Les hommes nés en France de parents nord-africains meurent plus tôt

ETUDE La discrimination sur le marché du travail peut se traduire par un « impact négatif sur la santé », explique les auteurs de l’étude

20 Minutes avec agences

— 

Les fils d'immigrés nord-africains nés en France sont touchés par une forte surmortalité (Illustration).
Les fils d'immigrés nord-africains nés en France sont touchés par une forte surmortalité (Illustration). — Free-Photos / Pixabay

Les hommes nés en France de parents originaires d’Afrique du Nord connaissent une « importante surmortalité », selon une étude de l’Institut national d’études démographiques (Ined) publiée ce jeudi, qui reste vague sur les causes de ce phénomène. Alors que la probabilité estimée de décès entre 18 et 65 ans s’élève à 162 pour 1.000 pour les hommes de la population « de référence », elle est 1,7 fois plus élevée chez les hommes nés en France de deux parents immigrés d’Algérie, du Maroc et de Tunisie (276 pour 1.000).

En revanche, elle est plus faible pour ceux de la deuxième génération d’origine sud-européenne (Portugal, Italie et Espagne), à 106 pour 1000, ainsi que pour les hommes immigrés de première génération toutes origines confondues. Les résultats concernant les femmes ne relèvent pas de « différences statistiquement significatives », précise l’étude.

Une « détérioration du fonctionnement psychosocial »

« Les résultats suggèrent que cette surmortalité ne s’explique pas simplement par les différences de niveau d’éducation, mais par un ensemble de désavantages, notamment sur le marché du travail et sur le niveau des revenus », expliquent les auteurs, qui estiment qu’il s’agit d’une « dimension de santé publique importante et inconnue jusqu’ici ». La discrimination sur le marché du travail, qui est « plus répandue » parmi la deuxième génération, peut se traduire par une « détérioration du fonctionnement psychosocial » et par un « impact négatif sur la santé », explique les chercheurs de l’Ined.

Selon ces travaux, la première du genre en France, « il est peu probable que la différence d’accès aux soins de santé soit un élément important car les études n’ont montré aucune différence dans l’utilisation des soins » entre les groupes étudiés.

L’accès aux soins ne serait pas déterminant

Malgré le manque de données, les chercheurs évoquent le rôle « du tabagisme et de l’alcool » comme déterminants immédiats. Les chercheurs ont utilisé un échantillon de 380.000 personnes âgées en 1999 de 18 ans et plus et ont exploité des registres de décès jusqu’en 2010.

Selon l’Ined, la France est le pays qui compte la plus grande population de descendants d’immigrés de deuxième génération dans l’UE. En 2014, les individus nés en France avec au moins un parent immigré représentaient 9,5 millions de personnes, soit 14,3 % de la population totale.