VIDEO. Marseille: «Un vrai massacre écologique!» Les îles du Frioul sortent de l’obscurité, mais à quel prix ?

BLACKOUT Depuis le 21 mai, les îles de l’archipel du Frioul, à quelques kilomètres de Marseille, ne sont plus reliées au réseau électrique de la ville

Raphaël Khayat

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Le générateur de secours installé au Frioul consomme entre 2000 et 3000 litres de fioul par jour
Le générateur de secours installé au Frioul consomme entre 2000 et 3000 litres de fioul par jour — R. Khayat
  • Les îles du Frioul de Marseille n'ont plus de liaison électrique avec la ville depuis le 21 mai.
  • Enedis a mis en place une solution de secours polluante et controversée.
  • Les insulaires demandent une meilleure considération de la part de la ville. 

« Il faut arrêter de faire croire que le Frioul vit dans le noir, tout fonctionne très bien », martèlent quelques-uns des 150 insulaires du 111e et dernier quartier de Marseille. Depuis le 21 mai, l’ensemble de l’archipel situé à 7 kilomètres des côtes n’est plus relié à l'électricité  du « continent » par ses deux câbles sous-marins, hors d’usage après 40 ans de bons et loyaux services.

Enedis a donc pris les choses en main. « Très rapidement, et c’est appréciable », souligne Christian Couton, adjoint au maire des Ier et VIIe arrondissements de la ville délégué au Frioul. Un énorme groupe électrogène a été installé à deux pas du village, permettant d’alimenter l’ensemble des habitations. Assis près de l’embarcadère du Vieux-Port pour rejoindre l’île où il vit depuis vingt ans, François s’en accommode. « Pour les particuliers comme moi, tout fonctionne très bien, on vit normalement. Il y a juste ceux qui habitent à côté du groupe électrogène qui se plaignent du bruit, mais on n’a pas vraiment le choix », termine-t-il, un peu amer.

« Un massacre écologique »

« Paradoxalement, tous les habitants ont un meilleur confort depuis la panne, assume Christian Couton. L’électricité produite sur l’île est plus stable que lorsqu’elle vient par câble… Mais ça ne peut pas durer. C’est un vrai massacre écologique  ce qu’il se passe sur le Frioul ». En effet, la solution de secours d’Enedis a de quoi inquiéter les touristes venus profiter de l’air marin. Chaque jour, ce sont entre 2.000 et 3.000 litres de fioul qui sont consommés par le générateur.

Les insulaires essuient donc des critiques qu’ils ne méritent pas, selon Sandra, la gérante du plus gros restaurant de l’île, La Grillade. « On essaie de nous faire culpabiliser, nous, les consommateurs, alors qu’on a juste besoin de vivre et de travailler, fulmine-t-elle. Je pense qu’entre notre générateur et les navires de croisière qui passent à côté, ce n’est pas nous qui polluons le plus ! » La situation est d’autant plus complexe que tout fonctionne à l’électricité sur l’île. L’usage du gaz y est formellement interdit.

« Ce que l’on demande, c’est seulement un courant stable, et que le générateur soit sécurisé, conclut Sandra. On fait quand même partie d’un bel arrondissement de Marseille, il faudrait peut-être qu’on soit traités comme tels. »

Un retour à la normal prévu pour… 2020

« Un deuxième générateur sera installé dès la semaine prochaine sur l’île », annonce Frédéric Béringuier, directeur territorial d’Enedis Bouches-du-Rhône. Les insulaires ne subiront donc plus de coupure  de courant un mardi sur deux lors de la maintenance de la machine. « Les deux nouveaux câbles seront tirés entre Marseille et le Frioul d’ici à 18 mois. On étudie un nouveau trajet qui leur permettra une usure moins rapide, et qui contournera la posidonie en mer ».

Trois sites disposent de générateurs de secours sur l'île : l'unique supérette, la ferme aquacole, et le site TDF visible ici
Trois sites disposent de générateurs de secours sur l'île : l'unique supérette, la ferme aquacole, et le site TDF visible ici - R. Khayat

Une installation provisoire est tout de même prévue d’ici à la fin de l’été. « Un câble est déjà prêt à être déroulé pour alimenter le Frioul, confirme Frédéric Béringuier. Une fois installé, on pourra supprimer l’un des générateurs de secours. Maintenant, on attend plus que le feu vert des différentes parties prenantes et de la préfecture. Ça peut arriver demain comme en septembre. » De quoi redonner espoir aux insulaires de la deuxième ville de France.