VIDEO. Marseille: «Rien ne change», Paye ta Shnek s'arrête après sept ans de témoignages sur le sexisme

VIOLENCES FAITES AUX FEMMES La Marseillaise Anaïs Bourdet arrête le Tumblr de témoignages sexistes Paye Ta Shnek, sept ans après son lancement

Mathilde Ceilles

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Paris, manifestation contre la violence faites aux femmes. France le 29 septembre 2018.
Paris, manifestation contre la violence faites aux femmes. France le 29 septembre 2018. — SEVGI/SIPA
  • Il y a sept ans, Anaïs Bourdet a lancé le blog Paye Ta Shnek
  • Ce blog recueille des témoignages de femmes victimes de sexisme ordinaire.
  • La Marseillaise arrête cette initiative très suivie, et regrette le fait que « rien ne change » selon elle.

« Je n’en peux plus. Je n’y arrive plus ». Sept ans après le lancement du Tumblr Paye Ta Shnek, la graphiste marseillaise Anaïs Bourdet a annoncé ce dimanche dans un long message sur les réseaux sociaux sa décision de stopper cette initiative qui mettait en lumière des témoignages de femmes victimes de sexisme ordinaire.

« Dans cette décision, il y a d’abord un côté personnel, explique la jeune femme à 20 Minutes. Je subissais des symptômes proches du burn-out, des symptômes dépressifs, liés en partie à la violence des témoignages que je recueillais tous les jours depuis sept ans. Car je recueille les témoignages mais je ne peux pas aller au-delà. Des victimes de viol m’écrivent sur le Tumblr et je ne peux pas leur répondre. »

Victime de cyberharcèlement

Et d’ajouter : « Et quand je lis cela, ça me met profondément en colère. J’absorbe cette violence, et je peux faire des choses dont je ne suis pas capable, comme répondre à un homme qui a mal parlé à une copine, et se retrouver face à trois hommes énervés. Je veux me préserver et me débarrasser de ce rôle-là. »

Un rôle d’autant plus compliqué qu’avec Paye Ta Shnek, Anaïs Bourdet s’est retrouvée victime de harcèlement en ligne. « Je suis malheureusement devenue une spécialiste du cyberharcèlement, soupire-t-elle. Je reçois constamment des mails, des messages sur les réseaux sociaux, j’ai même reçu une lettre chez moi. Et ce sont des menaces de mort, des appels au suicide… Ça a eu des conséquences, cela a contribué à mon burn-out. »

« Je ne vois pas de recul »

Bien que très suivie sur les réseaux sociaux et médiatisée, la jeune graphiste féministe, quelque peu lasse et découragée, s’interroge sur l’impact qu’a pu avoir son blog.

« Je me dis que Paye Ta Shnek n’a plus de sens, confie-t-elle. Après toutes ces années, après #MeToo, rien ne change. Les violences sexuelles et sexistes continuent, voire augmentent quand on pense aux féminicides. »

« Certes, Paye Ta Shnek a permis de créer une communauté merveilleuse, de faire en sorte que les femmes se sentent moins seules, que certains hommes aient des prises de conscience, concède Anaïs Bourdet. Cela nous a même menées jusqu’au Sénat [où Anaïs Bourdet a témoigné, N.D.L.R.]. Mais dans la vie quotidienne, je ne vois pas de recul des violences sexuelles et sexistes. »

Une question d’éducation

La jeune femme a d’ailleurs pris cette décision à la suite d’une soirée, ce samedi à Marseille, où elle raconte avoir été victime et témoin de cinq agressions sexistes en tout. « J’ai vu une fille qui a failli se faire étrangler, une copine se faire plaquer contre un mur par un mec… Cela a été la goutte d’eau. »

La jeune femme a décidé de se consacrer à d’autres projets, comme le podcast Yesss qui met en lumière des femmes qui ont répondu à des comportements sexistes. « Je veux m’intéresser à d’autres stratégies, d’autres techniques, armer les femmes, et voir concrètement les choses évoluer. »

Avec un espoir : faire en sorte que les mentalités changent profondément. « Il faut se poser la question : pourquoi y a-t-il des harceleurs ? Pour moi, on les fabrique. Ce que je dis depuis sept ans, c’est qu’il s’agit d’un problème sociétal, et qu’il faut éduquer à l’égalité. Aujourd’hui, on se demande seulement comment sanctionner. Il faut un vrai plan d’éducation. Tout le reste, ce sont des pansements sur des plaies béantes. »