Illustration de public d'un festival
Illustration de public d'un festival — Fred TANNEAU / AFP

FESTIVAL

Attouchements, insultes… Comment des festivals s'engagent pour lutter contre les violences

Quelque 25 festivals et lieux festifs des Pays de la Loire viennent de lancer une campagne de sensibilisation contre les violences sexistes, racistes et homophobes

  • «Ne laissons pas la violence pourrir l'ambiance», c'est le slogan de cette campagne de communication déployée dans plusieurs lieux de fête de la région.
  • L'objectif est de prévenir les violences à caractère sexiste, raciste, et homophobe lors des concerts.

« Tu es tranquille, debout devant la scène, et là tu sens quelqu’un qui te colle et te met la main aux fesses. Il y a aussi le mec relou qui devient carrément irrespectueux après que tu as refusé de lui laisser ton numéro. » Alors que la saison des festivals d’été est lancée, les témoignages ne manquent pas quand on évoque la question du harcèlement sexuel et d’autres violences dans ces lieux de fête.

Ce mercredi, 25 festivals et structures des Pays de la Loire ont officiellement lancé  une campagne de sensibilisation « afin de prévenir les violences à caractère sexiste, raciste, et homophobe lors des concerts ». Quatre affiches, représentants des jeunes gens dont le corps est recouvert d’insultes peintes en noir («grosse pute », « sale noir », « sale gouine », ou « gros pédé »), seront placardées à l’entrée de chaque site, avec comme slogan « Ne laissons pas la violence pourrir l’ambiance ». « Nous devons porter collectivement ce message de prévention et de vivre ensemble », assure Gérald Chabaud, président du pôle de coopération pour les musiques actuelles en Pays de la Loire.

Les équipes et agents de sécurité formés

S’il est très difficile d’avoir des chiffres, une étude britannique, sortie en juillet 2018, indiquait que près de la moitié (43 %) des festivalières âgées de moins de 40 ans ont subi un comportement sexuel non consenti. 30 % des femmes ont également déclaré avoir été victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle. Et ce n’est pas tout. « Il y a des choses intolérables, continue Gérald Chabaud, également directeur du festival des Escales. Comme pendant la performance de Jeff Mills, qui se produisait à Saint-Nazaire il y a deux ans. Quelqu’un s’est mis devant la scène et a crié : "sale nègre". »

L’objectif de cette campagne est donc de montrer que le sujet est pris à bras-le-corps par les organisateurs et les bénévoles, tout en veillant à ne pas ternir l’aspect convivial du moment. En plus de ces affiches, de premières formations ont été dispensées aux équipes et agents de sécurité qui travaillent sur ces lieux de fête. « Sur le site de Transfert [où une agression a été mal gérée, l’an dernier], tout le monde sait désormais comment réagir quand il est témoin de ce genre de situation, explique-t-on à Pick’up production. C’est très important de ne pas rester indifférent, de savoir qui prévenir, et de se rappeler que le racisme, les discriminations ou les agressions sont punies par la loi. » L’an dernier, un homme de 45 ans a été condamné à un an de prison ferme et deux avec sursis pour une agression sexuelle commise au Hellfest, en 2013.

Stands, maraudes, débats…

La démarche, intitulée « Ici c’est cool », devrait s’élargir au-delà des frontières des Pays de la Loire. Certains gros rendez-vous, comme le festival interceltique de Lorient, ont par exemple rejoint la dynamique. Et en parallèle de ce message commun, à l’instar d’autres festivals en France, chaque événement met en place localement des mesures pour améliorer la prévention et la gestion de ces situations.

A la Nuit de l’Erdre, qui organise sa 21e édition ce week-end à Nort-sur-Erdre, un stand et des maraudes organisés par l’association Take Care permettront de s’assurer que tout se passe pour le mieux. Au Dub Camp, et ce depuis plusieurs années, « un mur d’expression est mis en place, témoigne Mélanie Noyer, membre de l’organisation du festival de Joué-sur-Erdre. On organise aussi des débats. Cette année, on proposera un atelier sur le thème du consentement. »