Annulation de vacances, stress, précaution jugée inutile... Le report du brevet exaspère des familles

EDUCATION La décision, prise ce lundi par le ministre de l’Education, de décaler les épreuves du brevet à cause de la canicule ne passe pas comme une lettre à la poste chez nos lecteurs

Delphine Bancaud

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Une épreuve du diplôme national du brevet à Montpellier 28/06/18.
Une épreuve du diplôme national du brevet à Montpellier 28/06/18. — Alain ROBERT/SIPA
  • Jean-Michel Blanquer a annoncé ce lundi que les épreuves du brevet des collèges, initialement prévues les 27 et 28 juin, étaient reportées aux 1er et 2 juillet en France métropolitaine, ainsi qu’à Mayotte et à La Réunion.
  • Une précaution, prise en raison des fortes chaleurs, jugée excessive par certains parents et déstabilisante pour leurs enfants.
  • Les familles qui avaient prévu des vacances dès la semaine prochaine enragent.

Jean-Michel Blanquer voulait protéger les élèves, mais il s’est attiré les foudres de certaines familles. Le ministre de l’Education a annoncé lundi sa décision de reporter de quelques jours le brevet des collèges, afin que les collégiens ne souffrent pas de la canicule. Une nouvelle qui n’a pas fait l’unanimité. Car si certains parents d’élèves sont satisfaits que leurs enfants puissent réaliser leurs épreuves dans de bonnes conditions, d’autres trouvent les précautions de l’Education nationale excessives, à l’instar de Marie, qui a répondu à notre appel à témoins : « Mettre deux ventilateurs dans chaque salle d’examen aurait suffi, et au moins les établissements auraient été prêts pour les années suivantes, car le climat ne va pas rafraîchir et le calendrier scolaire ne va pas bouger », estime-t-elle.

« Tout ceci est ridicule. Comment fait-on alors dans les Dom-Tom, où l’on est habitué à la chaleur et où les épreuves ne sont pas reportées partout ? », s’exclame aussi Gaëlle, mère d’un collégien de 3e. « J’habite le sud de la France et des températures de ce type sont fréquentes fin juin. Jusqu’à maintenant, cela ne semblait pas poser de problème », s’étonne de son côté Florence. Sabine est encore plus virulente dans ses critiques : « Nous encourageons nos enfants à vivre dans un monde aseptisé et sans risque. De futures mauviettes sans courage qui resteront au lit au moindre rhume et ne se présenteront pas au travail », indique-t-elle.

« La canicule était annoncée depuis longtemps, ils auraient dû anticiper »

D’autres parents pensent même que le report des épreuves peut pénaliser leurs enfants : « Ils seront encore plus fatigués, d’autant plus que l’établissement de ma fille les oblige à venir mercredi, jeudi et vendredi en cours, soi-disant pour réviser », déclare Sylvaine. « Le problème reste entier pour lundi et mardi, car les salles seront étouffantes car fermées tout le week-end, et les températures aussi caniculaires », estime aussi Virginie.

Le fait que l’information sur le report du brevet soit d’abord parvenue via les médias ne passe pas non plus chez certains parents, comme Valérie : « La gestion de cette affaire est nulle ! Je n’ai toujours reçu aucune information du collège de mes fils. Je n’ai que des infos par les médias ». « La canicule était annoncée depuis longtemps, ils auraient dû anticiper plus tôt au lieu de prévoir après », s’insurge de son côté Séverine.

« Annulation du voyage et des billets d’avion »

Et les parents qui avaient prévu des vacances pour leurs enfants dès la semaine prochaine enragent. C’est le cas de Kheira : « J’ai réservé un séjour depuis plusieurs semaines, pour 2.400 euros. Or, l’annulation voyage ne fonctionne pas dans ce cas de figure. De plus, mes enfants sont très déçus de ne pas partir. Merci Monsieur Blanquer ! ». Idem pour Laure, qui avait planifié un séjour linguistique pour son fils avec un départ dimanche. « L’organisme est dépassé par les événements et ne peut pas nous assurer un nouveau départ mercredi. Bien entendu, le forfait assurance que nous avions pris ne prend pas en compte cette situation. Et je n’imagine pas faire passer à mon fils la session de rattrapage du brevet en septembre, après deux mois de vacances, et alors qu’il sera concentré sur la seconde. Tout cela est consternant ! », fulmine-t-elle. Pour Chris, c’est encore plus ennuyeux : « Nous sommes commerçants et n’avions pu prendre qu’une semaine de congé avec nos enfants après les épreuves du brevet. Donc annulation du voyage et des billets d’avion ».

Mais pas question pour Pascal de changer ses plans : « Nous devons prendre l’avion samedi pour le Vietnam où mon garçon, qui doit passer le brevet, a la moitié de sa famille, car sa maman est Vietnamienne. Considérant cela comme un empêchement majeur, mon garçon ne sera pas présent lundi et vendredi et passera le brevet en septembre, que cela plaise ou non au ministre, qui a pris cette décision sans aucune concertation », explique-t-il. Héloïse, élève de 3e, ne sait pas encore ce qu’elle fera : « Cela fait un an que je prépare mon voyage au Etats-Unis. Le problème est que mon avion part mardi et que mon billet n’est ni remboursable, ni décalable. Si je ne peux pas passer mes épreuves en septembre, je serai obligée d’annuler mon voyage et 1.500 euros partiront en fumée », déclare-t-elle.

« Je ne vais vraiment avoir aucune force »

Certains collégiens avaient aussi un programme chargé pour le début de la semaine, comme le fils de Delphine : « (Il) devait faire sa journée d’essai en entreprise le 2 juin, pour son apprentissage. J’espère pouvoir décaler cette journée. Sinon, merci à l’Education nationale de planter son avenir ! », s’énerve-t-elle.

Les collégiens, qui voyaient avec satisfaction le moment de leur libération arriver, et qui vont devoir encore réviser, sont aussi désappointés. A l’instar de Lilian : « Je devais passer mon brevet des collèges jeudi et vendredi. Ce décalage est un réel cataclysme », s’emporte-t-il. « J’avais prévu un planning de révisions pour avoir terminé d’apprendre mes dates d’histoire mardi. Avec le report des épreuves, je devrais essayer de les retenir plus longtemps », s’inquiète Elodie. Même appréhension chez Gaby : « J’étais focalisé sur le brevet en fin de semaine, puis enfin les vacances et du repos. Mais là, avec le brevet les 1 et 2 juillet, je ne vais vraiment avoir aucune force, je n’en peux plus ». Quant à Wendy, elle se voyait bien composer, même sous 40°C : « On pouvait tous prendre une bouteille et un brumisateur. La chaleur ne nous aurait pas tués ! ».