoncent « le mépris total du ministère » et « l’absence d’avancée ». « Cela fait plus d’un an qu’on conteste les réformes Blanquer, conçues pour économiser des moyens, et le ministre refuse toujours de discuter », déplore Philippe Amelot.

Professeur d’arts plastiques au collège des Ormeaux, Nolwenn Richard a également refusé d’être nommée professeur principal : « On ne le fait pas de gaieté de cœur, assure-t-elle. Mais c’est aussi très symbolique, afin de mieux accompagner nos élèves à l’avenir. » Déjà massivement suivi par les enseignants des lycées Zola et Descartes, le mot d’ordre devrait, de l’avis général, s’étendre à d’autres établissements de l’académie de Rennes.