Marseille: Le diocèse réclame l'expulsion des migrants du squat de Saint-Just

EXPULSION Plus de 200 migrants sont menacés d’expulsion à Marseille : ils squattent un bâtiment que le diocèse veut vendre, à Saint-Just. Ils vont tenter d’obtenir un renvoi de leur procès, prévu ce jeudi à 14 heures

Jean Saint-Marc

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Cet immeuble, squatté depuis décembre 2018, était un ancien couvent.
Cet immeuble, squatté depuis décembre 2018, était un ancien couvent. — J. Saint-Marc / 20 Minutes
  • Les 200 occupants du squat du 59, avenue de Saint-Just, à Marseille, sont menacés d’expulsion. Le propriétaire de l’immeuble, le diocèse, les poursuit en justice, ce jeudi.
  • Les associations qui défendent les migrants espèrent obtenir un nouveau report de l’audience, afin de gagner du temps.

C’est peut-être une légende, mais cela rassure les militants du collectif 59 Saint-Just : il paraît que depuis son bureau, la présidente du conseil départemental Martine Vassal (LR) voit les banderoles qui ornent la façade du bâtiment squatté. « Refugees welcome », « Non aux expulsions » ou « SOS mineurs exilés !  Martine Vassal hors la loi. » Un rappel « grâce auquel elle ne peut pas nous oublier », assure une militante, très en colère contre le Conseil départemental​ (qui n’a pas donné suite aux sollicitations de 20 Minutes).

L’institution, comme la préfecture, est accusée par les militants du collectif de ne pas héberger tous les mineurs isolés accueillis à Marseille. Ils sont en effet nombreux à être livrés à eux-mêmes alors qu’ils ont bénéficié d’une « ordonnance de placement provisoire » (OPP). Adboulkarim, grand gaillard de 15 ans, est dans cette situation. « Mais je n’ai rien eu, même pas des habits ni des chaussures », nous dit-il en montrant ses claquettes. « Ils ne m’ont pas proposé d’hôtel ou de foyer, si je n’avais pas Saint-Just, je serais à la rue », soupire le jeune homme.

« Je ne veux pas qu’ils nous chassent »

Ce mercredi, à la veille d’un nouveau procès, il était très inquiet. « Je ne veux pas qu’ils nous chassent de la maison, les dirigeants sont vraiment gentils, ils font l’impossible pour nous… C’est sans doute mieux qu’un hôtel », lâche Abdoulkarim, dans la cour de ce grand bâtiment, un ancien couvent de 3.000 mètres carrés. Autour de lui, quelques jeunes écoutent du rap, d’autres font un baby-foot, d’autres participent à l’installation de la scène pour un concert et une soirée de soutien.

L’audience est en effet cruciale pour le collectif 59 Saint-Just, qui appelle également à un rassemblement ce jeudi, à 14 heures, devant le tribunal. « On espère obtenir un nouveau renvoi du procès, explique Juliette, une des porte-paroles. On sait qu’on va finir par perdre, mais tant qu’il n’y a pas de solutions acceptables proposer par la préfecture ou le département, on veut rester ici… »

« Le diocèse veut provoquer une mobilisation des pouvoirs publics »

Les institutions sont d’ailleurs la cible des militants, plus que le diocèse, avec qui les relations ont globalement été cordiales, malgré des différents. « Le but du diocèse est de provoquer une mobilisation des pouvoirs publics, car, pour l’instant, ils regardent ailleurs », embraye d’ailleurs Camille Tapin-Reboul, avocate de l’institution catholique. Elle assure que personne ne peut être relogé tant que l’expulsion n’est pas prononcée.

« Le diocèse a longtemps accepté le squat, mais le collectif n’a plus joué le jeu lorsqu’ils ont refusé certaines propositions de relogement », poursuit maître Tapin-Reboul. Début avril, le département et l’Etat ont proposé des hébergements pour 178 mineurs et une vingtaine de familles. Les mineurs ont accepté mais les familles ont refusé : « dans certains cas, c’était dix nuits d’hôtel et plus rien », assure Juliette.

Le squat du 59 Saint-Just est saturé.
Le squat du 59 Saint-Just est saturé. - J. Saint-Marc / 20 Minutes

Depuis, le squat s’est de nouveau rempli : plus de 200 personnes l’occupent actuellement, si bien qu’un écriteau précise, en anglais et en français, que personne ne peut encore être accueilli. « Avec ce turn-over permanent, c’est une situation sans fin », peste Camille Tapin-Reboul, qui explique que le diocèse réclamera, en cas d’expulsion, 30.000 euros de dédommagement par mois jusqu’à ce que le départ soit effectif.

Le diocèse dit prôner « l’apaisement »

« Nous sommes dans une position d’apaisement, mais on doit aussi présenter la facture à un moment, poursuit-elle. Le diocèse comptait sur la vente de l’immeuble [à un organisme de formation] pour équilibrer son budget. Ces deux millions d’euros en moins compromettent d’autres actions. » L’audience de demain est, pour le diocèse, celle de la dernière chance : si le procès est renvoyé, la vente du bâtiment sera impossible.

Les militants vont donc, au contraire, tenter de repousser l’échéance une nouvelle fois. Et ils espèrent faire de ce rendez-vous judiciaire « le procès du conseil départemental et des institutions qui ferment les yeux, qui laissent ces personnes à la rue ! »