Etablissement d’excellence, de campus pro, résidence à thème: Quel internat est fait pour vous?

EDUCATION Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a fixé lundi l’objectif de 240 internats à projet d’ici à 2022

Delphine Bancaud

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Une chambre de  l'internat du lycée André-Malraux à Montereau-Fault-Yonne, en Seine-Et-Marne (77).
Une chambre de l'internat du lycée André-Malraux à Montereau-Fault-Yonne, en Seine-Et-Marne (77). — D.Bancaud/20minutes
  • Avec son plan pour « L’internat du XXIe siècle », présenté lundi, le ministre souhaite redonner de la superbe aux internats, en les spécialisant pour les adapter à différents publics.
  • Des résidences à projet, des internats d’excellence ou de campus pro vont se déployer d’ici à 2022.
  • Mais tous ces internats ne font pas l’unanimité, en raison de leur coût notamment.

Faire de l’internat un levier « essentiel d’accès aux études supérieures, mais aussi d’attractivité des territoires » et « de justice sociale ». Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a présenté ce lundi son plan pour « L’internat du XXIe siècle ». Avec pour objectif de développer, d’ici à 2022, 240 internats à projets pouvant accueillir jusqu’à 13.000 jeunes supplémentaires. Et permettre aux 40.000 lits actuellement vacants dans les structures existantes d’être occupés.

« L’internat, ce n’est pas un hôtel », a martelé le ministre. Un travail qu’il mènera avec les collectivités. Un fonds d’un milliard d’euros est prévu pour permettre aux collectivités de solliciter un prêt auprès de la Banque des territoires. Avec « un taux avantageux sur des durées longues », assure le ministre. Et dès la rentrée prochaine, un délégué ministériel aux internats sera nommé pour piloter ce déploiement. Enfin, la prime à l’internat, une aide sociale destinée aux élèves, qui s’élève actuellement à 258 euros par an, sera revalorisée. 20 Minutes vous présente les différents types d’internat dans lesquels vous pourrez vous inscrire.

Les résidences à projet

Elles s’appelleront résidences Médicis, digitales, olympiques, Charpak…. « Nous voulons encourager l’émergence de projets pédagogiques attractifs », a déclaré Jean-Michel Blanquer. Avec ces résidences à projet ciblant les centres d’intérêt des jeunes, « on sera aux antipodes des internats dortoirs avec pour seule activité le baby-foot », a-t-il précisé. Ces résidences porteront sur sept thèmes : arts, sports, numérique, ouverture internationale, environnement, sciences, métiers. Le ministre souhaite que ces nouvelles résidences s’inspirent de ce qui a été fait dans l’ internat de Marciac, dans le Gers, qui a développé une coloration jazz. Les élèves se produisent d’ailleurs lors du festival « Jazz in Marciac ». Autre exemple d’internat thématique réussi :  celui de Sigean (Aude), qui comporte une section kitesurf et une classe orchestre. Le but est que 100 résidences de ce type existent d’ici à 2022, principalement en zone rurale ou montagnarde.

Des projets qui laissent Claire Krepper, secrétaire nationale du syndicat SE-Unsa, sceptique : « un projet attractif ne suffira pas à attirer des élèves dans des internats ruraux excentrés, hormis peut-être les élèves sportifs de haut niveau à qui l’on proposera des infrastructures de qualité. Et je doute que les familles qui habitent très loin de l’internat y inscriront leurs enfants. Dernier bémol : les familles de collégiens sont souvent réticentes à laisser partir leurs enfants à cet âge-là ». Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU, s’inquiète de son côté de la mise en concurrence de ces résidences avec les autres établissements : « Les collèges et les lycées souffrent déjà d’une absence de mixité sociale et scolaire. Il ne faut pas la renforcer avec ce type d’établissements attractifs, qui vont générer de l’entre-soi », estime-t-elle.

Les internats d’excellence

Créés en 2008, ces internats sont à destination des élèves « méritants » issus de l’éducation prioritaire et offrent un accompagnement personnalisé renforcé. Le plus connu d’entre eux étant l’internat de Sourdun (Seine-et-Marne). « Il accueille 56 % de boursiers et affiche un taux de réussite au bac général de 97 %, avec une plus-value de 6 points de plus que les résultats attendus », a indiqué le ministre. Jean-Michel Blanquer souhaite qu’un établissement labellisé internat d’excellence existe dans chaque département, dans le but de parvenir à 100 internats d’ici à 2022, dont 70 en collège et 30 en lycée.

Si l’idée de ces internats paraît séduisante, ils n’ont jamais fait l’unanimité. Dans son rapport de 2004, la Cour des comptes avait critiqué une « finalité confuse », une « imprécision du ciblage des publics concernés » et « des modes de sélection des internes sans cohérence nationale ». Elle avait aussi fustigé les coûts d’investissement de ces structures, ce que souligne aussi Valérie Sipahimalani : « Au lieu de se dire que l’on met le paquet sur tous les collèges, on a mis le paquet sur les internats d’excellence, qui permettent d’exfiltrer certains élèves à qui l’on donne plus de moyens. Tant pis pour les autres ». Un avis partagé par Claire Krepper : « Ce n’est pas en promouvant quelques élèves méritants qu’on répond au défi des inégalités scolaires », estime-t-elle.

Les internats des campus pro

Ils seront destinés aux jeunes de la voie professionnelle préparant un CAP, un bac pro ou un BTS et seront situés au cœur des futurs campus des métiers et des qualifications. Ces derniers seront aussi ouverts à des jeunes pour une période courte, afin de préparer un examen, par exemple. Au total, 40 internats de ce type seront créés ou rénovés d’ici à 2022. Une bonne initiative, selon Claire Krepper : « C’est une bonne chose, car cela peut inciter des élèves à se tourner vers la voie pro. Car les campus des métiers sont parfois loin de chez eux », souligne-t-elle. « Cela sera intéressant si ces places en internat pro sont d’abord attribuées sur critères sociaux », ajoute Valérie Sipahimalani.