PMA, filiation, justice: La Marche des Fiertés affiche son mot d'ordre politique

EGALITE La Marche des Fiertés se tiendra ce samedi à Paris

Anissa Boumediene

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Déjà en 2013 lors de la Gay Pride de Lyon, la PMA pour toutes était au cœur des revendications.
Déjà en 2013 lors de la Gay Pride de Lyon, la PMA pour toutes était au cœur des revendications. — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • La 41e édition de la Marche des Fiertés aura lieu ce samedi à Paris.
  • Outre un programme festif, ce grand rassemblement est aussi l’occasion de porter des revendications politiques fortes.
  • Le mot d’ordre cette année : « PMA, filiation : marre des lois a minima ».

Il fera beau, il fera chaud, les drapeaux arc-en-ciel flotteront et la musique résonnera. Ce samedi à Paris se tiendra la 41e Marche des Fiertés. Et il devrait y avoir de l’ambiance : les participants pourront compter sur Bilal Hassani, Sônge ou encore de Yolande Do Brasil, qui assureront le show sur le podium de la Marche avec des concerts en live. Mais si la fête promet d’être belle, des revendications fortes sont aussi au programme de cette édition 2019, avec un mot d’ordre : « PMA, filiation : marre des lois a minima ».

Un projet de loi discriminatoire et incomplet

La PMA pour toutes, bientôt une réalité et plus seulement un slogan ? Le 12 juin dernier, le Premier ministre assurait que l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) serait actée. Elle figurera dans le projet de loi de bioéthique qui doit être adopté fin juillet en Conseil des ministres, avant d’être débattu au Parlement fin septembre. Mais pour l’Inter-LGBT, ce n’est pas une victoire pleine et entière. L’interassociative Lesbienne, Gaie, Bi et Trans, organisatrice de la Marche des Fiertés, dénonce un projet de loi discriminatoire et inadéquat, qui exclura de nombreuses personnes LGBTQI + de l’accès à la PMA.

A ce jour en France, la PMA est exclusivement réservée aux couples hétérosexuels dont au moins l’un des membres est stérile ou porteur d’une maladie grave susceptible d’être transmise au conjoint ou à l’enfant. Promesse de campagne du candidat Macron, engagement réaffirmé par Marlène Schiappa, l’ouverture de la PMA a même reçu depuis belle lurette le feu vert du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Repoussé à plusieurs reprises, ce texte doit ouvrir la PMA aux couples lesbiens et aux femmes seules, qui aujourd’hui doivent se rendre à l’étranger pour concevoir un enfant. « Et les autres ? », interroge Laurène Chesnel, déléguée Familles de l’Inter-LGBT. « Les personnes trans et intersexes sont totalement oubliées dans ce projet de loi. Pourtant, elles ont par définition de gros problèmes de fertilité, insiste-t-elle. C’est pourquoi nous proposions de parler dans le texte de loi de " personnes en capacité de porter un enfant " et non de tout baser sur les femmes. La question de l’ouverture de la PMA est tellement complexe que cela aurait nécessité un projet de loi propre, et non un texte fourre-tout, forcément parcellaire. Mais comment voulez-vous avoir un texte satisfaisant quand aucune association, aucune des personnes concernées n’a été concertée, écoutée ? Ce projet de loi est incomplet et des points essentiels ne sont pas abordés : rien n’est inscrit sur l’arrêt des mutilations d’enfants intersexes, alors qu’on le réclame depuis longtemps et que cette mesure fait l’unanimité. Rien non plus sur la prise en charge financière en cas d’ouverture du droit à la conservation des ovocytes, ce qui signifie que seules les femmes riches y auront accès, tant pis pour les autres ».

Des procédures longues et pas sécurisantes

L’Inter-LGBT regrette aussi que « la question de l’établissement de la filiation soit abordée a minima : seront prises en compte seulement les personnes qui feront une PMA en structure hospitalière en France, s’indigne Laurène Chesnel. Il n’y a rien sur l’établissement de la filiation dans le cadre de PMA faites à l’étranger, ou sur la reconnaissance rapide pour les parents sociaux d’enfants nés de GPA, poursuit la déléguée Familles de l’association. C’est méconnaître la réalité des familles LGBT-parentales. Aujourd’hui, les procédures sont longues et absolument pas sécurisantes, et de grosses lacunes subsistent s’agissant de l’accès aux informations en cas de recours à un donneur ou une donneuse ». Or, « la PMA s’inscrit dans ce chemin historique pour réclamer des droits, pour sécuriser nos familles afin qu’elles n’aient plus à subir des violences dans leur vie quotidienne », renchérit Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT.

« Aujourd’hui, des lois existent et ne sont pas appliquées », ajoute Hélène Bidard, adjointe à la Mairie de Paris chargée de l’égalité femmes/hommes, de la lutte contre les discriminations et des Droits Humains, citant les problèmes rencontrés par les couples homosexuels et les femmes seules souhaitant adopter un enfant. « Leur dossier est presque toujours laissé en bas de la pile par les Conseil de famille chargés d’étudier les demandes, note l’adjointe au maire. C’est pourquoi nous proposons pour Paris l’anonymisation des dossiers une fois l’agrément reçu ».

Justice et visibilité

Autre point crucial de cette 41e Marche des Fiertés : donner de la visibilité aux invisibilisés et obtenir justice pour les personnes LGBTQI +, dont les agressions sont en forte hausse. « Aujourd’hui, la justice est déceptive pour les victimes de ces agressions, les condamnations sont rares et ne sont pas à la hauteur du facteur aggravant qu’est la LGBT-phobie », déplore Hélène Bidard. Interrogée sur la hausse des agressions LGBT-phobes, elle souligne « qu’il y a aussi plus de signalements et de dépôts de plaintes qu’auparavant. Des agressions comme celle de Julia Boyer sont intolérables, mais son courage donne de la force et encourage les autres victimes à saisir la justice. J’y vois le début d’un mouvement "Me Too LGBT", mais il reste beaucoup de travail et de progrès à faire ».

Un « travail éducatif est à mener, complète Clémence Zamora-Cruz. La haine en ligne à l’égard de la communauté LGBT est grandissante et ne fait l’objet d’aucune prévention particulière, ou de réseau d’information pour les victimes ». Un avis partagé par Marianne James, marraine de cette 41e Marche des Fiertés. « Il y a un manque d’information et d’éducation des jeunes, or c’est par là que passe l’évolution des mentalités ». Pour Clémence Zamora-Cruz, « il faut inscrire la lutte LGBT dans les manuels d’Histoire ».

Samedi, l’Inter-LGBT attend environ 500.000 personnes pour la Marche des Fiertés. Le cortège s’élancera de Montparnasse à 14h, avec une arrivée prévue à 16h30 à République.