Un véhicule d'intervention des pompiers devant le CHU de Nantes.
Un véhicule d'intervention des pompiers devant le CHU de Nantes. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA

URGENCE

«Le métier pour lequel je me suis engagé par vocation a bien changé»… Les pompiers nous expliquent pourquoi ils vont faire grève

Les soldats du feu dénoncent le manque de moyens au regard de leurs missions

  • Plusieurs syndicats de pompiers professionnels ont lancé un appel à la grève à partir de mercredi.
  • Ils s’estiment méprisés par les pouvoirs publics.
  • 20 Minutes a recueilli les témoignages de plusieurs soldats du feu.

« Courage et dévouement » : telle est la devise des sapeurs-pompiers. Sauf qu’aujourd’hui, ce sont les soldats du feu qui demandent de l’aide. Sept de leurs syndicats appellent à la grève à partir de ce mercredi et jusqu’au 31 août pour réclamer davantage de moyens. « Le service public de secours est malade. On veut alerter les Français », a déclaré à l’AFP André Goretti, président de l’organisation FA/SPP-PATS, premier syndicat chez les 40.000 pompiers professionnels, épaulés au quotidien par 195.000 pompiers volontaires.

Pour comprendre ce mouvement, 20 Minutes a recueilli les témoignages de plusieurs pompiers. Et parmi les principaux griefs, une surcharge de travail. « Aujourd’hui, nous réalisons beaucoup trop d’interventions qui ne sont pas de notre ressort, explique notamment Jérémie. Par exemple, il nous arrive de transporter des personnes qui pourraient très bien attendre qu’un médecin se déplace à leur domicile. » Le constat est similaire pour Johann. « Avec la disparition des soins médicaux dans les secteurs ruraux, nous sommes de plus en plus sollicités, raconte-t-il. Et comme les effectifs de pompiers n’augmentent pas, cela multiplie le nombre d’interventions par sapeur-pompier ».

« Oui, il y a un mal-être »

La charge augmente donc, alors même que les conditions de travail des pompiers professionnels sont loin d’être idéales. « Je travaille par cycle de 24 heures, mais seulement 17 heures sont rémunérées, indique Jean. Cela veut dire que les heures de nuit ne sont pas payées, car nous pouvons dormir. Or, lors de ma dernière garde, nous avons fait 9 interventions entre minuit et 7 heures du matin. Il nous arrive aussi d’être rappelés pendant nos vacances, pour partir en renfort sur des feux de grande ampleur ». « Certaines personnes chez qui nous intervenons nous reçoivent très mal, poursuit Yoann. On peut en venir aux mains, voire pire ». 

« Oui, il y a un mal-être, constate Cyril, pompier depuis une trentaine d’années. Nous sommes le dernier maillon de la chaîne, avec des moyens humains et matériels qui ne sont plus adaptés. » Ce sous-officier se montre assez nostalgique : « Le métier pour lequel je me suis engagé par vocation a bien changé ».

« Il est urgent d’alerter la population »

Beaucoup de témoignages recueillis pointent les pouvoirs publics comme principaux responsables de la situation. En effet, les pompiers professionnels sont des fonctionnaires territoriaux rattachés à un SDIS (service départemental d’incendie et de secours). Ces établissements sont financés par les départements, ainsi que par les communes et groupement de communes. Ces collectivités dépendent elles-mêmes des financements de l’État. Les discours de la majorité sur la réduction des dépenses publiques sont donc sources d’inquiétude. « Je participe à ce mouvement de grève car l’Etat se désengage de ses missions », affirme ainsi Xavier, sapeur-pompier depuis vingt-deux ans.

« Si les effectifs de pompiers n’augmentent pas, on peut très bien imaginer que les élus fassent appel à des ambulances privées pour certaines interventions, s’alarme Jean-Christophe. Tout doucement, on va donc commencer à privatiser ce service public, et à la fin, ce sera comme aux Etats-Unis : si tu n’as pas d’argent, tu crèves. Il est urgent d’alerter la population ».

« Si nous nous mettons en grève, c’est parce qu’il y a urgence », conclut Alban, « pompier en colère ». « Lorsque vous ferez le 18, prévient-il, ce sont des hommes et des femmes fatigués qui vous répondront et vous aideront le mieux possible, avec le peu que l’on veut bien leur donner. »