Plan contre l'excision: Une mutilation qui perdure et toujours beaucoup d'«idées reçues»

VIOLENCES SEXUELLES Un plan interministériel de lutte contre cette mutilation sexuelle est lancé pour la première fois ce vendredi

Helene Sergent

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Manifestation contre l'excision; les mariages forces et les violences sexuelles a l'encontre des femmes, le 15 Juin 2019, Quai de la Seine a Paris.
Manifestation contre l'excision; les mariages forces et les violences sexuelles a l'encontre des femmes, le 15 Juin 2019, Quai de la Seine a Paris. — Yann Bohac/SIPA
  • Cette mutilation génitale pratiquée majoritairement sur les adolescentes et les jeunes femmes est interdite en France.
  • Selon le réseau associatif Excision, parlons-en !, 60.000 femmes excisées vivent actuellement en France.
  • Un chiffre qui pourrait être sous-estimé selon le secrétariat d’Etat aux droits des femmes.

Longtemps, le nombre de 53.000 femmes excisées vivant en France a été avancé. Tiré d’un rapport de l'Institut national d'études démographiques daté de 2009, il a été actualisé en 2015 par l’ONU. Désormais, on évalue à 60.000 le nombre de femmes victimes de cette mutilation génitale résidant en France. Un chiffre qui pourrait être sous-estimé.

Lourdement punie par la loi, cette pratique violente menacerait encore de nombreuses adolescentes françaises. Pour lutter contre l’excision, la secrétaire d'Etat aux droits des femmes doit lancer ce vendredi matin un plan entièrement dédié à cette problématique. Une première. A l’occasion de cette annonce, 20 Minutes dresse un état des lieux de l’excision en France.

De nombreuses idées reçues

« On a souvent des idées très arrêtées sur l'excision en France, déplore Marion Schaefer, vice-présidente du réseau associatif Excision, parlons-en !, on a l’impression qu’elle touche uniquement les femmes originaires, ou dont les parents sont originaires, de pays d’Afrique. Mais ce n’est pas vrai, tous les continents sont touchés, l’Amérique du Sud comme l’Asie ». Et cette mutilation n’est pas l’apanage d’une religion particulière. En Egypte, l’excision reste très répandue y compris dans les milieux chrétiens comme chez les Coptes. « Toutes les religions sont concernées, l’excision est une norme sociale, pas un rite », précise Marion Schaefer.

Pratiquée dans la majorité des cas lors de séjours des jeunes filles dans le pays d’origine de leur famille, l'excision est interdite en France et punie de 10 ans d’emprisonnement et 150.000 euros d’amende. Une peine alourdie à 20 ans de réclusion criminelle lorsque la mutilation est commise sur une mineure. « Il faut rappeler que même si elle est pratiquée dans un autre pays que la France, et même si vous n’avez pas la nationalité française, vous pouvez être condamné si vous êtes complice d’une excision », ajoute Isabelle Gillette-Faye, sociologue et directrice du Groupe pour l'abolition des mutilations sexuelles et autres pratiques traditionnelles (GAMS). Aujourd’hui, on estime que trois adolescentes françaises sur dix ont des parents originaires de pays dit « à risque ».

Disparités territoriales et formation

Autre idée reçue : les femmes excisées vivent essentiellement en région parisienne. « Certes il existe de grandes régions à risque en France comme l’Ile de France. Ce n’est pas un hasard si Marlène Schiappa a décidé de lancer son plan de lutte depuis la Seine-Saint-Denis. Mais la région Normandie est aussi très concernée – la ville du Havre notamment – comme la région Paca », rappelle Marion Schaefer. Une répartition géographique qui s’accompagne de disparités en matière de prise en charge et d’accompagnement médical ou psychologique des femmes excisées.

« Il faut arrêter de penser que tout peut être réglé depuis Paris. L’excision est pratiquée sur des Françaises qui vivent dans d’autres régions. Il faut repenser la formation des professionnels et l’accompagnement des victimes de façon locale », pointe Isabelle Gillette-Faye. Pour offrir une réponse décentralisée aux adolescentes inquiètes, le réseau Excision, parlons-en ! a lancé un site internet avec un tchat ouvert trois après-midi par semaine.

Quant à la formation des acteurs judiciaires et médicaux, elle devrait représenter un axe majeur du plan présenté ce vendredi. Une nécessité pour Marion Schaefer : « Souvent, les jeunes femmes que nous accompagnons nous expliquent qu’elles ont découvert leur excision lors d’une consultation médicale ou gynécologique. Et le discours adopté par les médecins n’est pas toujours adapté. Elles ne savent pas non plus qu’elles peuvent déposer plainte. Beaucoup de choses doivent encore s’améliorer ».