Canicule: Résiste-t-on mieux à la chaleur dans le sud que dans le nord de la France?

CANICULE Si le seuil de déclenchement de l’alerte canicule n’est pas le même dans les différents départements de France, rien ne permet d’affirmer scientifiquement que l’on résiste mieux à la chaleur dans le sud que dans le nord

Adrien Max

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Les seuils d'alerte canicule ne sont pas les mêmes partout en France, même si rien ne permet d'affirmer que l'on résiste mieux à la chaleur dans le sud que dans le nord.
Les seuils d'alerte canicule ne sont pas les mêmes partout en France, même si rien ne permet d'affirmer que l'on résiste mieux à la chaleur dans le sud que dans le nord. — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • Les seuils d’alerte canicule varient en fonction des départements, ce qui pourrait laisser penser que la résistance à la chaleur n’est pas la même partout en France.
  • Pourtant, selon Etienne Patin, chercheur en génétique, aucune étude ne permet encore d’affirmer que la tolérance biologique à la chaleur varie entre le sud et le nord.

On ne naît pas tous sous la même étoile. Ni sous les mêmes températures. En cette période de canicule qui touche toute la France,il y a des variations selon les régions.

Le seuil auquel l’alerte canicule est déclenchée n’est pas le même en fonction du lieu géographique où vous vous trouvez. « Ce seuil est défini par l’institut de veille sanitaire (InVS). Il tient compte d’un certain degré d’acclimatation qui n’est pas le même par département », explique Jean-Luc Marino, prévisionniste à l’antenne Paca de Météo-France.

Aucune étude sur la résistance à la chaleur

Pour les Bouches-du-Rhône, l’alerte orange canicule sera activée dès lors que les températures ne descendent pas en dessous de 24°C la nuit, et qu’elles atteignent plus de 35 °C durant trois jours d’affilée. Dans les Côtes-d’Armor, l’alerte sera activée à partir du moment où les températures ne descendent pas en dessous de 18°C pendant trois nuits, et si elles dépassent les 31°C la journée.

« L’InVS se base sur des statistiques liées aux problèmes sanitaires engendrés par la hausse des températures, comme une recrudescence du nombre d’hospitalisations », précise le prévisionniste.

Ce calcul laisserait penser que l’on résiste mieux à la chaleur en fonction de l’endroit où l’on vit, et notamment dans le sud de la France où les habitants sont plus habitués à subir de fortes chaleurs.

Cependant, nous ne savons pas s'il existe des différences biologiques qui rendraient les Français plus ou moins tolérants à la châleur, selon Etienne Patin, chercheur en génétique. « C’est un sujet très intéressant mais il n’a jamais été étudié. Il faudrait décortiquer le génome de nombreux individus afin de percevoir s’il y a mutations qui influencent ou pas notre tolérance à la température. La taille d’un individu serait déterminée par près de 600 gènes, cela donne une idée », indique ce spécialiste.

Le froid tue plus que le chaud

Pour Patrick de Villani, gériatre à l’assistance publique des hôpitaux de Marseille (AP-HM), une meilleure résistance à la chaleur peut simplement s’expliquer par les habitudes de telles ou telles régions. « Culturellement, il y a une organisation dans le sud de la France qui permet de mieux résister à la chaleur. Les persiennes laissent l’air circuler, par exemple, les ouvertures des maisons sont souvent moins grandes ce qui permet de conserver la fraîcheur. Les murs sont davantage blancs dans les régions du sud, et l’emploi du temps s’adapte. Comme en Espagne où personne ne travaille en début d’après-midi », avance-t-il.

Si la canicule occupe toutes les pensées depuis le début de la semaine, Etienne Patin rappelle que le froid tue davantage. « Dans une étude de 2018 sur le taux de mortalité lié aux températures en France, on constate que le froid est responsable du double de mortalité (3.9 %) que le chaud (1,2 %). On a donc un peu tendance à surestimer le risque de la chaleur, alors que le froid est bien plus mortel », prévient Etienne Patin.