Rennes: Les occupants du squat d’Estrémadure craignent de se retrouver à la rue

MIGRANTS Plusieurs collectifs appellent à un rassemblement contre les expulsions ce mercredi

Manuel Pavard

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Mouss vit depuis quelques mois au squat Estrémadure avec trois autres Djiboutiens, tous opposants politiques dans leur pays.
Mouss vit depuis quelques mois au squat Estrémadure avec trois autres Djiboutiens, tous opposants politiques dans leur pays. — M. Pavard / 20 Minutes
  • Plusieurs collectifs de soutien aux mal-logés organisent un rassemblement dénonçant les expulsions ce mercredi devant la préfecture.
  • Parmi  les squats menacés d'expulsion, celui d'Estrémadure a fait l'objet, fin mai, d'une décision de justice ordonnant une évacuation dans les deux mois.
  • Occupé par une petite centaine de migrants, l'immeuble appartient au bailleur social Archipel Habitat qui veut le transformer en centre d'hébergement d'urgence.
  • Les habitants du squat redoutent de se retrouver à la rue ensuite, n'ayant pas de solution de relogement.

Ils feront entendre leur voix ce mercredi midi devant la préfecture, à l’occasion d’un rassemblement contre les expulsions, organisé par divers collectifs de soutien aux mal-logés et des personnes exilées. Comme les occupants de la Tour Europe à Maurepas et d’autres squats de l’agglomération rennaise, les habitants d’Estrémadure vivent depuis quelques semaines avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Après une décision de justice rendue le 29 mai dernier, un huissier a en effet remis aux squatteurs un commandement de quitter les lieux dans un délai de deux mois, soit au plus tard le 3 août.

Appartenant au bailleur social Archipel Habitat, cet immeuble de quatre étages situé dans le quartier du Blosne est occupé depuis octobre par une petite centaine de migrants de tous horizons (Géorgie, Albanie, Nigeria, Guinée, Angola, Somalie, Djibouti, Afghanistan, Tchétchénie ou encore Azerbaïdjan), soutenus par le Groupe logement du 14 octobre. Ils racontent des histoires et des parcours différents, souvent difficiles, mais tous assurent avoir trouvé ici un « refuge » bienvenu, malgré les conditions plutôt précaires.

« Pas de solution, à part dormir dans la rue »

Parmi eux, Sylvester, 22 ans, a quitté le Nigeria en 2015 « pour commencer une nouvelle vie ailleurs ». On devine que ce n’est pas le seul motif mais il préfère rester pudique sur sa vie d’avant. Après une éprouvante odyssée à travers le Niger, la Libye et l’Italie, il est arrivé à Rennes en novembre dernier. « Dubliné » en Italie – donc obligé de déposer sa demande d’asile du côté transalpin –, il aimerait rester ici.

Le squat d'Estrémadure accueille une centaine de migrants dans ses 18 appartements.
Le squat d'Estrémadure accueille une centaine de migrants dans ses 18 appartements. - M. Pavard / 20 Minutes

« Mais j’ai été assigné à résidence jusqu’à ce que j’utilise le billet d’avion fourni par l’administration pour rentrer au Nigeria, indique le jeune homme. Depuis, je suis en fuite et je n’ai droit à aucune allocation. » Sylvester redoute plus que tout une évacuation du squat car il n’a « pas de solution, à part dormir dans la rue ». Une crainte partagée par l’ensemble des habitants d’Estrémadure, à l’image de Mouss, 26 ans.

Des opposants politiques djiboutiens

Le jeune Djiboutien nous accueille au deuxième étage dans l’appartement qu’il occupe avec trois compatriotes. Tous sont venus en France pour des « raisons politiques ». « À Djibouti, les opposants au président sont discriminés, arrêtés et torturés », explique Mouss, qui a dû quitter son pays il y a trois ans. Première étape française : la Lorraine où il a débarqué avec un visa étudiant, seul moyen pour « contourner le système, le gouvernement djiboutien n’autorisant pas les sorties du territoire ».

Une pièce du premier étage a été aménagée en cuisine collective.
Une pièce du premier étage a été aménagée en cuisine collective. - M. Pavard / 20 Minutes

« En arrivant à Rennes, poursuit-il, je suis d’abord passé par le 115 mais c’était très compliqué de trouver un endroit où dormir, il n’y avait jamais de place. » Problème supplémentaire, étant venu comme étudiant, « la procédure ne [lui] permet pas de toucher des allocations ». Heureusement, la rencontre de compatriotes se trouvant dans la même situation le mènera au squat d’Estrémadure.

La menace d’expulsion imminente l’angoisse

Depuis, Mouss tente de survivre du mieux possible, malgré la peur liée aux arrestations de ses proches au pays. Et pour ne rien arranger, la menace d’expulsion imminente l’angoisse. « On n’en dort plus la nuit, déplore-t-il. On ne sait pas où aller, on n’a pas de propositions de relogement. Le seul foyer qu’on a eu en France, c’est ici, c’est comme si on nous arrachait à chez nous. » « Nous, on est jeune mais on s’inquiète aussi pour les femmes enceintes, les enfants, les handicapés, qui vivent ici, ajoute l’un de ses colocataires. La préfecture a-t-elle prévu quelque chose pour eux ? »

Plusieurs familles, avec une quinzaine d’enfants au total, vivent en effet encore à Estrémadure et ce, malgré les déclarations d’Archipel Habitat. « Les conventions plusieurs fois renouvelées ces derniers mois ont permis de reloger les familles avec enfants, notamment dans un immeuble que nous avons mis à disposition rue de la Marbaudais », assurait ainsi Cécile Belard du Plantys, directrice générale du bailleur social, dans un communiqué début avril.

Un centre d’hébergement d’urgence à la place

Dans un autre communiqué, transmis après le délibéré du 29 mai, Archipel Habitat « souhaitait que le bâtiment soit maintenant libéré pour lancer dans les meilleurs délais les travaux de transformation de centre d’hébergement d’urgence ». Ce centre est en effet censé s’installer dans les lieux, une fois ceux-ci vidés.

Vincent, membre du Groupe logement du 14 octobre, regrette qu’Archipel « joue sur cette corde ». « Ils sous-entendent que les habitants prennent en otage les futurs exilés, c’est insupportable », s’indigne le militant, qui rappelle toutefois que « la balle est maintenant dans le camp de la préfecture ».