EXCLUSIF. «Le 14 juillet, 150 volontaires du SNU participeront aux cérémonies à Paris», annonce Gabriel Attal

INTERVIEW Gabriel Attal, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, délivre à « 20 Minutes » un premier bilan du Service national universel, qui a démarré mi-juin

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Gabriel Attal et des jeunes volontaires du SNU en juin 2019.
Gabriel Attal et des jeunes volontaires du SNU en juin 2019. — Xavier Schwebel
  • Depuis la mi-juin, 2.038 volontaires participent à la première édition du SNU et Gabriel Attal tire un premier bilan positif de ce lancement.
  • Même s’il y a eu quelques couacs. Il annonce d’ailleurs à 20 Minutes que quatre jeunes ont été exclus en raison de leur comportement inadapté.
  • Il indique aussi que 150 volontaires du SNU issus des 13 départements pilotes participeront aux cérémonies du 14 juillet à Paris.

Le service national universel (SNU), si cher à Emmanuel Macron, tient-il ses promesses ? Depuis la mi-juin, 2.038 volontaires participent à la première édition du SNU, expérimenté dans 13 départements. Au programme de la première phase, en internat : activités physiques en pleine nature, visites de sites, témoignages d’autres engagés, sensibilisation aux valeurs de liberté, égalité et fraternité, connaissance des principaux services publics, module d’initiation au Code de la route…

Les jeunes réaliseront ensuite une mission d’intérêt général auprès d’associations, de collectivités ou de corps en uniforme pendant deux semaines, entre juillet 2019 et juin 2020. Si les premiers retours des volontaires sont globalement positifs, le dispositif a cependant suscité plusieurs critiques dans l’opinion publique. En exclusivité pour 20 Minutes, Gabriel Attal, le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, dévoile les premiers enseignements qu’il tire du dispositif.

Quel bilan tirez-vous de la première édition du SNU ?

Il est très positif. L’organisation du SNU s’est bien passée, alors que le lancement du dispositif étaIt une course contre la montre. Le fait de trouver 500 encadrants et d’envoyer 2.000 jeunes dans une autre région que la leur n’avait rien d’évident. Pour autant, des adaptations seront évidemment nécessaires. C’était le but de cette phase pilote. Pour mesurer les effets du SNU, j’ai missionné l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP). Il fera part de ses premières analyses à la rentrée.

Quel est le profil des premiers volontaires ?

La cohorte est représentative de la jeunesse de notre pays à 16 ans : 80% des jeunes sont scolarisés (30 % des volontaires étant inscrits en filière professionnelle, les autres dans la voie générale ou technologique), 10 % sont apprentis et 10 % décrocheurs. Et 50 jeunes sont en situation de handicap.

Uniforme, salut au drapeau, levée des couleurs, Marseillaise… Que répondez-vous à ceux qui voient le SNU comme un embrigadement militariste ?

Je m’étonne que certains confondent militarisme et patriotisme. D’autant que lors de tous mes déplacements dans les centres, les appelés m’ont dit leur attachement aux valeurs de la République et à la cérémonie de la levée des couleurs. D’ailleurs, plusieurs des jeunes que j’ai rencontrés m’ont fait part de leur volonté de participer aux cérémonies patriotiques dans leur territoire, une fois le SNU terminé, comme les commémorations du 8-Mai ou du 11-Novembre. Et le fait d’avoir à respecter des règles très fortes dans un centre SNU leur a été utile, selon leurs premiers témoignages. Cela leur a apporté de la rigueur.

Les volontaires participeront-ils aux cérémonies du 14-Juillet ?

Oui, je vous annonce que ce sera le cas, conformément à la volonté du président de la République. Le 14 juillet, 150 volontaires du SNU issus des 13 départements pilotes participeront aux cérémonies à Paris. Une partie d’entre eux descendra les Champs-Elysées, une autre sera installée dans la tribune officielle et d’autres seront chargés de distribuer le programme du défilé aux invités.

A Evreux, 22 jeunes volontaires ont eu un malaise après être restés deux heures au soleil. Les conditions de sécurité des jeunes sont-elles bien assurées ?

Je comprends que ce chiffre de 22 jeunes pris d’un malaise ait pu inquiéter, mais aucun cas grave, aucune perte de connaissance n’ont eu lieu. Les volontaires ont été pris en charge, ils ont bu, mangé et repris leurs activités immédiatement après la cérémonie. La sécurité des appelés est une priorité pour nous, c’est pourquoi l’encadrement des jeunes est important. Rappelons que dans les structures d’accueil collectif de mineurs classiques, il est prévu un encadrant pour 12 jeunes. Dans le cadre du SNU, c’est un encadrant pour 5 jeunes. Par ailleurs, dans les centres SNU, il n’y a eu aucun incident grave à déplorer, seulement quelques petites blessures.

N’est-ce pas un peu illusoire de croire que la cohésion sociale entre les jeunes pourra être renforcée en seulement deux semaines ?

Non, pas du tout. La durée de cette expérience compte moins que son intensité. Il suffit de discuter avec les premiers volontaires pour constater que cette cohésion est déjà une réalité. De très belles histoires d’amitié sont nées entre des jeunes de régions et de milieux sociaux différents. Je pense à ce fils de médecin du Morbihan et à ce fils d’ouvrier de la Haute-Saône qui se sont liés dans leur centre du Vaucluse. Grâce au SNU, des représentations erronées et des tabous sont tombés. J’ai rencontré aussi des décrocheurs qui ont découvert des possibilités de réorientation, grâce aux parcours d’autres jeunes appelés.

Certains volontaires du SNU ont été exclus de leur centre, en raison de leur comportement inadéquat…

Oui, je vous annonce que quatre jeunes, sur les 2.038 de cette première cohorte, ont été exclus en raison de leur comportement inadapté (tensions ou insultes répétées à l’égard d’un encadrant ou d’autres jeunes). Mais avant cette décision, ils ont reçu, comme d’autres, un avertissement et ont écopé d’un travail d’intérêt général (nettoyage du centre, ramassage de déchets…). Ces sanctions ont réglé les problèmes dans la majorité des cas.

L’une des ambitions du SNU est de booster l’engagement des jeunes dans des associations. Mais les deux semaines de mission d’intérêt général seront-elles suffisantes pour leur en donner l’envie ?

Oui, car lors de la phase de cohésion, qui se termine à la fin de la semaine, les jeunes ont participé à des missions d’entraide, comme dépolluer une forêt ou aider des personnes handicapées. Et lors de leur mission d’intérêt général, le déclic de l’engagement va s’enclencher chez eux, car ils vont mesurer combien ils sont utiles aux autres.

Le SNU propose des modules de sensibilisation aux valeurs de la République, au développement durable, aux questions de défense, une initiation au code de la route, aux premiers secours… Ne craignez-vous pas le saupoudrage ?

Non, car l’ensemble de ces modules forme un programme cohérent, dans le but de renforcer la cohésion sociale et de donner aux jeunes les bons réflexes face à une catastrophe naturelle ou un attentat, par exemple. Et de développer l’engagement. Mais nous avons constaté une forte fatigue des volontaires, nous réfléchissons donc pour la suite à alléger l’agenda ou à mieux répartir les activités dans la journée.

La généralisation du SNU aura-t-elle lieu avant 2026 ?

Je vous annonce que ce sera que cas. Je remettrai en juillet, au président de la République et au Premier ministre, une note présentant plusieurs scénarios, afin de les aider à déterminer le moment opportun pour généraliser le dispositif.

Le SNU coûtera 1,6 milliard d’euros par an quand il sera généralisé. Que répondez-vous aux syndicats étudiants qui estiment que cet argent aurait été plus utile s’il avait été affecté à l’Enseignement supérieur ?

Il ne faut pas mettre en concurrence les différentes causes. Le budget de l’Enseignement supérieur a été augmenté de manière forte ces dernières années et continuera à l’être. Et quand on dit « il faut mettre tout l’argent pour la jeunesse sur les étudiants », on oublie tous les autres, qui ont décroché ou qui sont en apprentissage, par exemple. Ce n’est pas ma vision.

Les volontaires passeront des bilans de santé, des tests d’illettrisme… Quelle prise en charge de ces jeunes est prévue ensuite ?

D’après les premiers retours, les bilans santé ont été plébiscités par les jeunes, qui ont osé aborder notamment des questions liées à la sexualité et aux addictions avec les médecins. Quand ces bilans révèlent des pathologies, le lien sera fait avec l’Agence régionale de santé dont dépend l’appelé pour s’assurer de son suivi, une fois qu’il sera rentré chez lui. Idem pour les tests révélant l’illettrisme d’un jeune. Le rectorat dont il dépend en sera informé, afin qu’un parcours de remédiation lui soit proposé.