Radicalisation dans les transports: «Certaines attitudes ne sont pas compatibles avec le service du public»

INTERVIEW Les deux députés qui ont présenté ce mercredi un rapport parlementaire sur la radicalisation dans les services publics proposent de faciliter le licenciement d’agents suspectés de radicalisation

Propos recueillis par Manon Aublanc

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De nombreuses stations de métros vont être fermées pendant la manifestation du 1er mai annonce la RATP. (Illustration)
De nombreuses stations de métros vont être fermées pendant la manifestation du 1er mai annonce la RATP. (Illustration) — Mario FOURMY/SIPA
  • Les deux députés Eric Poulliat (LREM, Gironde) et Eric Diard (LR, Bouches-du-Rhône) ont rendu public, ce mercredi, un rapport parlementaire sur la radicalisation dans les services publics.
  • Si les secteurs cruciaux de la sécurité et de l’éducation sont plus ou moins épargnés, la radicalisation touche davantage les prisons, la santé, l’université ou les transports.
  • Selon les rapporteurs du texte, « le problème du communautarisme doit attirer l’attention des pouvoirs publics, il y a une vraie urgence sur cette question ».

Surveillants pénitentiaires, entraîneurs sportifs ou agents de la RATP… Dans un rapport parlementaire, publié ce mercredi, deux députés alertent sur la radicalisation dans les services publics.

Pendant huit mois, Eric Diard, député Les Républicains des Bouches-du-Rhône, et Eric Pouilliat, député La République en marche de Gironde, se sont intéressés à la radicalisation dans les services publics, et notamment dans les entreprises de transports comme la RATP, la SNCF et Aéroports de Paris (ADP). Quelles sont leurs conclusions ? Que recommandent-ils ? 20 Minutes a interrogé Eric Diard, l’un des deux rapporteurs du texte.

Quelles sont les conclusions de votre rapport concernant la radicalisation dans les entreprises de transports du service public ?

C’est un phénomène limité, mais qui est de plus en plus prégnant. C’est plus une problématique de communautarisme que de radicalisation. Il y a des cas concrets, comme ce conducteur de bus de la RATP qui portait des gants pour ne pas toucher les mains des femmes ou l’argent qui a été touché par les femmes, ou encore cette conductrice de bus qui a choisi de partir au soleil pendant la période du ramadan et qui a été ostracisée par ses collègues à son retour.

Pour ADP, c’est le même problème. Pour les trois aéroports, Roissy Charles de Gaulle, Orly et le Bourget, 80.000 personnes ont un "badge rouge", c’est-à-dire un badge qui leur donne accès au tarmac et aux avions, donc c’est quand même assez sensible. Sur ces 80.000 badges, il y a 80 personnes qui sont sous observation à Roissy et 25 sur Orly. Mais sous surveillance ne veut pas dire qu’ils sont radicalisés, ça veut dire qu’ils commencent à avoir une évolution dans leur religiosité, qu’ils ont des entourages peu recommandables.

Pourquoi le secteur du transport est-il particulièrement touché ?

Le service public, c’est le panel de notre société, et dans notre société, vous avez des personnes radicalisées. On trouve d’ailleurs aussi des personnes radicalisées dans l’armée, dans la gendarmerie, dans la police. Mais pour l’armée, par exemple, c’est plus facile de faire remonter des informations sur la radicalisation d’une personne, ils ont une certaine discipline, c’est très encadré. Ce sont eux qui se sont le mieux adaptés. Pour la RATP, c’est plus difficile. La remontée du renseignement n’est pas aussi évidente, ils ont peur d’être accusés de discrimination, de racisme, d’homophobie. Ça dépend aussi beaucoup de la culture de l’administration.

Pour la RATP, par exemple, on ne peut pas nier que la direction a pris la problématique de la radicalisation en main, mais par contre, elle a quand même tendance parfois à mettre la poussière sous le tapis pour les questions de laïcité ou de communautarisme.

Quelles sont les mesures que vous préconisez ?

Depuis la loi Savary sur les transports de 2016, les entreprises de transport public peuvent désormais faire précéder les embauches par des enquêtes administratives destinées à vérifier si un salarié affecté à une tâche sensible n’est pas en cours de radicalisation religieuse. Ce que nous préconisons, pour la RATP, c’est que le criblage soit étendu aux métiers liés à la maintenance, et pas seulement aux chauffeurs ou aux contrôleurs. Concernant ADP, nous proposons d’étendre le criblage des salariés aux personnels chargés de la maintenance des avions, pour l’instant, ce n’est pas le cas. On demande également la révocation des agents radicalisés.

On sait que la radicalisation n’est pas un délit, mais dans certains cas, ces attitudes ne sont pas compatibles avec l’exercice d’une fonction au service du public. Si la personne constitue une menace pour l’ordre public, il y a urgence, il ne faut pas attendre l’avis de l’inspecteur du travail. Le service public se doit de préserver une certaine neutralité et d’avoir un caractère laïque. Le problème du communautarisme doit attirer l’attention des pouvoirs publics, il y a une vraie urgence sur cette question.