Marseille: Face à la polémique, le port annonce des mesures pour améliorer la qualité de l'air

QUALITE DE L'AIR Le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) présentait ce vendredi des mesures à court et moyen termes pour lutter contre la pollution du trafic maritime

Adrien Max

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Le port de Marseille qui s'étend vers les quartiers Nord.
Le port de Marseille qui s'étend vers les quartiers Nord. — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
  • Face à l’alerte pollution déclenchée depuis plusieurs jours dans les Bouches-du-Rhône, le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) a annoncé la réduction de la vitesse des navires dans le port.
  • Le conseil de surveillance du port a voté un investissement de 20 millions pour poursuivre le développement du branchement à quai des navires, ce qui ne génère aucune pollution selon eux.
  • Malgré ces annonces, beaucoup de questions quant à l’impact écologique du port sur les riverains restent en suspens.

Une conférence de presse qui tombe à pic. En plein pic de pollution, le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) a souhaité présenter les mesures pour améliorer la qualité de l'air votées ce vendredi matin en conseil de surveillance.

En premier lieu, et pour répondre à l’alerte à la pollution déclenchée cette semaine dans les Bouches-du-Rhône, Jean-Marc Forneri, président du conseil de surveillance du port, a annoncé la baisse de la vitesse des bateaux dans les bassins est du GPMM.

« Une baisse de 2 nœuds équivaut à 30 % de moins de pollution », a-t-il avancé, même si de son aveu il est bien difficile d’évaluer cette baisse. Une réponse, même s’il s’en défend, aux demandes de plusieurs personnalités politiques marseillaises d’interrompre le trafic des navires de croisières le temps de l’épisode de canicules, et de pollution.

Un plan à 20 millions pour le branchement à quai

« Je mets de côté les piailleries de certains pour avancer de manière rationnelle afin de trouver des solutions satisfaisantes pour les riverains, comme pour les milliers de personnes qui vivent de la croisière », a-t-il répété.

Hervé Martel, nommé directeur du port depuis à peine deux mois, a quant à lui eu le temps de prendre le pouls des préoccupations locales. « Depuis deux mois, je reçois des élus du territoire, des parlementaires européens, tous me parlent de la problématique de la qualité de l’air. Donc oui, nous tentons de répondre à ces questions », a-t-il admis.

Pour cela, le conseil de surveillance du port a voté un plan à 20 millions d’euros pour poursuivre le plan d’électrification à quai des navires dans le GPMM. Une réflexion globale que le port dit mener depuis plusieurs années. « Il s’agira dans un premier temps de poursuivre l’électrification à quai pour les ferries vers la Corse et le Maghreb du prochain Cap Jannet. Mais aussi d’étendre cette électrification pour les navires de croisière à l’horizon 2025 », a détaillé Jean-Marc Forneri. Actuellement seulement trois navires de la Méridionale se branchent à quai, tandis que les navires de la Corsica Linea sont en train de s’équiper pour un coût dépassant le million d’euros par bateau.

La question de l’empreinte carbone

Parmi les principales difficultés, « le passage de 50-Hz à 60-Hz pour les navires de croisière, qui sont actuellement aux normes américaines, dont le seul coût est estimé à près de 8 millions d’euros », a expliqué Hervé Martel.

Le GPMM fait savoir qu’il ne s’approvisionne qu’en électricité verte. « Un branchement à quai, c’est 0 % de pollution, aucune particule de soufre, ni de dioxyde d’azote, ni de particules fines », avance Jean-Marc Fornerie. Quant à connaître le bénéfice escompté en termes d’empreinte carbone par croisiériste ? « Nous ne connaissons pas l’empreinte carbone d’un croisiériste », nous rétorque-t-on. Dommage, quand on sait que 2.100 escales concernent des croisiéristes, sur total de 3.500 par an dans le port.

Des solutions sur la longue durée face à une urgence

L’objectif affiché est d’atteindre à l’horizon 2025, l’électrification à quai de 50 % des navires. « Il n’y a rien de contraignant, mais nous prenons ce virage que l’on estime stratégique. Nous pensons qu’a court terme l’empreinte carbone sera un argument marketing pour les croisiéristes, et nous misons sur la responsabilité écologique des armateurs », avance Hervé Martel.

D’autres orientations sont prévues afin « d’aller plus loin que la réglementation actuellement en vigueur, pas assez contraignante », comme l’utilisation de gaz naturel liquéfié pour les navires. « Mais la durée de vie moyenne d’un bateau est de 25 ans, cela prendra du temps », prévient le directeur du port. Il faudra encore accélérer le pas lorsqu’on sait que les émissions de dioxyde d’azote d’origines maritimes dans la métropole d’Aix-Marseille ont dépassé pour la première fois celles d’origines routières, en 2018. Une information mise en doute par le port, mais personne n’a été en mesure de la démentir. De quoi rester dans le flou de la pollution.